Alors que Barack Obama et Joe Biden s’en tenaient strictement à des placements passifs, des fonds indiciels diversifiés ou des bons du Trésor pour éviter tout soupçon de conflit d’intérêts durant leurs mandats, les récentes révélations de la déclaration financière de Trump montrent qu’il gère un portefeuille boursier de manière ultra-active.
Plus troublant encore, une mécanique bien huilée semble se dessiner au fil des mois : l’achat en direct d’actions d’entreprises bien précises, immédiatement suivi de compliments appuyés et de coups de projecteur publics de la part du président pour faire grimper artificiellement leur cours.
Sur le strict plan juridique, cette pratique ne viole aucune législation, car le président des États-Unis est explicitement exclu des lois fédérales sur les conflits d’intérêts pour éviter de paralyser le sommet de l’État. Mais cette manœuvre s’avère profondément anti-éthique. Pas étonnant, lorsque l’on sait que le clan Trump aurait engrangé au moins 2,3 milliards de dollars en ayant profité d’une crypto-monnaie controversée.
Eli Lilly
Donald Trump a enregistré au moins 7 achats distincts d’actions du géant pharmaceutique Eli Lilly au cours du premier trimestre, pour un total de 680 000 dollars.
Problème, le calendrier de ce placement s’avère très douteux : le tout premier achat a lieu le 6 janvier. À peine deux jours plus tard, le 8 janvier, se clôture la date limite pour que les laboratoires postulent au nouveau modèle de la couverture santé fédérale, ouvrant la voie au remboursement par Medicare, l’assurance santé américaine, des traitements contre l’obésité.
Dans la foulée, l’administration Trump lance un portail Web étatique orienté pour diriger les patients vers Zepbound, le traitement phare de d’Eli Lilly, tout en accélérant l’approbation d’un autre de leurs médicaments en un temps record de 50 jours.
NVIDIA
Le 6 janvier 2026, le compte de Donald Trump a acheté des actions NVIDIA pour un montant global estimé jusqu’à 1 million de dollars (via la fourchette maximale cochée sur le document).
Mais à ce moment précis, le fabricant fait face à un immense défi commercial : les restrictions américaines l’empêchent de vendre ses puces de pointe en Chine, un marché pourtant crucial pour sa croissance. Or, une semaine exacte après l’achat d’actions par Trump, son administration opère un virage politique surprise : le département du Commerce assouplit les règles de contrôle des exportations.
C’est le feu vert tant attendu par l’entreprise pour commercialiser ses technologies sur le sol chinois. Le cours de son action explose.

AMD
Restons dans le secteur ultra stratégique des semi-conducteurs. Parallèlement à son opération sur NVIDIA, le portefeuille de Donald Trump s’est aussi attaqué à son concurrent historique : Advanced Micro Devices (AMD).
Selon les rapports officiels de l’Office of Government Ethics (OGE), le compte de Trump a réalisé d’importants achats d’actions AMD pour une valeur totale estimée entre 50 000 et 100 000 dollars. Là encore, ce placement est survenu une semaine avant la décision du département du Commerce, donnant le feu vert à l’entreprise pour vendre ses puces d’IA en Chine.
Dell
Avec Dell, on quitte les coulisses administratives pour entrer dans le favoritisme public. En février, le portefeuille boursier de Donald Trump frappe un immense coup en achetant un volume massif d’actions de la firme Dell Technologies pour une valeur estimée à 1 million de dollars.
À peine 9 jours plus tard, le président est en déplacement à Rome, en Géorgie, pour prononcer un discours officiel axé sur l’économie. C’est à ce moment précis qu’il s’exclame littéralement : « Allez tous acheter un ordinateur Dell, leurs produits sont fantastiques ! »
Un coup de projecteur qui a immédiatement fait réagir les marchés, le cours de l’action Dell grimpant dans les heures qui ont suivi ce meeting. Malin.
Thermo Fisher
L’affaire du géant du matériel médical Thermo Fisher Scientific franchit un cap supplémentaire dans le conflit d’intérêts en direct. Entre février et début mars, Donald Trump accumule des actions de l’entreprise pour un montant maximal estimé à 215 000 dollars.
Le 11 mars, le président effectue une visite officielle très médiatisée dans l’usine de la firme à Reading, dans l’Ohio, pour faire la promotion de son programme de santé d’État, TrumpRx. Devant les caméras, il qualifie Thermo Fisher d’« entreprise fantastique et incroyable » et invite explicitement les autres laboratoires à signer des contrats avec elle.
Le jour exact de cette visite, Trump achète une nouvelle ligne d’actions de cette même entreprise.
Apple
Nous sommes toujours le 11 mars 2026. Et en parallèle de sa visite dans l’Ohio, Donald Trump acquiert entre 100 000 et 250 000 dollars d’actions Apple.
Quelques heures à peine après avoir signé cet ordre d’achat, le président enchaîne sur un autre événement officiel retransmis en direct. Devant son pupitre, il prend soin de cibler nommément la firme de Cupertino et son PDG, Tim Cook. Il les couvre d’éloges, et qualifie Apple de « fleuron qui fait la fierté de l’Amérique ».

Micron
Fin février, le président achète des actions de la firme Micron Technology, un des leaders mondiaux des puces mémoires, pour un montant estimé entre 50 000 et 100 000 dollars.
Le lendemain exact de la validation de cette transaction boursière, il décroche son téléphone pour appeler en direct la chaîne Fox News. Au cours de cet entretien très suivi par l’électorat conservateur et les milieux financiers, le président lance : « Micron est actuellement l’une des entreprises les plus chaudes et les plus performantes du marché, il faut regarder ce qu’ils font ».
Micron a depuis franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Palantir
Les relevés de l’Office of Government Ethics (OGE) montrent que le portefeuille de Trump a réalisé pas moins de 16 transactions distinctes sur Palantir tout au long du mois de mars, accumulant des titres pour une valeur totale estimée à plusieurs centaines de milliers de dollars.
Et le 7 avril, l’action Palantir subit une baisse de près de 6 % à Wall Street en raison de craintes concurrentielles. C’est le moment exact choisi par le président pour intervenir en personne. Il publie un message agressif sur son réseau Truth Social : « Palantir Technologies (PLTR) a prouvé qu’elle disposait de formidables capacités et équipements de combat. Demandez à nos ennemis !!! Président DJT ».
En ajoutant volontairement l’abréviation officielle du ticker boursier (PLTR) dans sa publication, Trump offre un signal d’achat direct et ultra simplifié à ses millions d’abonnés. L’effet est immédiat : l’action efface une grande partie de ses pertes dans l’heure qui suit la publication.
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