La panique bancaire de mars 2023 est en train de remplir son tableau des victimes. Après la Silicon Valley Bank, Silvergate Bank, certaines banques régionales et maintenant Credit Suisse, la contagion se poursuit et s’amplifie. L’appropriation du dossier de concert par les banques centrales internationales n’a pas aidé. Urgence et alarmisme pour fournir des liquidités se traduisent par le mot danger. “Plus les décideurs politiques agissent, plus les investisseurs s’attendent à de mauvaises nouvelles”, résumait Stephen Innes de SPI Asset Management, à l’AFP.
La crise des marchés bancaires et obligataires ne pourra pas, dans tous les cas, se résoudre d’aussitôt. Mais si tout le monde a les yeux tournés vers l’avenir et les conséquences, il serait dommage de ne pas revenir sur les causes de cette crise et évoquer un point particulièrement sous-estimé sur ce sujet d’apparence purement financier. Un point qui expliquerait l’effondrement brutal de la Silicon Valley Bank et la contagion accélérée qui s’en est suivie : Internet.
La couverture de l’actualité sur les réseaux sociaux est une première, alors que la Silicon Valley Bank est le plus gros défaut bancaire depuis 2008 aux États-Unis. Jamais une banque ne s’était effondrée aussi vite, mentionnait Business Insider en s’appuyant sur les dires de Tom Vartanian, auteur de 200 Years of American Financial Panics. Dans le même temps, le Bitcoin a vu exploser son cours à l’heure où personne n’y croyait.
“La technologie rend obsolète la structure réglementaire”
Ils étaient des centaines de milliers d’internautes, dimanche soir par exemple, à apprendre en temps réel qu’une conférence de presse des autorités suisses allait se tenir pour évoquer une mesure importante sur le dossier Credit Suisse. Mesure qui a découlé sur son rachat par UBS – son concurrent helvétique historique. Même chose vendredi 10 mars, lorsque la SVB passait sous le contrôle des régulateurs, incapable d’assumer son rôle avec les dépôts de ses clients. La veille, le jeudi 9 mars, plus de 200 000 tweets mentionnant la banque furent publiés sur le réseau social Twitter.
“C’est une panique bancaire totale”, écrivait l’entrepreneur et fondateur de Yext, dans l’après-midi du 9 mars. “Le problème avec une panique bancaire, c’est qu’il n’y a aucun avantage à garder votre argent dans la banque à risque”, enfonçait le clou Xavier Helgesen, fondateur du holding Enduring Ventures, quelques heures après. On se souvient que l’affaire GameStop, dans un tout autre registre, avait été orchestrée via des gros comptes influents sur le forum WallStreetBets de Reddit.
Symboliquement, certains ont décidé de supprimer leurs tweets, admettant que le vent de panique augmentait d’autant plus avec ce qu’on pouvait lire sur les réseaux sociaux.
Siqui Chen, fondateur et PDG de Runway, l’expliquait plutôt bien en supprimant ses dires de son compte. Il admettait qu’il ne voulait pas “être contributeur à ces publications qui ne font qu’attiser les flammes vers une série de bank run et dégrader l’image des banques”. Un autre fondateur déclarait à Business Insider que “les mêmes types de tactiques qui peuvent manipuler une élection peuvent être utilisés pour saper la force d’une banque”.
L’auteur Tom Vartanian reconnaissait que selon lui, “la rapidité de la crise et celle des réseaux sociaux nous ont appris que la technologie rend obsolète la structure réglementaire actuelle, qui a été construite dans les années 1930”. Il ajoutait que “l’ensemble du système doit être examiné différemment dans un environnement plus adroit avec la tech”. Avant de devenir auteur et conseiller en services financiers, l’homme siégeait en tant que conseiller général du Federal Home Loan Bank Board durant la crise de l’épargne et des prêts à la fin des années 1980.
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