Le consensus scientifique s’est définitivement établi depuis 2003, avec l’apparition du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) : la prochaine pandémie viendra, très probablement d’un virus zoonotique (transmis de l’animal à l’homme). L’OMS, qui surveille les agents pathogènes les plus risqués, recense aujourd’hui une vingtaine de grandes familles virales susceptibles d’infecter l’être humain. C’est dans cet immense réservoir que les épidémiologistes situent la menace la plus pressante pour les décennies à venir. Fièvres hémorragiques, grippe aviaire, mpox, Ebola, coronavirus émergents : la liste est vertigineuse, et ne cesse de s’étendre à mesure que la déforestation, l’urbanisme galopant, les échanges internationaux et le réchauffement climatique multiplient les potentiels contacts entre la faune sauvage et les populations humaines.
La seule arme nous permettant de riposter face à cette flambée qui a déjà fait ses preuves : la vaccination. Nous en avons eu la démonstration lors de la pandémie de COVID-19 ; nous l’avons contenue, bien qu’elle nous ait contraints à faire évoluer nos vaccins au gré de sa dérive génétique et à l’apparition de nouveaux variants. C’est le gros point faible de la vaccinologie moderne, mais une équipe de l’Université de Cambridge, associée à la biotech DIOSynVax, a réussi à prendre ce dogme à revers. Grâce à un vaccin entièrement conçu par IA, ils sont parvenus à cibler une sous-famille entière de coronavirus, variants et virus animaux inclus. Leurs résultats ont été publiés au début du mois de juin dans la revue Journal of Infection.
Un « super-antigène » conçu par ordinateur, taillé pour l’imprévu
Afin de créer ce vaccin, l’équipe a nourri leur algorithme de milliers de séquences génétiques appartenant aux sarbecovirus, le groupe qui englobe le SARS-CoV-2, le SRAS et des centaines de coronavirus d’origine animale, dont de nombreux circulant chez les chauve-souris. En les comparant automatiquement, l’algorithme a repéré les zones de leurs génomes qui restent identiques d’une souche à l’autre, épargnées par la majorité des mutations.
Ces régions conservées ont servi de base pour générer, par calcul, une protéine synthétique qui en concentre les traits communs : un « super-antigène », baptisé pEVAC-PS. Une fois intégré au vaccin sous forme d’ADN, les cellules du patient vacciné vont elles-mêmes en produire après injection. Le système immunitaire, exposé à cette protéine unique, apprend à la reconnaître comme une menace et à fabriquer les anticorps correspondants.
Puisque ces traits communs se retrouvent, à l’identique, chez n’importe quel sarbecovirus, actuel ou à venir, cette même réponse immunitaire devrait, en théorie, neutraliser des souches que le patient n’a jamais rencontrées.
Administré à 39 volontaires âgés de 18 à 50 ans dans les centres de recherche clinique de Cambridge et Southampton, pEVAC-PS n’a provoqué aucun effet secondaire et a déclenché une réponse immunitaire positive contre les sarbecovirus. « Nous avons transformé le développement des vaccins : nous ne sommes plus dans la réaction, mais dans l’anticipation […] Nos vaccins continueront à protéger contre les virus, même s’ils mutent en de nouvelles souches », a expliqué Jonathan Heeney, co-auteur de l’étude.
Le prochain obstacle à franchir
L’équipe se garde toutefois de crier victoire trop rapidement : chez certains participants, la quantité d’anticorps produits contre le super-antigène était faible, et elle variait fortement d’un volontaire à l’autre, probablement en fonction de leur historique vaccinal ou infectieux face au COVID-19. Les anticorps produits se sont bien fixés sur les différents coronavirus de la famille testée, ce qui confirme que le super-antigène atteint sa cible, mais rien ne prouve encore qu’ils soient capables de bloquer une infection réelle : cette étape, dite de neutralisation, sera à démontrer lors des essais suivants.
C’est l’une des zones d’ombre qui restera à éclaircir lors des tests de phase 2, déjà prévus, qui confirmeront ou infirmeront ces conclusions sur un échantillon de population plus vaste et plus diversifié. S’ils s’avèrent concluants, « ce sont des millions de vies qui pourraient être sauvées », conclut Saul Faust, co-auteur et directeur de l’étude. Pour l’instant, Cambridge et DIOSynVax n’ont communiqué aucune date, mais à titre indicatif, le parcours réglementaire conventionnel d’un vaccin, de la phase 2 jusqu’à une éventuelle autorisation de mise sur le marché, s’étale généralement entre cinq et dix ans. Un horizon qui dépendra également des financements externes et de la volonté politique, les deux institutions ne pouvant garantir à elles seules la viabilité économique d’un tel projet à long terme.
- Des chercheurs de Cambridge ont développé un vaccin universel contre les sarbecovirus grâce à une IA, ciblant plusieurs variantes et virus animaux.
- Le vaccin, nommé pEVAC-PS, a suscité une réponse immunitaire prometteuse sans effets secondaires chez 39 volontaires.
- Des essais supplémentaires sont nécessaires pour confirmer son efficacité réelle contre les infections et sa mise sur le marché pourrait prendre entre cinq et dix ans.
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