Au Ministère, c’est fromage ou dessert[*]

Donc hier soir il y avait dîner de blogueurs[1] au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche à l’invitation de Madame la Ministre Valérie Pécresse.

Donc hier soir il y avait dîner de blogueurs[1] au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche à l’invitation de Madame la Ministre Valérie Pécresse.

Tout d’abord, sur la forme, nous étions attendus et reçus dans un des salons du ministère pour un apéritif puis un dîner en compagnie de la Ministre, de deux collaborateurs et une collaboratrice.
La Ministre a rapidement énoncé une sorte d’ordre du jour très ouvert, et les raisons pour lesquelles elle souhaitait s’entretenir avec nous.
Loin des polémiques et des procès d’intention en tous genres, je crois tout d’abord que nous sommes tous d’accord pour dire que Valérie Pécresse connaît plutôt bien internet et ses problématiques, et qu’elle est déjà une utilisatrice assez éclairée du web mobile, à tel point qu’elle déplore de ne pouvoir utiliser un Blackberry en raison d’une directive gouvernementale liée à des raisons de sécurité et de confidentialité.
Loin également de ce que j’ai pu lire ici ou là, le rendez-vous d’hier soir n’avait pas pour objet de nous asséner un quelconque message et encore moins un programme, car il s’agissait en fait de l’inverse : l’équipe qui nous a reçus était là pour nous écouter et prendre un maximum d’informations, ainsi que nos points de vue d’acteurs du web sur l’état de l’internet en France aujourd’hui.
Enfin, on peut également difficilement soupçonner cette invitation de n’être qu’une opération de communication, à tel point que la Ministre était même assez réticente à ce que nous sortions nos appareils-photos, même si certains ont quand même réussi à le faire, "pour leurs archives personnelles" 😉
Les principaux sujets évoqués ont été les suivants :

  • la fracture numérique : 50% des foyers français ne sont pas reliés à internet (ou pas équipés d’ordinateur)
  • quelle est la nature de cette fracture numérique ? Qui touche-t-elle ? Les personnes âgées ? Surtout les foyers en difficulté ou en mal d’insertion sociale ?
  • la fracture numérique est-elle réellement liée à un problème de moyens financiers ? La réponse est apparemment non, puisque les foyers non équipés en informatique sont souvent des foyers qui par ailleurs sont très bien équipés en home cinema, téléphones mobiles…
  • l’internet mobile et l’internet des objets serait-il de nature à apporter une réponse à cette fracture numérique, en donnant plus facilement un accès au net à des gens qui n’ont pas d’ordinateur ?
  • le web à l’école et à l’université : avec le programme 1 PC portable pour 1 Euro par jour, 50% des étudiants se sont équipés en deux ans. Mais cela est loin d’être satisfaisant selon Valérie Pécresse, qui aurait souhaité que dans le même délai on atteigne plutôt les 80% d’équipement
  • l’ordinateur n’est pas encore rentré profondément dans les habitudes des étudiants comparativement à ce qui se passe dans d’autres pays (USA, Europe du Nord, Japon…), et ne s’est pas encore naturellement substitué au duo stylo+bloc-notes pour la prise de notes pendant les cours
  • l’ordinateur dans certains foyers est encore souvent considéré comme un outil ludique, une sorte de complément à la console de jeux, et non pas comme un outil facilitant l’accès à la connaissance
  • comment protéger sa vie privée sur internet face à la prééminence de Google ?
  • gérer son identité numérique dès ses premiers pas sur le web, et la responsabilité des parents quant à la sensibilisation de leurs enfants sur ce sujet
  • le droit et l’attitude à adopter en cas de diffamation sur internet
  • l’industrie du jeu vidéo et la place honorable de la France dans ce domaine, avec les emplois à la clé
  • enfin, d’un point de vue plus pragmatique, la problématique de la gestion des micro-revenus sur internet pour un particulier (revenus publicitaires pour un blog, ventes sur eBay…) et le vide juridique permanent qui entoure la question. Valérie Pécresse et son conseiller ont pris bonne note de cette question concrète en promettant une réponse rapide : "on va faire quelque-chose très vite".

