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Donald Trump vient de détruire en quelques mois ce que le monde avait mis 40 ans à construire

En quelques mois, Donald Trump a sabordé l’un des derniers pactes multilatéraux encore debout. Ce qu’il reste, c’est un champ de ruines ; et la rumeur d’un monde redevenu dangereux pour ceux qui n’ont pas les moyens de se soigner.

Donald Trump n’a jamais caché son mépris pour les engagements multilatéraux (Accords de Paris, partenariat transpacifique, etc.). L’« America First », un slogan devenu doctrine ; isolationniste, nationaliste ; mais qui, depuis son retour au pouvoir au début de l’année, s’est transformé en acte de vandalisme. En liquéfiant l’aide sanitaire extérieure, le gouvernement américain n’a pas seulement replié ses frontières : il a laissé les autres étouffer sous les décombres.

Ce ne sont pas là de seuls principes qu’on enterre, la science qu’on érige en ennemie, mais des enfants non vaccinés, des femmes sans accès à des soins, des millions de malades sans traitement. Un divorce brutal entre ce que les États-Unis prétendaient être – les garants de l’ordre mondial, les cowboys de la démocratie, les urgentistes planétaires – et ce qu’ils sont devenus sous Trump : un Empire qui claque la porte, déchire les accords et jette les clés de la coopération internationale dans le caniveau.

L’Amérique ferme le robinet, les épidémies reprennent

L’USAID, bras armé de l’aide internationale américaine, a longtemps fonctionné comme le poumon financier des politiques de santé dans les pays les plus vulnérables. De la prévention du VIH à la distribution de vaccins, des programmes de nutrition à la lutte contre le paludisme, c’était aussi une colonne vertébrale. Elle assurait une forme de gouvernance de fait, garantissait la pérennité des programmes et maintenait les flux vitaux d’un système fragile.

Aujourd’hui, elle a été sciée net, par simple décret. Une série de décisions unilatérales, administratives, tranchantes, ont suspendu puis interrompu les financements américains à l’étranger. Des milliers de subventions ont été annulées, des centaines de partenariats rompus, sans plan de repli, et sans préavis.

À elle seule, l’Amérique représentait environ 32 % du financement mondial dans le domaine de la santé, selon les données de l’Institute for Health Metrics and Evaluation. En l’espace de quelques mois, cette part s’est effondrée, précipitant avec elle l’ensemble du système.

Le montant exact de la perte n’est pas encore figé, mais les projections sont glaçantes : 9 à 10 milliards de dollars disparus dès cette année fiscale. Et sur les cinq prochaines années, la chute cumulée pourrait atteindre 30 à 40 milliards. Mitchell Warren, directeur exécutif de l’ONG AVAC ; axée sur la prévention du VIH ; explique : « X milliards ont disparu de la santé mondiale, et nous ne pouvons pas les remplacer ».

Ces données froides ne peuvent à elles seules représenter la catastrophe qui s’annonce : 15 millions de cas supplémentaires de paludisme, 107 000 morts évitables cette année, et jusqu’à 3 millions de décès liés au VIH d’ici 2030 — principalement en Afrique subsaharienne. C’est un monde qui tournait à crédit sur la bienveillance intéressée des États-Unis… et qui, maintenant, se retrouve en apnée. Que dire de la tuberculose, dont les cas continuent d’augmenter sur le territoire américain ? À casser les outils d’un système bancal, on se retrouve aussi à soigner les éclats dans ta propre jambe.

Fondations en sous-régime, Europe désarmée et Pékin à la calculatrice

L’Union européenne, traditionnellement second bailleur derrière les États-Unis, n’a pas endossé le rôle de substitut, elle s’est défilée. Non seulement elle n’a pas tenté de combler le vide béant laissé par Washington, mais elle y a contribué activement, en réduisant à son tour ses engagements. L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, pourtant classés parmi les trois plus gros contributeurs hors États-Unis, ont annoncé des coupes franches dans leurs budgets d’aide.

