Passer au contenu

Bulle de l’IA : une bombe financière à 1 650 milliards de dollars prête à exploser ?

L’IA coûte tellement cher que les plus grands titans du secteur préfèrent planquer leur dette sous le tapis plutôt que de l’assumer devant leurs investisseurs. Un petit jeu très dangereux, qui gonfle des valorisations complètement déconnectées de la réalité.

Au lendemain du lancement de ChatGPT, dès 2023, économistes et analystes financiers ont fait émerger le terme de bulle de l’IA, par analogie avec la bulle internet des années 2000 (même si les deux n’ont rien à voir structurellement). Le secteur est gavé par les investisseurs de centaines de milliards de dollars sur la promesse de gains futurs, alors même qu’aucun pure player du domaine n’a encore démontré sa rentabilité à long terme. Hormis NVIDIA, bien sûr, qui engrange des bénéfices records en fournissant l’infrastructure matérielle indispensable à tous ces acteurs. L’argent leur brûle les mains, mais les revenus ne suivent pas.

Une situation déjà très bancale, qui, pour ne rien arranger, pourrait être encore plus grave qu’on ne le pensait. Selon une enquête du quotidien financier japonais Nikkei Asia, Alphabet (maison mère de Google), Microsoft, Amazon, Meta et Oracle, à eux seuls, traînent derrière eux environ 1 650 milliards de dollars d’engagements financiers qui ne figurent nulle part dans leurs bilans comptables officiels. Officiellement, elles en déclarent 1 350 milliards : un trou noir financier dans lequel pourraient bien s’effondrer les valorisations boursières actuelles.

Selon Tom Selling, consultant technique en comptabilité, qui s’est exprimé dans les colonnes de Bloomberg, des bilans irréprochables peuvent très bien abriter des coquilles vides. « Le traitement comptable lui-même est tout à fait légal », explique-t-il. « Mais que se passerait-il si l’une de ces entreprises n’était qu’un château de cartes et se maintenait à flot grâce à ce type de comptabilité ? Pour moi, c’est bien là que réside le risque. » Nous n’avons plus qu’à espérer que ce grossier mirage ne se dissipe pas.

Des montages comptables qui sentent le roussi

Chez Meta, les engagements hors bilan atteignent 420 milliards de dollars, trois fois la dette que la société affiche publiquement. Oracle fait pire encore, avec 273,3 milliards d’engagements hors bilan, un chiffre multiplié par trente en quatre ans. La gifle a fini par leur atterrir sur la joue : le 9 juillet, l’agence de notation S&P a abaissé la note de crédit d’Oracle à BBB-, l’avant-dernière marche avant le statut d’emprunteur « à risque ».

À force de dépenser plus qu’elle n’encaisse, cette dernière a vu sa trésorerie plonger de 23,7 milliards de dollars dans le négatif sur l’exercice 2026.

Une folie d’autant plus risquée qu’elle est désormais auto-alimentée par un cercle vicieux. Les fabricants de puces et les opérateurs de centres de données s’entre-financent mutuellement. Les uns prennent des participations chez les autres, qui s’engagent en retour à leur racheter de la capacité de calcul sur plusieurs années. De l’argent qui tourne en rond en gonflant artificiellement les carnets de commandes de tout le monde, mais qui ne crée aucune richesse réelle.

La Banque des règlements internationaux (BRI) a d’ailleurs identifié, dans son rapport annuel publié fin juin, l’IA comme l’un des trois foyers de risque majeurs pour la stabilité financière mondiale.

Si l’industrie de l’IA ne parvient pas à générer suffisamment de revenus, les investisseurs réaliseront un peu tard qu’ils ont financé un immense jeu de bonneteau pipé. Selon la BRI, une correction d’une violence inouïe pourrait frapper le secteur dans le cas où ce scénario se réaliserait, avec une intensité comparable à la crise des subprimes de 2008.

Aujourd’hui, il est impossible d’affirmer avec certitude que cette nouvelle bulle éclatera ou non, mais toutes les (mauvaises) conditions sont déjà réunies : une dette planquée, des financements en circuit fermé, des valorisations qui reposent sur des revenus fantasmés et un secteur tout entier persuadé que sa croissance couvrira le montant d’une ardoise que des créanciers viendront un jour lui intimer de solder. Quatre des cinq entreprises épinglées par Nikkei publieront leurs résultats trimestriels dans les jours qui viennent : espérons qu’ils ne soient pas l’étincelle de trop.

  • Le secteur de l’IA est confronté à une bulle financière de 1 650 milliards de dollars d’engagements cachés, menaçant la stabilité des grandes entreprises.
  • Des pratiques comptables douteuses, notamment chez Meta et Oracle, exacerbent les risques financiers, avec des valorisations déconnectées de la rentabilité actuelle.
  • La Banque des règlements internationaux avertit d’une possible correction violente comparable à la crise des subprimes si le secteur ne génère pas suffisamment de revenus.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech