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Google veut s’endetter sur 100 ans pour devenir l’ossature du monde

Dans la sphère financière, cette annonce est historique. Le groupe Alphabet se donne un siècle pour se faire une place centrale dans l’ossature du monde. En 2026, les dépenses d’investissement de Google devraient culminer à 185 milliards de dollars, le double de l’année dernière.

La maison mère de Google vient de lancer une émission obligataire hors norme, incluant une tranche de dette à 100 ans. Oui, vous avez bien lu : le géant de Mountain View demande aux investisseurs de lui prêter de l’argent avec un remboursement prévu au XXIIe siècle. Pour réaliser ce tour de force, Alphabet a jeté son dévolu sur la City et ce prêt démentiel sera libellé en livres sterling. C’est très malin : en allant draguer les investisseurs britanniques la firme s’assure une liquidité que même le marché américain rechigne parfois à offrir sur des durées aussi vertigineuses.

Une offensive sur les bilans des zinzins de la City pour financer la démesure de ses investissements dans l’IA, en étalant le risque sur des horizons que seule la finance institutionnelle accepte encore de regarder.

Un siècle pour devenir l’ossature du monde

Cette année, les dépenses d’investissement d’Alphabet devraient culminer à 185 milliards de dollars, soit le double de l’exercice précédent. Le groupe doit bâtir des centres de données pharaoniques, sécuriser des clusters de GPU par dizaines de milliers, concevoir ses propres puces Tensor Processing Units (TPU) et racheter des brevets dans tous les sens.

Si le groupe a contracté une dette sur une période si longue, c’est principalement pour s’acheter du temps. En étalant cette facture colossale sur plusieurs générations, la firme s’assure que l’IA ne pèse pas sur ses bénéfices actuels, tout en pariant que son infrastructure deviendra aussi indispensable que le réseau électrique mondial ou que les fondations matérielles d’Internet.

Le grand ratissage : diversifier pour mieux régner

Alphabet est donc allée chercher tout ce qui peut encaisser sa dette sans broncher et a segmenté son endettement selon ce que chaque marché sait faire de mieux : le dollar pour lever de la dette en quantité dans un cadre très standardisé, le franc suisse pour sécuriser des financements à faible coût dans une devise historiquement stable, et la livre sterling pour accéder à une base d’investisseurs institutionnels. Une poche très particulière, composée d’acteurs dont le métier consiste précisément à immobiliser des capitaux sur des horizons extrêmement longs.

« L’idée est de ratisser le plus large possible, des investisseurs en finance structurée jusqu’à ceux qui achètent de la dette très longue. Pour une obligation à 100 ans, les acheteurs naturels sont les assureurs et les fonds de pension, et celui qui monte l’opération aujourd’hui ne sera sans doute plus là quand elle arrivera à échéance », résume Gordon Kerr, stratège macro européen chez Kroll Bond Rating Agency.

Reste que s’endetter sur un siècle n’a jamais garanti la pérennité d’une entreprise, surtout dans la tech ; hors États, les obligations à de ce type sont rares, et ne se sont pas toujours bien terminées. Certaines institutions ont pu se le permettre sans trembler, comme l’Université d’Oxford ou le Wellcome Trust en 2021, mais les taux étaient exceptionnellement favorables.

D’autres s’y sont cassé les dents : la dernière firme du secteur à s’y être risqué était Motorola, en 1997. La même année, J.C. Penney (une chaîne de grands magasins américaine) émettait également une obligation à 100 ans, avant de disparaître deux décennies plus tard.

Un tel mouvement financier de la part d’Alphabet, c’est une manière de clamer haut et fort aux marchés qu’elle se voit encore là en 2126, comme une entreprise centrale à la bonne marche du monde. Si elle a évidemment besoin de cet argent pour développer son infrastructure IA (data centers, serveurs, TPU, Gemini et ses variants, DeepMind, etc.) et rester droite face à OpenAI, Microsoft, Meta ou Anthropic, ce n’est qu’une porte d’entrée. Le groupe vise autant à dominer technologiquement qu’à asseoir son influence, une forme de centralité économique qui la rendra indispensable, même dans un siècle.

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