Motif invoqué : l’argent doit désormais aller ailleurs. À la sécurité intérieure, aux hausses de budgets militaires, à la remilitarisation rampante du continent. L’aide au développement est traitée comme un luxe secondaire, sacrifiable dès lors que les tambours de guerre résonnent de nouveau sur le sol européen. On préfère se préparer à tirer que prévenir la fièvre.

Que fait la philanthropie face à cet effondrement généralisé ? La Fondation MacArthur a promis, dans un sursaut tardif, de débloquer au moins 6 % de son portefeuille de 9 milliards de dollars pour compenser les fonds fédéraux disparus. John Palfrey, son président, le reconnaît lui-même : « Le besoin d’un afflux de financement est évident ». C’est mieux que rien, bien sûr, mais cela sent quand même la rustine apposée sur un barrage prêt à céder

Même la Fondation Gates ; Goliath de la philanthropie mondiale ; qui affiche un budget record de 8,74 milliards pour 2025 et a débloqué 750 millions supplémentaires pour lutter contre la malnutrition infantile ; une des victimes collatérales du retrait de l’USAID ; se heurte à ses propres limites. Rob Nabors, directeur pour l’Amérique du Nord, est catégorique : « Il n’existe aucune fondation – ni aucun groupe – capable de fournir le financement, la capacité de main-d’œuvre, l’expertise ou le leadership que les États-Unis ont historiquement apportés ».

Les philanthropes, au lieu de sonner l’alarme, jouent profil bas. Bill Gates a discuté de ses inquiétudes en privé avec les autorités américaines, mais sans jamais condamner publiquement la politique en cours. Donner de l’argent, c’est bien, mais prendre position ? Risquer son image, ses partenariats, son accès privilégié aux couloirs du pouvoir ? Non merci, apparemment.

Pékin n’a pas tardé à flairer le vide laissé par Washington. Historiquement centrée sur la construction d’hôpitaux, l’envoi d’équipes médicales ou de matériel, l’aide chinoise s’oriente désormais vers des financements directs. En 2020, la Chine a ainsi versé 20 millions de dollars à Gavi (l’Alliance du Vaccin), un geste inédit mais bien trop modeste à comparer aux 2,63 milliards de dollars que les États-Unis s’apprêtent à retirer de ce même programme.

Depuis, les annonces s’enchaînent : promesses de vaccins pour l’Asie du Sud-Est, projets de santé maternelle au Bangladesh, soutien à la pédiatrie au Pakistan. Pékin multiplie les gestes, non pas pour sauver le monde, mais pour gagner de l’influence au prix discount. La version chinoise du soft power sanitaire.

« L’aide chinoise est transactionnelle », tranche Rosemary Mburu, de WACI Health. Et elle sait de quoi elle parle. Contrairement à l’aide américaine, fondée ; au moins en façade ; sur la défense des droits humains, l’assistance chinoise s’inscrit dans une logique purement bilatérale, conditionnée, opaque. Elle vise des gains politiques, et n’a que faire des équilibres sanitaires. Si l’Amérique se retire, c’est peut-être vers une dépendance plus rugueuse encore que le Sud global s’avance.

La décomposition continue ; le retrait américain des mécanismes de l’aide sanitaire emporte l’idée même d’un contrat moral entre puissances dominantes et pays dépendants. L’Europe, repliée sur ses frontières et ses mémoires de guerre, troque la solidarité pour le blindage. La Chine, elle, avance sans honte dans un monde fragmenté, où l’aide devient un levier de pouvoir brut, et non un instrument de justice. Peut-être n’est-ce pas là la fin d’un système, mais l’aveu qu’il n’a jamais été conçu pour durer. Ce désordre mondial n’est pas né d’un affrontement, mais d’un vide ; creusé par l’Oncle Sam lui-même, non par faiblesse (quoique), mais par choix.

  • Les États-Unis ont sabré leur aide sanitaire internationale, laissant s’effondrer un système mondial bâti sur quatre décennies de financement et de coopération.
  • L’Europe, loin de compenser ce retrait, réduit, elle aussi, ses engagements, détournant ses ressources vers les priorités militaires.
  • La Chine occupe le vide laissé, non par altruisme, mais pour étendre son influence, tandis que les fondations privées peinent à suivre et fuient le conflit frontal.

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Par : Gouvernement français
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