C’est en 1975 dans la petite ville de Old Lyme, dans le Connecticut (États-Unis), que la maladie de Lyme fut identifiée pour la première fois. Si elle circulait déjà depuis des millénaires chez l’être humain, ses symptômes n’avaient jamais été reliés à une cause commune. Cette année-là, une vague anormale d’arthrites infantiles frappa les jeunes enfants de la bourgade, ce qui mit la puce à l’oreille de deux mères de famille ; elles poussèrent alors des chercheurs de Yale à enquêter sur cette étrange épidémie. En 1977, ces derniers décrivèrent la maladie et comprirent qu’elle était transmise par des tiques du genre Ixodes.
Mais les tiques ne sont que les vecteurs ; elles transmettent la maladie parce qu’elles hébergent dans leur intestin l’agent pathogène réellement responsable de l’infection. Il faudra encore cinq ans pour le démasquer puisque ce n’est qu’en 1982 que l’entomologiste américain Willy Burgdorfer le repéra sous son microscope. Une bactérie qu’il baptisera Borrelia burgdorferi deux ans plus tard, en son honneur.
Depuis, la maladie n’a cessé de gagner du terrain : avec quelque 476 000 personnes traitées chaque année aux États-Unis et environ 85 000 cas recensés en Europe, elle est devenue la première maladie vectorielle de l’hémisphère Nord tempéré. Malgré son omniprésence, nous n’avons aucun moyen de la prévenir et le seul vaccin qui a été lancé en 1998, le LYMErix a été retiré du marché, quatre ans seulement après son lancement. Depuis son retrait, aucun substitut n’avait été développé, mais un nouveau candidat pourrait prendre la relève.
La maladie de Lyme : c’est quoi au juste ?
La maladie se transmet par la piqûre d’une tique : une fois accrochée à la peau, l’acarien, s’il est infecté, transmet la bactérie Borrelia burgdorferi, à condition qu’il reste fixé suffisamment longtemps, généralement 24 à 48 heures. D’abord, elle se multiplie au point d’inoculation, provoquant le signe le plus reconnaissable de la maladie : l’érythème migrant, une plaque rouge qui s’élargit en anneau et apparaît chez plus de trois quarts des patients, entre trois et trente jours après la piqûre. Souvent indolore, elle s’accompagne de symptômes rappelant vaguement ceux de la grippe (fièvre, frissons, fatigue intense, courbatures ou maux de tête), ce qui complique sa détection.
Si elle est repérée à ce stade, le pronostic est excellent et la maladie se soigne très bien par une cure d’antibiotiques durant d’une à trois semaines. Mais quand l’érythème passe inaperçu ou n’apparaît jamais, la bactérie quitte alors la peau et part coloniser le reste de l’organisme.
Quelques semaines à deux mois après la morsure, elle gagne le système nerveux (paralysie faciale, méningite, douleurs irradiant le long des nerfs) et dans certains cas, le cœur. Puis la maladie sait se faire oublier : un intervalle sans symptôme s’installe, parfois durant de longues années, avant que ne surviennent ses symptômes les plus graves : arthrite chronique, atteintes neurologiques (encéphalites entraînant de sévères troubles de la mémoire et du sommeil), neuropathies périphériques et grande fatigue invalidante.
S’il est très difficile de développer un vaccin ou un traitement, c’est parce que Borrelia burgdorferi excelle dans l’art de la dérobade et sait se rendre méconnaissable. Une fois dans l’organisme, elle modifie en permanence les protéines qui la trahissent auprès de notre système immunitaire, si bien que les anticorps produits contre une version de la bactérie deviennent inopérants contre la suivante. Une course-poursuite sans fin qui tient la recherche vaccinale en échec, puisque l’organisme ne peut développer d’immunité fiable contre un antigène que la bactérie remplace au fil de l’infection. Pour en développer un réellement efficace, il faut donc s’attaquer à la bactérie en amont, avant qu’elle n’entre en contact avec le système immunitaire.

Un vaccin qui agit avant la morsure
Co-développé par l’américain Pfizer et le français Valneva, ce nouveau vaccin, baptisé PF-07307405, fait produire à l’organisme humain des anticorps qui neutralisent la bactérie dans son tube digestif. Lorsque la tique se gorge du sang de sa victime, elle les ingère en même temps, et ils stoppent net la bactérie avant même qu’elle ne pénètre dans l’organisme. Bloqué en amont, le pathogène ne peut plus migrer du tube digestif de la tique vers ses glandes salivaires, seule voie par laquelle il atteint l’humain. Il reste donc prisonnier de son vecteur et ne peut plus franchir l’épiderme.
PF-07307405 couvre suffisamment de souches différentes pour rester efficace des deux côtés de l’Atlantique, là où circulent les variants les plus répandus de la bactérie. Pour le moment, il faut néanmoins prouver qu’il est efficace chez l’humain, une mission confiée à l’essai clinique de phase 3 qui se tient en ce moment-même, baptisé VALOR.
Il a été mené sur 9 400 participants âgés de cinq ans et plus, tous recrutés dans des zones où la maladie est endémique, aux États-Unis, au Canada et en Europe. Le protocole prévoit quatre injections : trois doses la première année, puis un rappel douze mois plus tard, juste avant le pic de la saison des tiques.
Le 23 mars 2026, Pfizer et Valneva ont dévoilé les premiers résultats : lors de la deuxième saison suivant la primovaccination, le vaccin réduit de 73,2 % le nombre de cas confirmés de Lyme par rapport au placebo.
« L’achèvement de la série primaire de notre essai VALOR constitue une étape déterminante vers notre objectif : proposer un vaccin sûr et efficace contre la maladie de Lyme », saluait Annaliesa Anderson, responsable de la recherche vaccinale chez Pfizer. Les deux laboratoires prévoient de déposer leurs demandes d’autorisation auprès des agences américaine et européenne cette année.
Si le feu vert est donné, le vaccin pourrait être disponible dès l’automne 2027, juste à temps pour la saison des tiques de 2028. Peut-être tenons-nous enfin le réel remplaçant du LYMErix, mais avant d’en être certains, les mêmes précautions s’imposent que celles qu’on connaît déjà. Avant toute balade en forêt ou en herbes hautes, mieux vaut couvrir vos bras et vos jambes et inspecter votre peau au retour, sans oublier les plis, le cuir chevelu et l’arrière des genoux et des oreilles. Si jamais vous en repérez une, ne l’arrachez jamais à la main ; dégainez un tire-tique (entre 3 et 7 euros en pharmacie) et saisissez l’acarien avec, au ras de votre peau, puis retirez-le doucement. Désinfectez ensuite le point de morsure et surveillez les jours suivants l’apparition d’une éventuelle plaque rouge : un tel symptôme ne doit jamais être pris à la légère, et à ce stade, la maladie se soigne encore sans séquelles.
- Aucun vaccin contre la maladie de Lyme n’existe actuellement, mais des essais cliniques promettent un nouveau candidat.
- Développé par Pfizer et Valneva, ce vaccin pourrait neutraliser la bactérie avant qu’elle n’infecte l’humain.
- Les résultats préliminaires montrent une réduction de 73,2 % des cas de Lyme, avec une possible disponibilité fin 2027.
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