Article rédigé par Aurélie (Ye Lili), qui vit et travaille en Chine depuis juin 2009, et blogue depuis mars 2009 sur Vues de Chine. Aurélie nous propose son témoignage dans la série « Web d’ailleurs [1]». « Bloguer en Chine », ces trois mots côte à côte sont à eux seuls un challenge au quotidien : une

Article rédigé par Aurélie (Ye Lili), qui vit et travaille en Chine depuis juin 2009, et blogue depuis mars 2009 sur Vues de Chine. Aurélie nous propose son témoignage dans la série « Web d’ailleurs [1]».

« Bloguer en Chine », ces trois mots côte à côte sont à eux seuls un challenge au quotidien : une plume indépendante se demande toujours quelle sera la nouvelle censure mise en place par le Great Firewall. Vous en avez sans douté déjà entendu parler, il s’agit du système de censure très développé mis en place par le gouvernement chinois.

chine [rédactrice invitée] Bloguer en Chine
(image : ‘The Great Wall of China‘ – Flickr CC)

Au quotidien, ça donne une armée de milliers de Chinois qui rapportent ce qui se passe sur le web. Ça donne aussi le blocage des principaux réseaux sociaux, facebook et twitter en tête, mais aussi de nombreux sites et de grandes plateformes de blogs.

Avant de vivre en Chine, cela ne m’avait jamais interpelée, mais une fois installée ici, en juin 2009, juste avant l’anniversaire des 20 ans des événements de Tian An Men, j’ai eu la mauvaise surprise de vivre une grande avancée du GFW (« Great FireWall ») et de voir que la plateforme hébergeant mon blog wordpress.com (parmi tant d’autres) était bloquée. A mon niveau, ce fut finalement un mal pour un bien : j’ai dû me familiariser avec des noms étranges, tels que « hébergeur », plug-ins, transfert de données… je partais de bien bas, donc j’ai appris énormément et j’ai pu remettre mon blog en ligne au bout de quelques jours. J’ai aussi appris à me servir d’un proxy, c’est-à-dire une adresse qui redirige les connexions pour vous, et à encoder certains passages de mes articles pour passer à travers la muraille…

Internet en Chine est la première peur du gouvernement. C’est pour les Chinois une source d’apprentissage extraordinaire et notamment sur la partie cachée de leur histoire. C’est surtout un espace de libertés incontrôlable. Par exemple, les jeunes internautes chinois n’hésitent pas à créer de nouveaux mots pour détourner les mots censurés. C’est encore un fédérateur potentiel d’une société civile en devenir. L’avenir nous dira ce que les Chinois en feront…

A mon échelle…

Bloguer est pour moi une manière de prendre de la distance avec mon quotidien : je réalise mieux la chance que j’ai de vivre à l’autre bout du monde. En le partageant avec des personnes restées en France, je mesure encore mieux cette chance. Je me considère comme une voyageuse sédentaire, et je me fais une obligation de garder un œil curieux sur tout ce qui m’entoure. Vivant en pays d’accueil, j’essaie surtout de comprendre avant de juger, c’est sans doute la clé d’une intégration réussie dans un pays aussi différent que la Chine. Car vivre avec les Chinois implique une remise en question permanente de ses valeurs, de son mode de pensée, pour le meilleur et parfois pour le reste…

Mon blog me permet aussi de rencontrer de nombreuses personnes. Pour ma série « portraits chinois », je propose d’interviewer le premier pékin venu (elle est facile !), en lui expliquant que mon but est d’aider les Français à comprendre les Chinois. Je n’ai jamais eu un seul refus. Au contraire, les Chinois ont énormément de choses à dire, pour peu qu’on leur donne la parole.

Loin des clichés véhiculés par de nombreux médias, écrits par des journalistes qui n’ont parfois mis les pieds que quelques jours en Chine, j’essaie de transmettre mes impressions sur un pays en pleine mutation, sur une société qui se cherche. Même si elle se perd parfois dans les méandres du capitalisme sauvage intégré trop rapidement, la population chinoise vit des transformations inédites. C’est pour moi un laboratoire à ciel ouvert. Les Chinois sont optimistes, dynamiques, et curieux du monde. Des valeurs parfois trop peu partagées par mes compatriotes. Valeurs que j’essaie de cultiver au quotidien et que j’essaie de partager avec ceux qui n’ont pas la chance de vivre cette expérience.

Je me mets à la hauteur du Chinois de la rue : dans mes photos, mes récits ou mes interviews, j’essaie de ne jamais juger ou de me sentir supérieure !

Avec quelle légitimité ?

Aucune en fait ! Je voyage et travaille avec la Chine depuis 2005, j’y vis depuis 18 mois. Tenir un blog modeste avec pour ambition de partager mon quotidien, mes impressions, mes coups de cœur et mes coups de gueule, permet de dédiaboliser la Chine dont on attend tant parler en Occident. Certes, la Chine, ce sera très bientôt la première puissance économique du monde, certes c’est un quart de l’humanité, mais ce sont surtout des hommes et des femmes avec toute leur singularité, leurs qualités et leurs défauts. Nos semblables donc !

Un peu plus d’humanité dans nos échanges et nos points de vue rendrait notre monde meilleur, j’espère y contribuer avec ma petite plume voyageuse !

[1] si vous vivez et bloguez ou travaillez dans le web à l’étranger, de préférence dans un pays ou territoire lointain ou « exotique » dont on ne connait pas grand chose de la culture et de l’économie web, envoyez-moi votre article témoignage et il sera publié sur Presse-citron.