Vol EasyJet U27342, 10 heures du matin, vendredi 4 novembre. À quelques minutes de décoller, l’Airbus A321 de la compagnie aérienne britannique low cost doit se résigner. À la tour de contrôle de l’aéroport Saint Exupéry, à Lyon, les aiguilleurs indiquent que le créneau pour atterrir à Lisbonne n’est plus disponible. Les pilotes, dans le cockpit, relaient le message à la cabine, mais n’ajoutent aucune précision. Il faudra attendre près de deux heures avant de s’arracher du sol.
La raison, nous l’avons découverte à l’atterrissage. Sur Twitter, pour les passionnés de l’aérien, tous les comptes de surveillance du ciel l’indiquaient. Une fusée chinoise, lancée 4 jours plus tôt, commençait à se désintégrer dans le ciel. Les débris, qui devraient pour la plupart se réduire en poussière avant de rejoindre le sol, dessinaient plusieurs lignes directionnelles dont l’une passait au-dessus de l’Espagne. Pas de risque inutile, plusieurs aéroports ont décidé de fermer et une partie des routes aériennes passant au-dessus du pays ont été interdites d’accès.
300 vols retardés à cause d’une fusée
Les mesures ont été mises en place vendredi matin entre 8h38 et 9h18 GMT. Un laps de temps suffisant pour créer des retards dans la péninsule ibérique, mais aussi pour les vols internationaux, passant au-dessus du pays. Par un effet boule de neige, notre vol Lyon-Lisbonne en a lui-même subi les conséquences de cette zizanie. Selon l’opérateur aéroportuaire espagnol Aena, 300 vols sur les 5 484 prévus vendredi ont connu des retards. 46 aéroports ont été concernés.
#Perturbations | En raison de la rentrée dans l’atmosphère terrestre de débris spatiaux issus d’une fusée chinoise, la France a décidé de fermer son espace aérien situé au sud de la corse de 9h30 à 10h30. pic.twitter.com/V0QQNZXb3D
— Direction générale de l’aviation civile 🇫🇷🇪🇺 (@DGAC) November 4, 2022
Pour fermer son espace aérien, l’Espagne a suivi les recommandations de l’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne et du Conseil interministériel. Au final, un rayon de 100 kilomètres autour des deux trajectoires de débris de la fusée chinoise a été dressé. Après l’épisode, il s’est avéré qu’aucune pièce ne s’est désintégrée au-dessus du pays – la plupart s’étant désintégrées au niveau de l’Océan indien et dans la mer de Sulu aux Philippines.
Deux discours différents sur les débris spatiaux
Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a néanmoins tenu à rassurer tout le monde en indiquant que les couloirs aériens ne courraient aucun danger.
“Il est entendu que [ce] type de fusée utilise une technologie spéciale conçue pour que la grande majorité des composants soient détruits par ablation lors de la rentrée dans l’atmosphère, et la probabilité de nuire aux activités aériennes et au sol est extrêmement faible”, indiquait le porte-parole. Il ajoutait que la rentrée d’une fusée dans l’atmosphère était “une pratique internationale courante”.
Les termes utilisés ne sont pas les mêmes du côté des centres européens d’opération de surveillance et de suivi de l’espace. Pour eux, il s’agissait plutôt qu’une “entrée incontrôlée de restes de l’objet spatial chinois CZ-5B sur une orbite descendante traversant le territoire national”. En question, un énorme morceau de la fusée, qui était partie début novembre pour aller apporter de nouveaux équipements à la nouvelle Station spatiale chinoise baptisée Tiangong.
Les risques augmentent
Le mois de mai 2021 semble loin. Mais il marquait l’avènement d’un nouveau problème grandissant avec le spatial : les débris spatiaux. Il y a plus d’un an, c’était le bras articulé de la Station spatiale internationale (ISS) qui se faisait percuter par un débris spatial, sans causer trop de dégâts heureusement. Depuis, les manoeuvres d’esquives n’ont jamais cessé pour le plus gros satellite artificiel en orbite, où se trouvent actuellement 7 astronautes. Qualifiée de “saccageur de l’espace” par Paris, la Russie pulvérisait aussi l’année dernière l’un de ses satellites, produisant un nouveau nuage de débris qui menace maintenant la stabilité de l’orbite basse.
Sur le territoire australien, en juillet 2022, le débat sur le danger des débris spatiaux pour les habitations a été relancé après qu’un morceau d’une fusée de SpaceX se soit planté au milieu d’un champ. Et les astrophysiciens ne sont pas rassurés. En vue du nombre d’objets célestes en orbite autour de notre planète, et face aux risques du syndrome de Kessler (réaction à la chaîne de collisions sur l’orbite basse), la menace est de plus en plus forte. Les risques ont particulièrement augmenté depuis un événement important en 2007, lorsque la Chine explosé l’un de ses satellites pour tester l’efficacité de l’un de ses nouveaux missiles.
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