Voici de mémoire la teneur de notre conversation avec la Ministre.
Bien sûr on peut toujours penser que de tout ceci rien de concret ne ressortira. Je ne partage pas ce point de vue.
Tout d’abord parce-que l’on ne peut pas demander à un Ministre de sortir des mesures concrètes et immédiates de son chapeau à chacune de ses rencontres avec les citoyens.
Ensuite parce-que les politiques ont changé : leur approche est généralement assez humble et ils sont en demande d’informations. On peut imaginer que notre dîner d’hier soir n’était qu’une petite partie d’un magma qui va constituer la base de réflexion et d’action d’un ministère pour les mois à venir.
Comme une sorte de longue traîne de la politique.

Et après le dîner ?
Tous au pub pour refaire le web ! (sans la Ministre bien sûr).

[1]voir la liste complète des présents chez Richard "speedy Tapahont" Malterre. D’autres articles sur le sujet chez Sébastien Billard, Gilles Klein, Aysoon, Fubiz, et probablement d’autres à venir.
[*]C’est Gilles qui le dit, je n’avais même pas remarqué 🙂


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37 commentaires

  1. Assemblée bien masculine … Il aurait été intéressant de creuser du côté des femmes non ? Il y a des femmes qui maitrisent le sujet d’internet (bon ok, elles se cachent).

    En attendant merci pour ce compte rendu ! Je me demandais vraiment ce qui allait ressortir de ce repas.

  2. Les femmes de pouvoir aiment rarement s’encombrer d’autres femmes.
    C’est l’explication la plus plausible… Et le classement des blogs high-tech, évidemment, en premier lieu.

  3. @Bauréale : je suis le premier à déplorer cette assemblée exclusivement masculine, et Valérie Pécrsse l’a également regretté. Malheureusement le choix s’est apparemment opéré sur un mix de blogs "connus" et/ou high-tech, et quand on associe ces deux critères il y a forte majorité de garçons.
    Dommage.

  4. Éric, tu écris :
    "quelle est la nature de cette facture numérique ?" (sic)

    Je dirais que la réponse (au moins une bonne partie) est dans la question ;-!

  5. Donc si on suit ton raisonnement il faut refuser toute approche et toute discussion avec un membre d’un gouvernement quelqu’il soit, sous peine de passer pour un collabo ? C’est sûr que comme ça on va faire bouger les choses et avancer le débat…

  6. Et es-ce que l’administration a enfin décidé d’arrêter l’achat de licences windows pour créer de l’emploi dans le logiciel libre? Encore une rencontre entre webmarketeux/commerciaux bien loin des réalités techniques et de l’indépendance numérique…

  7. C’est vrai que l’ordinateur est souvent considéré comme un outil ludique. Quand on voit des reportages concernant les ordinateurs à la télévision, c’est souvent dans le cadre de rassemblements de "gamers" et quand on y parle d’internet il est souvent détaché de l’équipementen lui-même et on y parle plus des débats qui s’y déroulent.

    Après, allez savoir si cette façon de voir l’internet à la TV joue vraiment sur les taux d’équipement…

    Sinon, avez-vous parlé du très haut débit par la fibre optique et de son installation en france?

  8. @Timothée, ce n’était pas le sujet du dîner. Je rappelle le thème : "Cette rencontre aurait vocation à permettre un échange direct autour, d’une part, des thèmes qui vous semblent prioritaires et, d’autre part, des actions qu’entend mener la ministre dans le domaine des nouvelles technologies."
    On ne parle pas de sciences, là.
    Et franchement piur avoir vu Me Pécresse hier, je peux te dire que ce n’est pas le genre de personne qui craint la confrontation, au contraire…

  9. @Mouloud : Heu il me semble que le gouvernement s’équipe progressivement en logiciel libre comme en parlait 01.net il y a quelques temps maintenant. Ils parlaient si je me souviens bien de l’installation d’ubuntu sur les PCs d’un des institutions du gouvernement

  10. @Mouloud : "webmarketeux/commerciaux" ?
    Qui ça ? Pas moi en tout cas. Je ne travaille pas dans le webmarketing et encore moins dans le commercial (même s’il n’y aurait pas de honte ;-))
    C’est dommage, le début de ton commentaire était intéressant, mais la fin…

  11. C’est un coup de pub, quoi qu’on en dise. Les actions à mener, c’est de la vulgarisation, et les scientifiques qui en font sont passés sous silence.

