En novembre 1944, lors de l’offensive soviétique vers Budapest, au-dessus de la petite ville de Törtel, à 80 km environ de la capitale hongroise, un chasseur soviétique Yakovlev Yak-1 a croisé un Messerschmitt Bf 109 allemand, piloté par le lieutenant Peter Düttmann. Un as de la Luftwaffe au palmarès sanglant qui a abattu 152 avions sur le front de l’Est au sein de la Jagdgeschwader 52, l’escadre de chasse la plus meurtrière de toute la Seconde Guerre mondiale. C’était Alexander Semionovitch Andrianov, lieutenant de la Garde soviétique, qui se tenait aux commandes face à Düttmann, et il n’avait quasiment aucune chance de ressortir vivant de ce duel aérien.
Düttmann, du haut de ses 21 ans, était une véritable terreur des cieux, capable d’abattre cinq appareils en une seule sortie, un haut fait qu’il a d’ailleurs accompli à plusieurs reprises, notamment au-dessus de la péninsule de Kertch (Crimée) en avril 1944. Son Yak-1 a été descendu, mais Andrianov a réussi à sauter en parachute avant d’être fait prisonnier de guerre par les Allemands, et son appareil s’est écrasé dans les terres meubles de la plaine hongroise. Sa carcasse, au fil des décennies, s’est enfoncée dans le sol et n’a jamais été retrouvée.
Près de 82 ans plus tard, elle vient tout juste d’être localisée et exhumée, au terme de plusieurs mois d’une enquête menée par István Kocsis, cofondateur de l’association hongroise de recherche d’épaves aériennes (Hungarian Aircraft Wreck Research Association). Selon un membre des forces de défense hongroises qui s’est exprimé lors d’une conférence de presse concernant cette découverte, « les découvertes portant sur ce type d’appareil à une telle échelle sont extrêmement rares ». Et pour cause, les Yak-1 n’étaient absolument pas conçus pour durer dans le temps et celui d’Andrianov a passé quasiment plus de huit décennies, enfoui sous cinq mètres de terre.

Le dernier vestige d’un aviateur soviétique porté disparu depuis 1944
Le Yak-1 était le premier chasseur de combat sorti du bureau d’études d’Alexander Yakovlev, un constructeur jusqu’alors spécialisé dans les avions de sport légers. Il est devenu l’un des piliers de l’aviation soviétique entre 1941 et 1944, avec environ 8 700 exemplaires sortis d’usine. C’était une époque où l’U.R.S.S manquait cruellement d’aluminium et d’alliages légers ; son objectif était donc de produire en masse des aéronefs avec des matériaux économiques, peu importe leur durabilité.
Alexander Yakovlev a conçu le Yak-1 autour d’un fuselage composite fait de tubes d’acier soudés à l’avant, couvert de panneaux de contreplaqué et de toile à l’arrière. Ses ailes étaient également construites en bois d’épinette et recouvertes de contreplaqué de bouleau. Il était donc très bon marché à produire et facilement remplaçable lorsqu’il était abattu en mission.
Le Yak-1 était toutefois assez performant, propulsé par un imposant bloc V12 de 35 litres de cylindrée, développant de 1 050 à 1 210 chevaux selon les versions, ce qui en faisait un chasseur très véloce et maniable à basse altitude.
Voilà pourquoi le fait de retrouver une carcasse de Yak-1 en relativement bon état aujourd’hui relève du miracle. L’essentiel de la carcasse de celui d’Andrianov a été rongé par le temps, mais c’est en retrouvant le numéro de série de son moteur (voir photo ci-dessus) et l’identification de construction que l’équipe d’István Kocsis a réussi à certifier qu’il s’agissait bien de son appareil.
Parmi les vestiges qui ont été exhumés, des lambeaux de toile arrachés au fuselage et des effets personnels d’Andrianov furent également mis au jour. La trouvaille la plus stupéfiante reste sans aucun doute les pages d’un livre portant sa signature, même si les archéologues n’ont pas réussi à déterminer sa nature exacte (voir photo ci-dessous). Un objet en papier, donc, conservé pendant 82 ans dans la carcasse d’un avion qui a été construit dans l’urgence de la guerre et dont l’espérance de vie en conditions de combat ne dépassait pas quelques semaines.

Une découverte peut-être encore plus miraculeuse que le Yak-1 lui-même, puisqu’elle est possiblement la dernière trace physique au monde d’Alexander Semionovitch Andrianov. Après sa capture par les Allemands son sort n’a jamais été élucidé, mais il est possible qu’il ait péri en captivité, comme près de la moitié des prisonniers de guerre soviétiques. Pour le moment, on ignore si son livre sera présenté au public, mais une fois restaurées et documentées, certaines pièces du Yak-1 seront exposées au musée d’histoire militaire de Budapest ; les autres, trop endommagées, seront conservées dans les installations des forces armées hongroises à des fins de documentation.
- Un chasseur soviétique Yakovlev Yak-1, disparu depuis 82 ans, a été retrouvé en Hongrie, enfoui sous cinq mètres de terre.
- Des vestiges, dont des pages d’un livre signées par le pilote, ont été exhumés, offrant un aperçu poignant de l’histoire de l’appareil et de son pilote, Andrianov.
- Cette découverte rare souligne l’importance historique et archéologique des avions de la Seconde Guerre mondiale.
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