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Hyperactivité et inattention : des traits hérités de la préhistoire ?

De nouvelles recherches éclairent le rôle que ces traits particuliers ont pu jouer dans la survie de nos ancêtres.

L’hyperactivité et l’inattention, traits emblématiques du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), sont fréquemment perçues comme des handicaps dans notre société contemporaine, où l’on privilégie la concentration soutenue et l’exécution de tâches répétitives. Cependant, une théorie évolutionniste propose un angle d’approche radicalement différent : et si ces caractéristiques, loin d’être des faiblesses, constituaient en réalité des adaptations ancestrales, particulièrement appropriées au mode de vie de nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs ?

Des recherches récentes, menées par David Barack, philosophe et neuroscientifique, et son équipe, ainsi que les observations éclairées de spécialistes comme Annie Swanepoel, jettent un nouvel éclairage sur cette hypothèse.

Un héritage évolutif : la survie des plus attentifs

Pour appréhender l’origine du TDAH, il est essentiel de remonter le fil de l’évolution de l’espèce humaine, même de manière synthétique. Durant près de 95 % de notre histoire, les Homo sapiens ont vécu en tant que chasseurs-cueilleurs, un mode d’existence exigeant une vigilance constante face aux fluctuations de l’environnement et une aptitude à réagir rapidement aux opportunités comme aux menaces. Annie Swanepoel, psychiatre spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, souligne que ce mode de vie a vraisemblablement façonné nos capacités cognitives.

Dans ce contexte, les traits aujourd’hui associés au TDAH – impulsivité, quête de sensations fortes et distractivité – auraient pu conférer un avantage certain. Un chasseur capable de détecter le moindre mouvement dans les fourrés ou un cueilleur enclin à explorer de nouveaux territoires à la recherche de plantes comestibles aurait eu de meilleures chances de survie et de subvenir aux besoins de son groupe. Cette faculté de passer rapidement d’une tâche à l’autre, souvent considérée de nos jours comme une inadaptation, aurait constitué un atout vital dans un environnement imprévisible et parfois hostile.

Le test du cueilleur moderne

Les travaux récents de David Barack viennent étayer cette théorie de façon empirique. En pleine crise sanitaire, Barack et son équipe ont élaboré une expérience simple pour tenter de confirmer cette hypothèse. Ils ont conçu un jeu en ligne simulant la cueillette de baies, reproduisant ainsi un scénario basique de recherche alimentaire. Les 457 participants devaient déterminer le moment opportun pour délaisser un buisson au profit d’un autre, chaque arbuste voyant sa production de baies décroître progressivement.

Contre toute attente, les sujets présentant des symptômes de TDAH se sont distingués par leurs performances supérieures, optimisant leur récolte en changeant de buisson plus rapidement que leurs homologues non atteints par ce trouble. « Ces caractéristiques peuvent être bénéfiques dans certaines situations, comme lorsqu’il s’agit de chercher de la nourriture » explique Barack. Cette observation suggère que les caractéristiques associées au TDAH, loin d’être des défauts, pourraient incarner une forme de cognition adaptée à des environnements valorisant la flexibilité et l’adaptation.

Adapter notre monde moderne : un cadre pour repenser le TDAH

Si ces traits constituaient jadis des atouts, comment les intégrer dans notre société moderne, largement structurée autour de routines répétitives et de tâches à long terme ? Selon Barack, une meilleure appréhension des décisions dans lesquelles excellent les personnes atteintes de TDAH pourrait guider l’aménagement de leur environnement.

Par exemple, limiter les options disponibles dans certaines situations quotidiennes pourrait alléger la charge cognitive et favoriser de meilleures décisions. « L’exemple classique est celui du supermarché, où la surabondance de choix peut être écrasante » souligne Barack. Selon lui, il serait possible de restreindre cet excès de choix en proposant moins d’offres (dans ce cas précis, des articles) simultanément.

Annie Swanepoel partage cette vision, soulignant qu’il « ne s’agit pas d’une pathologie chez l’enfant, mais plutôt d’un décalage entre l’enfant et son environnement ». Elle évoque par exemple le cas d’un adolescent dont les symptômes de TDAH se sont atténués après son intégration dans une équipe de football universitaire, l’activité physique intense devenant un exutoire naturel pour canaliser son énergie et améliorer sa concentration. « Vous avez deux options » conclut-elle. « Modifier l’enfant, par exemple, grâce à des médicaments, ou adapter l’environnement ».

L’émergence de cette nouvelle perspective évolutive nous permet de considérer le TDAH sous un angle radicalement différent. Plutôt qu’un simple trouble, il aurait contribué à rendre notre espèce plus adaptée à son environnement et à assurer la survie de nos ancêtres. Le TDAH concerne entre 3,5 et 5,6 % de la population mondiale. Il semblerait donc un peu complexe, voire illusoire, d’adapter entièrement notre société au fonctionnement singulier des individus atteints, mais cette étude a au moins le mérite d’enrichir notre compréhension de l’évolution humaine.

  • Le TDAH pourrait finalement être une adaptation ancestrale qui aurait été utile aux chasseurs-cueilleurs.
  • Les personnes atteintes de TDAH excellent dans des environnements nécessitant flexibilité et rapidité de décision.
  • Adapter l’environnement des personnes atteintes de TDAH pourrait améliorer leur bien-être dans la société moderne.

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