    En tant que bloggueur scientifique (plus scientifique que bloggueur, d’ailleurs), et membre d’une communauté d’autres bloggueurs scientifiques, j’aurais apprécié qu’un de nous soit invité.

    Ca aurait pas été moi, of course. Un anti-LAU, petit fils de soixante-huitard, ca aurait fait tache ^^. Je serai venu avec ma banderole…

    Bref, encore une ministre de la recherche que je n’aimerai jamais autant qu’au moment ou elle remettra sa démission…

  12. Pas du tout, d’ailleurs j’avais une place de choix, à côté de la ministre 🙂
    C’était tout sauf ennuyeux.

  13. @Eric

    Désolé pour mon commentaire désagréable, après tout, c’était une façon comme une autre de la ministre de montrer son intérêt pour les petits blogueurs que nous sommes… de la comm, pas de stratégie politique derrière tout ça…

  14. Eric > Bon en tout cas tu m’avais l’air studieux, bravo (rires).

    Moi les questions que j’aurais posées à Valérie sont les suivantes :

    1) Où se trouve, en France, un organisme de recherche comme le Stanford Research Institute (RSI) qui comprend 2000 chercheurs et dont l’objectif du CEO est de favoriser la création d’entreprises américaines de plus de 1 milliard de dollars ?

    2) Qu’est-ce qui est fait concrètement pour expliquer aux plus jeunes le fonctionnement d’une entreprise de taille moyenne et donner envie à certains d’entre elles et eux de crééer de la valeur et de l’innovation en France ?

    3) Quid du Small Business Act (mais je crains que ce ne soit pas du ressort de son Ministère).

    4) Où en est-on par rapport aux propositions de l’association Renaissance Numérique ?

    5) Pour les filles, il y avait Mathilde de Bagatelles mais je n’sais pas si elle serait venue…

    Enfin moi j’dis ça mais bon 😉 c’est un Marx qui vous parle alors…(rires).

    /Olivier
    🙂 http://www.oliviermarx.net 🙂
    Prochain Panthère’s Club le 25/01 à paris

  15. Merci Eric pour ce compte rendu,
    Déjà posté sur Sébastien, j’essaye d’avoir une réponse.
    En quoi le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche peut il être concernée par la fracture numérique, par la difamation sur Internet, par les micro revenus etc et etc…
    Permets moi de douter de l’opération de communication de ce ministre. La preuve, vous êtes nombreux à en parler aujourd’hui alors que d’habitude les ministres n’ont quasi aucune couverture sur les blogs. Je vois une très belle opération de com’ et rien que cela pour l’instant.
    J’aimerais surtout une réponse à la première question, quel rapport entre Pecresse et Internet ? merci

  16. "l’ordinateur n’est pas encore rentré profondément dans les habitudes des étudiants comparativement à ce qui se passe dans d’autres pays (USA, Europe du Nord, Japon…), et ne s’est pas encore naturellement substitué au duo stylo+bloc-notes pour la prise de notes pendant les cours"
    Sortant tout droit d’école d’ingé villeurbannaise, je n’ai que très rarement pu sortir mon laptop pour prendre des notes, pour une seule raison : la réticence des profs, ceux-ci craignant que l’étudiant fasse autre chose pendant le cours…
    En guise de comparaison, en dernière année en Suède maintenant, le mec qui n’a pas son laptop en cours se fait remarquer… question d’état d’esprit mais surtout d’ouverture des profs aux nouvelles technologies… Il faudrait commencer la formation par là…

