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Indice de réparabilité des smartphones : comment Apple, Samsung et consorts trichent en toute impunité

Un an après l’entrée en vigueur de la loi européenne sur la réparabilité, une enquête de Right to Repair Europe et iFixit révèle que 80 % des smartphones vendus dans l’UE ne respectent pas leurs obligations légales. Pire : personne ne vérifie rien et certains fabricants en profitent allègrement.

Depuis le 20 juin 2025, tout smartphone vendu dans l’Union européenne doit afficher, sur son étiquette énergie, un indice de réparabilité noté de A à E, accompagné d’un lien vers les prix des pièces détachées et les manuels de réparation. L’objectif de Bruxelles est de permettre à n’importe quel acheteur de comparer deux modèles sur le critère de la durabilité.

Un an plus tard, iFixit et le collectif Right to Repair Europe ont voulu vérifier si la promesse était tenue. Sur les 2 334 modèles passés au crible, à peine 18 % remplissent réellement leurs obligations.

Dans la moitié des cas, aucun lien n’est fourni. Pour 19 % des smartphones, le lien indiqué mène vers une page qui ne contient aucune information utile. Dans 8 % des cas, le consommateur est simplement invité à « consulter le manuel ». Plus étonnant encore, 5 % des liens redirigent vers des plateformes comme Temu ou AliExpress.

Une réglementation ridicule

Le cas d’Ulefone illustre parfaitement la situation. Sur le papier, tout semble en règle puisque le fabricant fournit bien un lien vers des pièces détachées. Mais il redirige vers le site AliExpress.

Or, acheter une pièce détachée sur ce type de plateforme peut exposer le consommateur à des frais de TVA imprévus, mais aussi à des composants qui ne disposent pas des certifications européennes de sécurité. Le fabricant peut ainsi remplir son obligation légale tout en reportant une partie du risque sur l’acheteur.

Cette réglementation bringuebalante n’est pas sans rappeler celle des sèche-linges, soumis au même type de dispositif depuis juillet 2025, avec des résultats similaires.

Apple et Samsung ne jouent pas le jeu

Le problème ne concerne pas uniquement les petits constructeurs chinois. Right to Repair Europe pointe également du doigt Apple et Samsung, leaders du marché des smartphones.

Leurs plateformes de pièces détachées existent bien, mais l’association estime qu’elles restent trop complexes à utiliser pour le grand public. Les deux constructeurs peuvent donc respecter leurs obligations sans pour autant rendre l’information accessible.

Pour le consommateur, le résultat reste problématique : comparer deux smartphones en fonction de leur réparabilité réelle avant l’achat demeure difficile. Toute la démarche des autorités européennes tombe donc à l’eau.

Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment. Comme souvent, le législateur a mis en place une loi sans prévoir de dispositifs de contrôle. À ce jour, aucune vérification, même automatisée, ne permettrait de contrôler systématiquement les données déclarées par les fabricants dans le registre européen d’étiquetage énergétique EPREL.

Certaines fiches produits peuvent ainsi afficher une note de 5 sur 5 pour le critère « informations de réparation disponibles », alors que le lien associé ne fournit aucune information concrète.

La responsabilité du contrôle revient essentiellement aux États membres et aux associations de consommateurs. Ces dernières ne disposent cependant ni des effectifs ni des moyens nécessaires pour vérifier en permanence des dizaines de milliers de références.

Dans les faits, l’Europe demande donc aux fabricants de déclarer eux-mêmes leur niveau de conformité sans mettre en place un contrôle systématique.

Ce qu’on en pense

Cet indice de réparabilité, qui devait devenir un critère d’achat aussi facile à comprendre que le prix, reste pour l’instant largement théorique. Tant qu’aucune autorité ne confrontera systématiquement les déclarations des fabricants à la réalité, la note affichée ne permettra pas de savoir avec certitude si une pièce détachée existe, si son prix est raisonnable ou même si le lien permettant de l’acheter fonctionne.

Le système actuel n’incite pas vraiment les constructeurs à faire mieux. Respecter pleinement les règles demande du temps et de l’argent, alors qu’une déclaration approximative semble aujourd’hui présenter peu de risques.

La situation devrait néanmoins évoluer d’ici février 2027 avec l’entrée en vigueur de nouvelles obligations concernant les batteries remplaçables pour les appareils mobiles, même si des exceptions sont prévues, notamment pour certains appareils portables.

Cette fois, il s’agira d’une contrainte matérielle, beaucoup plus difficile à contourner. D’ici là, mieux vaut considérer l’indice européen comme une indication parmi d’autres et continuer à consulter des tests indépendants pour évaluer la réparabilité réelle d’un smartphone.

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