En mai dernier, Elon Musk mettait la main sur APR Energy, une entreprise américaine basée en Floride, spécialisée dans les turbines mobiles au gaz naturel et au diesel. Ses générateurs, montés sur des remorques, sont capables d’atteindre leur pleine puissance en moins de dix minutes, et peuvent être installés en quelques jours à peine sans attendre un raccordement classique au réseau électrique. Montant estimé de l’opération : 1 milliard de dollars.
Ce rachat vient consolider un modèle déjà à l’œuvre à Memphis, dans l’État du Tennessee, dans les deux supercalculateurs de xAI, entreprise d’IA du milliardaire désormais sous l’égide de SpaceX. Sur place, des dizaines de turbines mobiles au gaz tournent en continu pour compenser un réseau électrique jugé trop lent à mobiliser. Problème, une partie d’entre elles fonctionnent sans les autorisations nécessaires, et ont un impact direct sur les riverains, déjà issus de populations défavorisées. À tel point que l’entreprise est poursuivie par des associations de protection de l’environnement et de défense des droits civiques.
Mais ce n’est pas tout. Terafab, la future méga usine de semi-conducteurs de SpaceX au Texas doit elle aussi produire sa propre électricité grâce à des centrales à gaz construites sur place. Un choix d’autant plus révélateur que Tesla, pionnière historique du solaire, est partenaire du projet.
Introducing Starbase, Louisiana – a high-cadence launch site that will enable Starship to open a pathway to the stars for humanity.
Thank you to @LAGovJeffLandry and the great people of Louisiana for all of their support as we work together on this audacious project →… pic.twitter.com/hq308hvg2g
— SpaceX (@SpaceX) August 25, 2026
L’annonce de Starbase Louisiane
L’homme le plus riche du monde ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. Car ce 25 août, SpaceX a officialisé la construction de Starbase Louisiane, un gigantesque port spatial de 50 000 hectares au sud de l’État, dans une zone marécageuse. Chiffré à 100 milliards de dollars, ce projet vise à établir 10 pas de tir pour la fusée géante Starship, répartis en 5 complexes de lancement.
Le site est pensé pour être totalement autosuffisant, avec la production de carburant sur place, la production d’électricité ainsi que la mise en place d’un port en eaux profondes et d’un aéroport. Et le choix de sa localisation est tout sauf anodin, puisqu’il se trouve à proximité de Henry Hub, l’un des plus grands carrefours gaziers des États-Unis. C’est d’ailleurs lui qui doit assurer l’approvisionnement en méthane nécessaire à la propulsion des fusées. En parallèle, la société cherche même à recruter un trader en gaz naturel, qui aura justement pour mission de piloter cet approvisionnement.
SpaceX mène des efforts similaires sur son site historique de Starbase, dans le Texas. Elle y construit en effet Starpipe, un gazoduc destiné à alimenter directement le site de lancement de Starship en méthane. Toutes ces initiatives ont un seul et même objectif : ne plus dépendre d’infrastructures extérieures trop lentes à mobiliser.
L’impact de l’exploitation du gaz naturel sur l’environnement
Chaque puits de fracturation hydraulique, la technique d’extraction de gaz naturel, consomme en moyenne 9 millions de litres d’eau, dont seulement 15 à 35 % sont récupérés après extraction. Le reste demeure piégé dans le sous-sol ou doit être traité comme déchet toxique. À l’échelle du secteur, l’industrie pétrolière et gazière pourrait être responsable de 25 à 30 % de l’ensemble des émissions de méthane d’origine humaine.
L’appui de l’administration Trump
Ces efforts sont évidemment facilités par l’administration Trump, arrivée au pouvoir, en partie, grâce aux généreuses donations d’Elon Musk. Depuis, elle multiplie les gestes pour accentuer l’exploitation des énergies fossiles, mais aussi stimuler l’industrie spatiale. Parfois au détriment de l’environnement. Elle souhaite, par exemple, alléger les évaluations environnementales nécessaires pour approuver les lancements. Une aubaine pour SpaceX qui accélère drastiquement ses efforts.
Mais un tel geste n’a rien d’anodin, l’entreprise ayant déjà été reconnue coupable après avoir rejeté des polluants dans des points d’eau à plusieurs reprises. Les tests de Starship ont également affecté les nids d’espèces d’oiseaux protégés, Starbase se trouvant à proximité d’une réserve naturelle. Décidément, l’époque où Elon Musk se posait en fervent défenseur de l’environnement semble révolue.

Le décalage entre le discours et la réalité
L’entrepreneur a réponse à tout. Selon lui, ce virage n’est qu’une étape de transition, puisqu’il mise sur un avenir dans lequel l’essentiel de la puissance de calcul serait en orbite, alimentée par une énergie solaire disponible en continue. Concrètement, l’entraînement des IA continuerait de se faire au sol, mais leur usage quotidien migrerait progressivement dans l’espace. D’ailleurs, SpaceX a annoncé la construction d’une usine de panneaux solaires censée équiper ces futurs data centers orbitaux.
Mais force est de constater qu’entre ce discours et la réalité du calendrier, l’écart est bien là. Car cette technologie reste, à ce jour, non démontrée, et des obstacles concrets, comme les effets des rayonnements cosmiques, subsistent. En revanche, les centrales à gaz, elles, voient déjà le jour.
- Elon Musk multiplie les investissements dans le gaz naturel, dix ans après avoir promis de sortir le monde des énergies fossiles.
- Ce virage s’accélère grâce à un contexte politique favorable : Musk a investi des millions dans l’élection de Trump, dont l’administration propose désormais d’alléger les revues environnementales pour l’industrie spatiale.
- Musk justifie ce pivot par une promesse à long terme, mais celle-ci reste hypothétique.
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