  17. "Sortant tout droit d’école d’ingé villeurbannaise, je n’ai que très rarement pu sortir mon laptop pour prendre des notes, pour une seule raison : la réticence des profs, ceux-ci craignant que l’étudiant fasse autre chose pendant le cours…"
    Exacy Nico, nous avons évoqué cela aussi hier soir. J’en sais quelque chose, j’ai déjà donné des cours dans des écoles multimédia où chaque étudiant était devant (ou plutôt derrière) son poste connecté et c’était l’horreur, il y en avait la moitié qui surfait sur des sites de boules (les garçons) et l’autre sur MSN (les filles). Difficile de capter l’attention dans ces cas-là…

  18. Je suis pas sur qu’il y ait de solution miracle à cela, si ce n’est peut-etre arreter de rendre les cours obligatoires, ce qui engendrerait la présence uniquement d’étudiant intéressés par le cours…
    Anyway, on rentre ici dans un débat qui touche plus le système universitaire français que l’Internet. Et dans ce domaine aussi, la France a beaucoup à apprendre de certains pays (je vais me répéter mais je pense encore à la Suède)

  19. De passage, j’observe ici avec un peu de recul les commentaires pragmatiques et constructifs de cette visite à Pécresse comparés aux aigreurs d’un certain affordance qui, sans l’avouer, ne s’en remet pas d’avoir renfusé l’invit. 2 mondes !

  20. Bon ma question est passée à l’as, c’est pas grave, Sébastien a répondu sur son blog et pour info pour ceux que ça intéresse le décret d’attribution dit :

    Le ministre Pécresse "participe à la promotion et à la diffusion des nouvelles technologies" et "prépare et, conjointement avec les autres ministres intéressés, met en oeuvre la politique du Gouvernement en faveur de l’utilisation et de la diffusion des nouvelles technologies de l’information et de la communication".

    Ainsi de facto, le gouvernement promeut la fracture numérique en l’isolant des autres médias type télévision, papier, radio; en lui conférant le caractère de nouvelles technologies propre à décourager les personnes peu confiante avec tout ce qui est nouveau.

    Merci à Sébastien

  21. Merci Eric pour ce compte-rendu. L’approche semble en effet avoir changé. Plutôt que de tout décider jacobinement, on concerte : la concertation et la volonté d’aller chercher l’info chez les premiers concernés et/ou experts, même s’ils ne sont que bloggeurs.
    Ca ne fera pas taire les râleurs et les partisans, qui au fond se fichent que les choses avancent, l’essentiel étant de pouvoir cracher sur.

  22. "enfin, d’un point de vue plus pragmatique, la problématique de la gestion des micro-revenus sur internet pour un particulier (revenus publicitaires pour un blog, ventes sur eBay…) et le vide juridique permanent qui entoure la question. Valérie Pécresse et son conseiller ont pris bonne note de cette question concrète en promettant une réponse rapide : "on va faire quelque-chose très vite"."

    Après les beaux discours sur le pouvoir d’achat, les micro-revenus seront-ils taxés?
    C’est vrai, après tout, quand je revends mes jeux vidéo d’occasion, il n’y a pas de raison que je ne sois pas taxé, non?!?

    A moins de traquer chaque internaute avec son adresse IP et son compte Paypal, je ne vois aucun moyen d’assurer le suivi des gains faits par les internautes grâce au net. Mais depuis les dernières révisions de DADVSI (sanctions sans avertissement), on peut s’attendre à tout…

  23. Si elle a besoin de recevoir ses emails sans que les grandes oreilles étrangères soient au courant, elle peut opter pour une solution à base de Windows Mobile sécurisée par EveryWAN de Sparus Software …

  24. Ils auraient été bon d’ammener le sujet des EPM (espaces public multimédia)non ? Des sites comme la cyberbase de Bron sont des solutions au 50% de francais non connecté.

  25. Salut à vous,
    je n’ai rien à voir avec le sujet, ni rien d’ailleurs.
    Bref, je m’explique.
    Je suis en école de com à Lyon et il faut que je fasse une interview d’un internaute. (le sujet est la polémique sur le vote par internet). Elle peut se faire soit en face à face soit au téléphone ou encore par email.
    Si ça intéresse quelqu’un.

    Merci

  26. Pingback: France 4 a une drôle de conception du montage | Presse-Citron

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