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Après Kilian Jornet, Jimmy Gressier passe un coup de gueule contre l’UTMB : « ça fait mal au cœur »

Le champion du monde du 10 000 m en 2025 a critiqué les organisateurs de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) pour la faible récompense décernée aux vainqueurs. Chez les féminines, c’est Blandine L’Hirondel qui a remporté la course. À l’instar de Jimmy Gressier, elle fait partie du team Kiprun.

Après avoir suivi de près la course de Blandine L’Hirondel sur sa TV, Jimmy Gressier a pris la parole. Sur Instragram, le champion du monde du 10 000 m 2025 a parlé de la course remportée par sa collègue membre du team Kiprun, et pointé du doigt un effort physique extrême qui ne serait pas récompensé à sa juste valeur selon lui.

Dans une présentation approximative de la course, le coureur de fond déclarait : « ce qui me choque moi, c’est que des athlètes ont fait 70 km, couru pendant 10 heures sans dormir… Il n’y a pas beaucoup de monde qui peut réaliser cela mentalement et aussi physiquement ». Évidemment, face à un 10 kilomètres ou même un marathon, l’effort est bien différent, mais la course mentionnée par le coureur de fond est encore plus longue : 170 km, et se remporte entre 18 et 22 heures en fonction des années et du classement masculin et féminin.

Un décalage entre les recettes des organisateurs et les price money des athlètes

Quoi qu’il en soit, l’effort est particulièrement long et Jimmy Gressier regrettait que « quand tu vois que le mec il a gagné que 20 000 €, sachant qu’il va devoir donner un pourcentage […] à son agent, plus avoir une imposition… à la fin, il ne reste pas grand-chose. Et quand vous vous dites qu’ils font que deux courses par an, ça fait mal à la tête. »

Jimmy Gressier critiquait les organisateurs de l’UTMB spécifiquement, pour qui le montant des récompenses devrait être bien plus important en vue de la popularité de la course, du prix des dossards et de l’influence des élites pour attirer toujours plus de spectateurs et d’athlètes chaque année. En 2025, on comptait plus de 50 000 personnes aux abords des sentiers et dans la vallée de Chamonix (en comptant aussi les accompagnateurs), 2 500 bénévoles mobilisés et plus de 25 000 demandes pour participer à la course reine (en hausse de 30 % sur un an).

« Quand tu regardes le price money des athlètes et ce que gagnent les organisateurs de courses, il y a un tel décalage… », déclarait Jimmy Gressier.

Utmb 2026 Price Money
La ligne de départ de l’UTMB 2026, vendredi 28 août © UTMB

Derrière l’UTMB, une enveloppe de 272 700 euros partagée de façon paritaire entre les hommes et les femmes

Depuis plusieurs années maintenant l’enveloppe budgétaire globale allouée aux primes par les vainqueurs des épreuves reines (OCC, CCC, UTMB) est divisée de façon paritaire entre les femmes et les hommes. Sur l’UTMB donc, le premier remporte 20 000 euros quand le deuxième remporte 12 000 et le troisième 8 000, sur les podiums masculins et féminins. La dotation globale, qui concerne les épreuves reines, était de 272 700 euros l’année dernière. Au-delà, la dotation totale distribuée sur le circuit UTMB dans le monde est de 336 660 euros, ce qui montre à quel point le rendez-vous de fin août représente une part écrasante des prix décernés aux vainqueurs des courses.

L’UTMB, qu’il s’agisse de la marque du circuit mondial ou de l’événement à Chamonix, est géré par la société SAS UTMB Group. Ses fondateurs historiques sont Catherine et Michel Poletti, et les deux possèdent des parts majoritaires dans la société via leur holding Poletti & Associés. Depuis 2021, une partie du capital a été cédée à The Ironman Group. Depuis ce jour, l’UTMB est devenue une franchise aussi, réinventant les règles des courses de trail, des compétitions à leurs organisations et à l’évaluation du niveau des coureurs.

« Il y a beaucoup d’entreprises privées qui se montent pour organiser des courses parce qu’ils savent très bien que c’est assez fructueux […] Ils s’en mettent plein les poches », ajoutait Jimmy Gressier avant d’ajouter : « c’est honteux de voir comment les athlètes, eux qui font vivre [la course], obtiennent un price money tellement dérisoire à mon sens. Ça fait mal au cœur. »

Utmb 2026 Blandine L Hirondel Victoire
Blandine L’Hirondel remporte l’édition 2026 de l’UTMB © UTMB

L’appel au boycott de Kilian Jornet en 2024

En 2024, c’est Kilian Jornet, quadruple vainqueur de l’UTMB, qui critiquait la course et son organisation. Il y a deux ans, il signait avec l’athlète américain Zack Miller une tribune au sujet de l’impact environnemental de la course et sur le manque de concertation des organisateurs avec les différentes communautés. Les athlètes regrettaient que les décisions soient prises au profit quasi exclusif des actionnaires, dont The Ironman Group. Il y a deux ans, les deux athlètes avaient appelé au boycott.

Depuis, Kilian Jornet semble avoir renoué les liens avec les organisateurs de l’une de ses courses préférées, certainement celle qui a promeut son nom sur la scène mondiale. En 2026, il faisait partie des noms au départ, avant d’annoncer qu’il renonçait à sa participation à cause d’une blessure au genou. En 2008, alors que le coureur n’avait que 20 ans, sa victoire avait été vue comme une véritable révolution. Kilian Jornet avait été le premier à prendre le départ sans sac ni bâtons. Sur cette édition et la suivante, il avait passé la ligne d’arrivée avec une avance d’une heure.

Utmb 2026 Athletes Depart
© UTMB

Comparaison entre le trail et la route, les primes d’apparence et les primes au vainqueur

Pour se protéger « des médias », comme le champion du monde français les nommait, Jimmy Gressier insistait sur le fait qu’il parlait « des athlètes en général » et qu’il ne se plaignait pas dans son cas personnel. « Je vis très bien, et merci à mes sponsors qui m’accompagnent », déclarait-il. Il finissait par dire que son coup de gueule portait ici sur les price money et non sur le reste, notamment les primes d’apparence, décernées par les organisateurs des courses ou par les sponsors pour motiver les athlètes à participer à certaines courses. Mais Jimmy Gressier regrettait que ces primes ne soient « plus généreuses que les primes à l’arrivée ».

Malgré le boom du trail, et le marché bien plus important qui en découle par rapport à la course sur route (équipements plus importants : sac, bâtons, casquette, montre avec cartographie, nutrition plus complète), les récompenses sur ces courses sont effectivement moins généreuses encore que celles sur des courses sur route. De 10 000 à 20 000 sur les sommets mondiaux du trail, on passe de 50 à 150 000 euros sur des marathons dits « majeurs ». À Boston, aux États-Unis, la dotation globale était de 1,05 million d’euros l’année dernière.

Au-delà de l’UTMB, une autre course majeure dans le trail running pourrait soulever bien plus de critiques, et surprendre Jimmy Gressier. Il s’agit de la Western States 100, un autre 100 miles (160 kilomètres) organisé en Californie. Aussi prestigieuse que la course autour du Mont-Blanc, celle-ci ne possède aucun price money. Organisée par une fondation à but non lucratif (WSER Board), elle soutient historiquement une tradition d’amateurisme pur et d’égalité d’effort entre le premier et le dernier coureur. Cette année, elle a été remportée par le Français Vincent Bouillard, en 13 heures et 46 minutes.

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