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Australie : une « maternité » de baleines à bosse découverte dans la Grande Barrière de corail

Pendant dix-sept ans, des opérateurs touristiques et des chercheurs ont collaboré pour percer l’un des plus grands mystères entourant les baleines à bosse de la Grande Barrière de corail. Un travail de longue haleine, qui a mené à la découverte d’une zone de mise à bas d’importance mondiale, dans les eaux profondes entourant les îles Whitsunday.

On emploie ici le mot « maternité » comme une commodité de langage, car le terme « zone de parturition » (aire maritime chaude et peu profonde où les baleines se rendent pour mettre bas et élever leurs nouveaux-nés) frappe moins l’esprit. Pour les cétacés comme les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) vivant proche de la Grande Barrière de corail, ces zones offrent une protection naturelle contre la houle du large grâce à la structure même du récif corallien. Celle qui vient d’être identifiée se situe dans l’archipel des Whitsundays, un chapelet de 74 îles tropicales nichées entre le récif et la côte nord-est du Queensland.

Si elle est aussi importante, c’est parce qu’avant sa découverte, on ne savait tout simplement pas où les baleines à bosse locales mettaient bas, alors que cette « maternité » dormait sous les yeux des scientifiques depuis quasiment 20 ans. Sa mise en évidence est le produit d’un concours de circonstances assez rare en science : ce sont des profanes qui ont mis les chercheurs sur la voie.

Maternité Baleines
Position approximative de la zone en question, s’étendant sur l’ensemble du lagon abrité de l’archipel des Whitsundays. © Google Maps

Un havre idéal

En effet, c’est en 2009 que des opérateurs touristiques de la région ont signalé au réseau de surveillance Eye on the Reef un comportement qu’ils n’avaient jamais observé : des baleines à bosse pratiquant le « fluking », une posture dans laquelle l’animal flotte sur le dos, caudale dressée hors de l’eau. Même les cétologues les plus avertis ne savaient comment interpréter ce comportement, ce qui a mené à la création de l’un des plus vastes programmes de science participative jamais menés dans la région.

Pendant que les opérateurs comptaient adultes et baleineaux (en tout, 780 individus adultes et 153 petits ont été recensés dans la zone sur une seule saison), les chercheurs se sont affairés aux tâches plus techniques. Cartographie des fonds marins, relevés des températures de surface, pistage des animaux et survol de la zone depuis les airs.

C’est grâce au croisement de ces données qu’ils ont pu en conclure que le « fluking » correspondait en réalité à un comportement reproducteur et que l’archipel des Whitsundays réunissait toutes les conditions nécessaires pour la mise bas. Leurs eaux sont calmes, chaudes, peu profondes, et bien protégées des prédateurs. Tout ce qu’il faut pour que les jeunes baleinaux puissent survivre lors de leurs premiers mois.

Une victoire au goût d’inachevé

La découverte a ainsi conduit à la création d’une zone de protection renforcée des cétacés dans les Whitsundays, assortie de restrictions plus serrées au sein du parc marin de la Grande Barrière de corail. Il est désormais interdit de s’approcher à moins de 300 mètres des baleineaux ou de nager en présence des animaux. Le survol en avion ou en drone, lui aussi, est limité à 1 000 pieds d’altitude (environ 300 mètres), afin de ne pas perturber les mères et leurs petits.

Un cadre suffisamment solide pour qu’en 2024, la World Cetacean Alliance (le plus grand réseau mondial d’organisations consacrées à la protection des baleines, dauphins et marsouins) attribue à l’archipel des Whitsundays le statut de « Whale Heritage Area », l’une des distinctions les plus prestigieuses au monde en matière de conservation marine. Du jamais-vu pour un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO : les Whitsundays sont le seul endroit de la planète où ces deux statuts coexistent. Un double-statut ô combien nécessaire au vu des menaces environnementales qui pèsent sur la région. Réchauffement des eaux océaniques, pollution sonore, trafic maritime intense, réserves de nourriture en baisse… un bien amer constat pour la communauté scientifique, qui aura mis 17 ans à localiser ce sanctuaire, juste à temps pour le voir se dégrader.

  • Une zone de mise bas pour les baleines à bosse a été découverte dans l’archipel des Whitsundays, révélant un habitat crucial pour leur reproduction.
  • Les recherches, initiées par des opérateurs touristiques, ont permis de cartographier et protéger cette zone, maintenant soumise à des restrictions strictes.
  • L’archipel pourrait obtenir le statut de « Whale Heritage Area » en 2024, soulignant l’importance de sa conservation face aux menaces environnementales.

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