Visuellement, la différence entre un jeu vidéo qui tourne à 30 et 60 fps (images par seconde) saute évidemment aux yeux : plus fluide et plus joli, les animations ne saccadent plus et les textures en mouvement s’adoucissent. Même si le 60 Hz est devenu la norme dans le gaming au début des années 2010, certains rares titres, comme le très attendu GTA VI qui ne pourra pas les atteindre au lancement, principalement en raison des limites matérielles des consoles. Cela dit, rien n’empêchera les fans de la licence d’apprécier l’expérience, puisque le contenu et la liberté d’action ont toujours primé sur la pure performance technique dans la saga de Rockstar.
Lorsqu’on passe de 60 fps à 144 fps, la sensation s’intensifie encore davantage : les mouvements de caméra sont incroyablement lisses et l’ensemble du jeu et de ses animations gagnent en lisibilité. Alors, à quoi servent les écrans proposant du 165, 180, 240, 280 ou même du 600 Hz, comme est capable de cracher l’écran Zowie XL2586X+ de BenQ ? Que dire des 720 Hz du ROG Swift OLED proposé par ASUS ? Ou encore du ROG Strix XG27ACNS et ses 920 Hz en 720p ? Des chiffres à faire péter un oscilloscope, mais dont l’utilité réelle pour le joueur moyen (ou même le joueur compétitif), reste encore à prouver.
Une petite précision importante pour la suite : le taux de rafraîchissement d’un écran (exprimé en Hz) et le nombre d’images produites par le GPU (exprimé en FPS) sont deux valeurs distinctes, même si l’un conditionne ce que l’autre peut afficher.
Skill et hertz : deux mots à ne pas confondre
Cette étude présentée le 3 avril 2025, à l’occasion du NOSSDAV 2025 (35th Workshop on Network and Operating System Support for Digital Audio and Video) a été menée par des chercheurs de Duke University et de NVIDIA Research. Ils avaient pour objectif de mesurer scientifiquement l’impact réel des très hautes fréquences de rafraîchissement sur la performance des joueurs et leur perception visuelle. En tout, 44 personnes y ont participé et devaient jouer à un FPS conçu spécifiquement pour l’expérience, allant de 7 jusqu’à 500 images par seconde.
Tout était enregistré durant les sessions : métriques d’acquisition des cibles, scores, précision de visée ainsi que les retours subjectifs des joueurs sur la fluidité ressentie. Après analyse des données, les chercheurs en ont conclu que les performances objectives des joueurs (score, précision) progressaient fortement depuis les fréquences les plus basses, puis tendaient à se stabiliser aux alentours de 90 FPS. La perception de fluidité, elle, continuait de s’améliorer jusqu’à 500 FPS, ce qui signifie que leur cerveau voyait la différence, mais sans que cela n’impacte positivement leurs performances.
Cette dissociation naturelle entre le confort visuel et l’avantage compétitif est au centre du récit marketing des fabricants d’écran, qui l’exploitent à merveille. Si vous percevez une dalle plus agréable à vos yeux, vous en déduisez inconsciemment que vous jouez mieux, alors que vous n’avez pas progressé d’un iota sur Counter-Strike 2, Overwatch, Apex Legends, Call of Duty : Warzone ou Valorant.
La latence système, elle, diminue effectivement avec le framerate : NVIDIA Research a démontré qu’un écart de 8 millisecondes (20 ms contre 12 ms) améliorait la précision de visée de manière mesurable. À armes égales en game sense et en positionnement, cet écart peut effectivement faire basculer un duel au flick shot ; c’est un avantage réel, mais qui ne concerne qu’une petite portion de joueurs pros.
Grosses dépenses, petits avantages
Sur n’importe quel FPS compétitif, la connaissance des cartes, le positionnement, la lecture du jeu ou la connaissance des armes comptent infiniment plus que la milliseconde gagnée entre deux rafraîchissements d’écran. Un joueur de Counter Strike 2 jouant à 144 FPS qui maîtrise à la perfection tous les angles de la légendaire carte Mirage roulera sur n’importe quel adversaire s’exposant comme un épouvantail dans un champ de blé, même si celui-ci joue à 360 FPS.
Pour corroborer cet argument, nous pouvons prendre en exemple les benchmarks de latence système établis par PCWorld sur Fortnite et Valorant. Réalisés à l’aide du NVIDIA Reflex Latency Analyzer. Publié en 2021, l’article en question s’appuyait alors sur les performances d’une RTX 3080 (les technologies de réduction de latence ont, certes, évolué depuis, notamment avec Reflex 2 et Frame Warp), et pointait le 144 Hz comme « le point d’équilibre idéal, avec des gains décroissants au-delà », ce, même avec un GPU haut de gamme. Le constat de fond n’a pas été invalidé depuis : passé cette limite, tous les paliers franchis coûteront exponentiellement plus cher en matériel pour un rendement décroissant que seul un professionnel de l’e-sport en tournoi pourrait théoriquement exploiter. Pour l’écrasante majorité des joueurs restants, le meilleur investissement restera finalement celui qu’aucun fabricant d’écran ne pourra leur vendre : des centaines, voire des milliers d’heures d’entraînement acharnées, à suer comme un cochon sur son setup.
- Les taux de rafraîchissement élevés des moniteurs, bien que séduisants, n’améliorent pas nécessairement les performances des joueurs.
- Une étude montre que la performance des joueurs se stabilise autour de 90 FPS, même si la perception de fluidité continue d’augmenter jusqu’à 500 FPS.
- La maîtrise du jeu et la pratique restent des facteurs bien plus déterminants que les fréquences d’images pour la réussite dans les FPS compétitifs.
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