À la fin des années 1950, l’U.R.S.S. avait pris une certaine avance sur les États-Unis dans la course aux armements nucléaires. Face à la crainte d’être distancé, le Pentagone donna alors la priorité au programme Atlas, qui permettra de déployer, en 1959, le tout premier missile balistique intercontinental américain opérationnel. En quelques années, le Corps des ingénieurs de l’armée américaine fit sortir de terre (ou plutôt y enfonça) 132 complexes de lancement à travers le pays, qui abritaient chacun un missile nucléaire capable de frapper une cible à 11 000 kilomètres de distance en quarante-trois minutes.
L’un d’entre eux est aujourd’hui en vente pour 1,6 million de dollars, reconverti en habitation clé en main, posé sur 7,3 hectares de prairie au centre du Kansas. Son nom : North Star, baptisé d’après l’étoile (Alpha Ursae Minoris) dont ses équipages se servaient pour étalonner le système de navigation du missile.
Il est vendu par l’entreprise Duckncover, LLC, nom donné en référence à l’exercice de protection civile que les écoliers américains pratiquaient pendant la Guerre froide, lorsqu’on leur apprenait à se jeter sous leur pupitre en cas d’attaque nucléaire.Clin d’œil au goût douteux, s’il en est.
North Star : un complexe militaire devenu loft de luxe
De l’extérieur, la maison n’a absolument rien de sexy : une vaste étendue d’herbe clôturée de barbelés ; plantée dans l’herbe, on y retrouve une unique porte en acier frappée du panneau jaune « Fallout Shelter » (« abri nucléaire »). Pour 1,6 million de dollars, ça fait un peu chiche, mais c’est en-dessous que le potentiel acheteur en aura pour son argent.
Derrière cette porte, un escalier métallique descend vers un tunnel de douze mètres, au bout duquel se dressent deux portes blindées bien costaudes de 3,2 tonnes chacune. Le centre de contrôle de lancement, autrefois occupé par les équipages chargés de la mise à feu, a été reconverti en un espace habitable de 230 m2 réparti sur deux niveaux de 116 m2 chacun, comprenant deux chambres, deux salles de bain, deux cuisines et un séjour aménagé en mezzanine autour de la colonne de soutien centrale.
Le silo lui-même a été vidé de son missile (l’Atlas F, la version la plus aboutie du programme) et plonge à 55 mètres sous terre pour un diamètre de 16 mètres. L’équivalent d’un immeuble de 18 étages enfoui dans le sol, qui offriraient, selon Duckncover, LLC, 185 m2 exploitables chacun.
L’ensemble du complexe est ceint de 600 tonnes d’armatures en acier et de murs en béton époxy de près de deux mètres d’épaisseur, dimensionnés pour encaisser une explosion nucléaire et des vents de 800 km/h. L’installation est extrêmement bien équipée : alimentation électrique de 200 ampères, système de contrôle d’humidité, double réseau d’assainissement d’eau (un en surface, un souterrain), répéteur de signal téléphonique, accès à la fibre optique et il y a suffisamment de terrain à la surface pour installer un champ de panneaux solaires ou une éolienne.
Pour l’ambiance chaleureuse, on repassera : ici, le blanc règne en maître. Du sol au plafond, les anciens murs de béton ont été repeints à neuf et il se dégage de la pièce principale (voir photo en tête d’article) une ambiance d’hôpital de luxe. Gros avantage pour les allergiques aux impôts et autres redevances : le silo est situé dans le comté de Dickinson où les habitations souterraines ne sont pas concernées par la taxe foncière.
Seuls les éléments visibles en surface sont donc imposables, ce qui plafonne l’impôt local annuel à moins de 400 dollars. Pour une propriété à 1,6 million de dollars, c’est absolument dérisoire, puisqu’une maison classique estimée au même prix dans ce même comté serait taxée aux alentours de 23 000 dollars par an, selon le taux effectif moyen appliqué en zone rurale par l’administration fiscale du Kansas.

Le marché de l’apocalypse a le vent en poupe
Depuis que l’armée américaine a soldé ses vestiges de la Guerre froide, une véritable industrie parallèle s’est développée au début des années 2000 autour de la reconversion de ce type d’infrastructures militaires. Résidences de luxe, locations de courte durée, bunkers de survie pour clientèle fortunée… il y en a pour tous les goûts pour échapper à la fin du monde !
C’est assez lunaire, mais il est possible de trouver sur Airbnb d’anciens silos nucléaires qui sont proposés à la nuit aux États-Unis : au Kansas, au Nouveau-Mexique, dans l’État de New York ou au Texas, les adresses ne font pas défaut. Le bien de North Star y figurait d’ailleurs lui-même en location avant sa mise en vente.
Le pays est connu pour être le royaume des survivalistes, avec une communauté extrêmement vaste et diversifiée, englobant le citoyen moyen jusqu’aux profils très fortunés. Il est de notoriété publique que de nombreux dirigeants du secteur tech, dans leur grande paranoïa, se sont fait construire leurs propres abris souterrains. À 1,6 million de dollars pour un complexe entier de 7,3 hectares, North Star coûte à peine plus cher qu’un seul appartement chez Survival Condo, entreprise pionnière du secteur dont les propriétés démarrent autour d’un million chacune. Un tarif finalement assez « raisonnable » pour les milliardaires anxieux d’avoir hâté la venue des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse.
- Un ancien silo à missiles nucléaires, reconverti en maison, est à vendre pour 1,6 million de dollars dans le Kansas.
- Le complexe de 230 m2 comprend deux chambres, des salles de bain et des cuisines, le tout sécurisé contre des explosions nucléaires.
- Les habitations souterraines comme celle-ci bénéficient d’un faible impôt foncier, attirant les acheteurs fortunés préoccupés par l’apocalypse.
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