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Une nouvelle fouille révèle une découverte incroyable sur les origines de l’Homme

Des traces de pas fossilisées vieilles de 1,5 million d’années viennent d’être découvertes au Kenya, révélant une scène inédite.

Deux espèces distinctes d’hominidés, ancêtres de l’espèce humaine actuelle, Homo erectus et Paranthropus boisei, ont foulé les rives d’un lac ancien à quelques heures d’intervalle. Ce sont des chercheurs dirigés par Kevin Hatala de l’Université Chatham qui ont mis au jour leurs empreintes, découvertes en 2021 par l’équipe de la paléontologue Louise Leakey dans le bassin du Turkana (nord du Kenya et au sud de l’Éthiopie, s’étendant également sur de petites parties de l’Ouganda et du Soudan du Sud). Excavées l’été suivant, elles ont enfin livré leurs secrets ; les conclusions de l’équipe de recherche ont été publiées hier dans la revue Science.

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que ces deux espèces d’hominidés, bien que contemporaines, occupaient des niches écologiques distinctes et avaient peu d’interactions.

Un instantané fossilisé d’une cohabitation ancestrale

Toutes deux bipèdes et agiles, ces deux espèces ont parcouru le même rivage dans un intervalle remarquablement court. Homo erectus, considéré comme l’un de nos ancêtres directs, a laissé ses empreintes aux côtés de celles de Paranthropus boisei, une espèce cousine caractérisée par un visage large et les plus grandes dents de tous les primates.

Cette coexistence n’est pas totalement surprenante – des restes fossiles des deux espèces avaient déjà été trouvés ensemble, notamment sur le site de Drimolen en Afrique du Sud – mais c’est la première fois qu’une preuve aussi directe de leur proximité temporelle est mise en évidence.

Capture
Les empreintes fossilisées des deux espèces en question. © Kevin Hatala / Chatham University

Concurrents ou amis ?

Les chercheurs ont employé des technologies d’imagerie 3D de pointe pour analyser ces empreintes afin de cerner avec plus de précision le comportement de nos deux ancêtres. William Harcourt-Smith, paléoanthropologue au Musée américain d’histoire naturelle a expliqué dans un autre article accompagnant cette recherche : « Selon les chercheurs, la proximité des empreintes laisse penser que Homo erectus et Paranthropus boisei partageaient le même territoire et coexistaient sans grande rivalité ».

Cette hypothèse est particulièrement intéressante, car elle évoque un schéma de coexistence analogue à celui observé plus tard entre différentes espèces d’hominidés, dont notre propre espèce, Homo sapiens, qui a cohabité avec les Néandertaliens et les Dénisoviens. Ces derniers ont occupé ces territoires pendant des centaines de milliers d’années avant l’arrivée de notre espèce.

Ces empreintes fossilisées constituent une fenêtre extraordinaire sur notre passé évolutif, permettant aux chercheurs de mieux comprendre non seulement la chronologie de notre lignée, mais aussi les interactions complexes qui ont façonné notre histoire. De nombreuses questions demeurent encore sur la nature exacte des rapports entre les deux espèces : y a-t-il eu des échanges de connaissances, de techniques ou de comportements entre nos deux cousins ? Est-ce que Homo erectus et Paranthropus boisei étaient suffisamment proches pour s’être métissés ?

Rappelons tout de même que nous ne pouvons pas tirer de conclusions à partir d’un seul site. Les relations entre les différentes espèces d’hominidés ont pu varier considérablement selon les régions, les périodes et les contextes environnementaux. Toutefois, cette découverte n’en reste pas moins exceptionnelle et tranche avec l’image longtemps véhiculée d’une préhistoire forcément violente et concurrentielle.

  • Homo erectus et Paranthropus boisei ont parcouru le même rivage à quelques heures d’intervalle il y a 1,5 million d’années.
  • Des empreintes fossilisées révèlent pour la première fois leur proximité temporelle et territoriale.
  •  Les deux espèces auraient coexisté pacifiquement, partageant le même habitat sans forte rivalité.

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3 commentaires
3 commentaires
  1. @Camille, vos articles sont toujours documentés et passionnants mais, si je peux me permettre, il arrive que vous omettiez des précisions quand bien même secondaires mais lesquelles me semble-t-il ont leur intérêt. Ainsi, de la localisation du bassin du Turkana. Wikipedia le précise :
    “Le bassin du Turkana (parfois bassin de l’Omo-Turkana) en Afrique de l’Est, situé pour l’essentiel dans le nord du Kenya et le sud de l’Éthiopie, avec quelques petites parties dans l’est de l’Ouganda et le sud-est du Soudan du Sud, est un grand bassin versant endoréique (sans exutoire), centré sur le rift de Gregory. Son point le plus bas est le lac Turkana, endoréique et saumâtre. Le rift est une zone de haute productivité écologique.”

    1. Bonjour Yves,

      J’espère que tu vas bien ; je te remercie pour ces précisions que je vais intégrer dans mon article, je suis allé un peu rapidement en besogne.

      À bientôt !

      1. Merci 🙂
        Et vous-même, la famille, les enfants, la santé, je ne doute pas que la vie vous épargne le pire. Je n’ai pour ma part pas à me plaindre, j’ai toujours eu la baraka de mon côté, fidèle baraka peut-être parce que je n’en aurais jamais abusé.
        Pour ce qui est d’aller, j’y vais tant que j’y suis : senior en âge de recevoir la flopée de petites et grandes, gentilles ou voraces attentions et recommandations réservées au troisième âge ! Bigre, ce sont elles qui nous rappellent notre âge. Je clos cette digression hors-propos,mais au final, why not? Échanger quelques mots avec l’auteur de nos lectures, mêmes si déconnectés du sujet, n’a rien d’incongru (pour ceux qui penseraient le contraire).
        Merci aussi pour l’ensemble de vos articles. Il s’agit d’être à l’écoute du monde et des sujets que l’on privilégie puis d’en faire un rendu, ni trop long, ni trop court, instructif et bien écrit, et c’est votre cas ; du reste vous ne faites pas exception à l’équipe des intervenants ici sur Presse-Citron.
        Bonne suite à vous tous, et à bientôt pour de nouvelles lectures 🙂

Les commentaires sont fermés.