Certaines entreprises, comme Klarna, avaient vu dans l’IA la solution à tous leurs problèmes, et s’en sont très rapidement mordu les doigts. Même si dans l’industrie automobile, l’automatisation algorithmique est moindre que dans d’autres secteurs, nombre de constructeurs s’appuient sur le machine learning et l’IA pour optimiser leurs chaînes de production. BMW, Stellantis, Renault et également Ford Motor Company, dont Kumar Galhotra, le directeur des opérations vantait le déploiement de 900 caméras pilotées par IA dans les usines du groupe, censées repérer les anomalies de montage ou défauts de peinture avant que les véhicules ne quittent la ligne d’assemblage.
C’était en octobre dernier ; nous voilà huit mois plus tard il semble que la direction ait redécouvert, à grands frais, que le bon sens des vieux briscards des usines ne se remplace pas par une flopée de webcams hors de prix. Après l’abandon de sa division Model e à la fin du mois d’avril, le constructeur boucle son grand chelem de la déconvenue.
Retour aux anciennes méthodes pour Ford
Selon des informations rapportées par Bloomberg, Ford a été contrainte de réembaucher plus de 300 inspecteurs qualité chevronnés au cours des dernières années, après avoir constaté que ses systèmes automatisés peinaient à tenir leurs promesses. Charles Poon, vice-président de l’ingénierie matérielle des véhicules, a fini par lâcher le morceau devant la presse : « L’intelligence artificielle est un outil formidable, mais elle ne vaut que par les données qui servent à l’entraîner », confesse-t-il. À deux doigts de découvrir qu’un algorithme sans mémoire est aussi utile qu’un panneau solaire dans un tunnel, l’entreprise a donc rappelé en urgence ceux qu’elle avait laissé filer.
« Ces dernières années, nous avons clairement négligé l’expérience de nos ingénieurs les plus chevronnés, ceux qui avaient pourtant essuyé les plâtres de nombreux lancements de produits », reconnaît-il. En tout cas, on ne peut lui retirer qu’il sait reconnaître ses torts… à moins qu’il ne se soit rendu compte que les réparations sous garantie des véhicules défectueux ne menacent son bonus de fin d’année. Une information qu’aucune source extérieure ne corrobore, évidemment.
Au moment même où la direction avoue ce naufrage, Ford savoure publiquement son retour en tête du JD Power Initial Quality Study, le baromètre de référence de la qualité automobile aux États-Unis. Une place que le constructeur n’occupait plus depuis 2010.
Dans son communiqué de presse, l’entreprise réussit d’ailleurs le tour de force de présenter son plan de sauvetage d’urgence comme une espèce de stratégie visionnaire. Ce que Charles Poon désigne comme un coup de balai coupable dans les rangs des anciens, le service de communication le rebaptise pudiquement comme un « profond renouvellement des talents ».
Pour décrocher sa médaille d’or, Ford a certes dû faire le grand ménage chez ses cadres dirigeants, mais elle a surtout dû rappeler ses 300 profils expérimentés, désormais qualifiés de « dépositaires de ce savoir-faire chèrement acquis au fil de décennies de conception ». Un très bel emballage marketing pour draper de modernité le retour triomphal du bleu de travail et de la clé à molette.
Pourtant, Ford Motor Company n’est pas spécialement connue pour sa posture de complaisance envers l’IA. Le patron de la firme, Jim Farley, qui avait accordé un entretien en juin dernier à Walter Isaacson, PDG de CNN et directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Time, affirmait : « L’IA va laisser sur le carreau un grand nombre de cols blancs ». Le sort s’est montré particulièrement taquin avec sa prédiction, même si l’entreprise a dû battre le rappel des anciens qui passent leurs journées les mains dans le cambouis, et non derrière un bureau. Cette opération de rapatriement express a sans doute coûté à Ford bien plus cher que les salaires qu’elle a peut-être voulu économiser : la facture d’une transition mal préparée est toujours plus lourde à digérer que le gain espéré sur la masse salariale.
- Ford a réembauché 300 inspecteurs qualité après des échecs liés à l’IA.
- L’entreprise admet avoir sous-estimé l’importance de l’expérience humaine dans ses usines.
- Malgré ces difficultés, Ford se félicite de son retour en tête du JD Power Initial Quality Study.
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