Les constructeurs automobiles BMW et Renault font face à un nouveau scandale. Après les révélations sur l’impact environnemental désastreux de leur approvisionnement en cobalt “éthique”, c’est maintenant le volet social qui est exposé au grand jour par l’enquête de Reporterre.
Dans la mine marocaine de Bou-Azzer, les ouvriers dénoncent des conditions de travail déplorables et le non-paiement de leurs salaires.
Un “cobalt responsable” qui cache une réalité sordide

BMW et Renault avaient fait le choix de s’approvisionner en cobalt au Maroc pour éviter les conflits armés liés à l’extraction en République démocratique du Congo. Cette décision leur permettait de construire une image de marque autour de l’utilisation de “métaux responsables”. Mais la réalité sur le terrain est tout autre.
Dans la mine de Bou-Azzer, propriété du groupe Managem lié à la famille royale marocaine, près de 200 mineurs sont en grève depuis plus d’un mois. Ils réclament le paiement de leurs salaires, bloqués depuis plus de deux mois. Employés par le sous-traitant Top Forage, ces ouvriers travaillent dans des conditions extrêmement dangereuses, exposés à un cocktail de substances toxiques et cancérigènes.
“Tu travailles et tu as la trouille”, confie Saïd, mineur depuis quinze ans. “Quand ton collègue descend dans le puits, tu lui dis d’être très prudent, parce que s’il lui arrive quelque chose, on n’aura pas de quoi venir le chercher.”
Des audits de complaisance et un système bien rodé
Face aux premières révélations sur les conditions d’extraction à Bou-Azzer, BMW a commandé des audits externes. La Responsible Business Alliance, un cabinet créé par de grandes entreprises de l’électronique, n’a relevé que de “légères irrégularités”. Pourtant, les témoignages des mineurs racontent une tout autre histoire.
“On nous a distribué des masques et des protections pour les oreilles juste avant le début de l’audit, et les postes de travail ont été nettoyés à fond”, révèle Badir, un autre mineur. “Nos chefs nous ont demandé de ‘faciliter l’audit’ en nous promettant des avantages si nous mentions.”
Le système de fraude ne s’arrête pas là. Les mineurs dénoncent la falsification systématique de leurs fiches de paie pour réduire leur ancienneté et ainsi leur rémunération. “Sur nos fiches de paie, la date d’entrée dans l’entreprise est changée tous les trois mois de façon à toujours indiquer deux ans d’ancienneté, même quand on travaille depuis quinze ans”, explique un ouvrier.
La responsabilité des constructeurs en question

BMW et Renault se retrouvent aujourd’hui dans une position délicate. Le constructeur allemand fait l’objet d’une enquête de l’Office fédéral de l’économie et du contrôle des exportations pour voir s’il a enfreint son devoir de vigilance. Quant à Renault, qui doit commencer à importer du cobalt de Bou-Azzer dans six mois, il reste très évasif sur ses propres audits.
Les deux entreprises refusent de publier le contenu détaillé de leurs expertises, invoquant le secret commercial. Cette opacité soulève des questions sur leur réelle volonté de transparence et leur engagement pour un approvisionnement véritablement éthique.
La situation à Bou-Azzer met en lumière les limites du concept de métaux responsables, mis en avant par l’industrie automobile. Elle révèle aussi les défis auxquels fait face la transition vers les véhicules électriques, censée être plus écologique, mais qui soulève de nouvelles problématiques sociales et environnementales.
Face à ce scandale, les constructeurs devront répondre de leurs choix et de leur responsabilité dans la chaîne d’approvisionnement. Les consommateurs, quant à eux, sont en droit d’exiger une réelle transparence sur l’origine et les conditions d’extraction des matières premières utilisées dans leurs véhicules “verts”.
- BMW et Renault font face à un scandale social dans leur mine de cobalt “éthique” au Maroc
- Les ouvriers dénoncent des conditions de travail dangereuses et le non-paiement des salaires
- Les audits commandés par les constructeurs sont remis en question, révélant les limites du concept de “métaux responsables”
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An bon les voitures électriques polluent ?! Première nouvelle.
Que votre équipe se remette en question avant de faire depuis des années du lobbying aveugle pour le VE.