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Trois quarts des pilotes de ligne européens prennent les commandes alors qu’ils sont trop fatigués, révèle une enquête édifiante

L’Association Européenne des Pilotes (ECA) tire la sonnette d’alarme : de nombreux pilotes sont trop fatigués pour travailler, et craignent en plus pour leur carrière s’ils osent en parler.

Une vaste étude indépendante menée par le cabinet d’aviation Baines Simmons pour le compte de l’Association Européenne des Pilotes (ECA), syndicat qui représente plus de 44 000 pilotes répartis dans 33 pays, met en lumière l’épuisement chronique des équipages. Les chiffres, obtenus sur la période d’août à septembre 2026 auprès de 7 200 capitaines et copilotes, font froid dans le dos : la situation ne s’est pas améliorée depuis l’édition précédente du rapport, publiée il y a trois ans.

Ainsi, au cours des quatre semaines précédant l’enquête, trois quarts des pilotes (76,8 %) ont reconnu en avoir fait l’expérience de micro-sommeils au moins une fois aux commandes. Très concrètement, ils se sont endormis de manière brève et involontaire pendant les vols, et près d’un quart d’entre eux (24,7 %) déclarent en avoir subi cinq ou plus sur la même période.

Mais ce n’est pas tout. 38,8 % des répondants estiment manquer régulièrement, voire constamment, de repos suffisant entre deux rotations pour empêcher la fatigue de s’accumuler. Tanja Harter, présidente de l’ECA, constate un « un véritable signal d’alarme pour les compagnies, les autorités et l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA), indiquant que quelque chose doit changer dans la manière dont l’Europe traite la fatigue des pilotes ».

Avion Ryanair
© page frederique / Shutterstock.com

Un mécanisme exceptionnel surexploité

Car en parallèle, la « discrétion du commandant de bord », le mécanisme qui permet de refuser ou de prolonger un vol en cas de circonstances imprévues, est souvent détournée de son usage initial : près de 40 % des pilotes ont dû y recourir au moins une fois en quatre semaines pour boucler leur service. Cela signifie que certaines compagnies l’utilisent pour combler des plannings de vol trop serrés ou des retards répétés.

Et près de sept pilotes sur dix (69,1 %) confient nourrir des inquiétudes quant aux répercussions négatives de leur compagnie s’ils venaient à refuser une telle prolongation de vol. Alors qu’un quart des pilotes (24,2 %) choisissent de continuer à voler malgré la fatigue sans rien déclarer, la moitié d’entre eux (52 %) admet, avec le recul, avoir opéré des vols au cours des trois derniers mois alors qu’ils auraient dû se déclarer inaptes.

« Être poussé par sa compagnie aérienne à prolonger un service de vol, à rattraper des retards ou un planning trop optimiste, ou être réprimandé lorsqu’on refuse de prolonger sont des phénomènes bien connus dans certaines compagnies », illustre Coen George, directeur du conseil d’administration de l’ECA.

Cockpit Avion
© Cangavi / Shutterstock.com

Un système de signalement défaillant

L’étude lève également le voile sur un système de signalement défaillant. Si la grande majorité des pilotes sait comment remonter un incident, 11,9 % seulement font confiance au système de leur compagnie, et à peine 11,3 % estiment que ces signalements débouchent réellement sur des changements concrets pour améliorer la sécurité. De même, près de 38 % pointent du doigt le risque de représailles ou de sanctions lorsqu’ils osent signaler leur fatigue.

« Lorsque les pilotes craignent pour leur carrière au moment de signaler un cas de fatigue, ils cessent tout simplement de le faire. Si cela permet certes à une compagnie aérienne de présenter des statistiques de fatigue irréprochables lors de la prochaine inspection des autorités, cela renvoie toutefois le risque directement dans le cockpit. Et cela empêche la compagnie aérienne de prendre la mesure réelle des risques pour la sécurité auxquels elle est exposée et qu’elle doit atténuer », poursuit le directeur.

Dans ce contexte, l’ECA appelle l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) et les autorités nationales à taper du poing sur la table pour imposer de véritables règles et surtout, garantir que la sécurité prime sur les impératifs de rentabilité.

  • Selon une étude, trois quarts des pilotes européens ont subi au moins un micro-sommeil dans le cockpit au cours des quatre dernières semaines.
  • Seuls 11,9 % des pilotes font confiance au système de signalement de leur compagnie, la grande majorité redoutant des représailles ou des sanctions en cas de déclaration de fatigue.
  • Près de 40 % des pilotes ont dû prolonger leurs heures de vol via la « discrétion du commandant de bord », un dispositif d’urgence souvent détourné pour pallier des plannings trop serrés.

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