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Cette étude est alarmante : l’IA pourrait rendre les médecins moins performants

Quand l’intelligence artificielle fait reculer l’expertise humaine.

Les promesses de l’intelligence artificielle (IA) dans la médecine sont énormes, notamment pour améliorer le dépistage précoce des cancers. Mais une nouvelle étude rappelle qu’il ne faudrait pas que cela se fasse au détriment des aptitudes fondamentales des médecins.

Une baisse des performances après seulement quelques mois

Publiée ce 13 août dans la revue The Lancet Gastroenterology & Hepatology, elle a été menée dans quatre centres de coloscopie en Pologne. Son objectif : analyser l’impact de l’introduction d’un outil d’IA destiné à aider à détecter les polypes précancéreux, dits adénomes, dans le côlon. Les repérer tôt est crucial, car leur retrait à un stade précoce permet souvent de prévenir l’apparition d’un cancer colorectal, l’un des plus fréquents et mortels dans le monde.

L’étude a duré six mois, durant lesquels 19 médecins expérimentés, ayant chacun plus de 2 000 coloscopies à leur actif, ont été suivis. Durant cette période, ils ont réalisé près de 1 500 examens, certains avec l’assistance de l’IA, d’autres sans.

Les résultats sont sans appel : le taux de détection des adénomes lors des coloscopies réalisées sans IA a chuté de 28,4 % à 22,4 % après quelques mois d’exposition régulière à l’outil, soit une baisse relative de 20 %. En revanche, les taux de détection sont restés meilleurs avec IA, à 25,3 %. Cela suggère que ce n’est pas l’outil lui-même qui est en cause, mais bien la perte de vigilance des praticiens.

Dépendance à la technologie

Selon les chercheurs, cette tendance pourrait s’expliquer par une forme de dépendance à la technologie : « L’IA a probablement conduit les médecins à devenir moins motivés, moins concentrés et moins responsables lorsqu’ils prennent des décisions sans elle », écrivent-ils.

C’est la première fois qu’un tel phénomène est documenté dans un contexte clinique réel. Et pour le docteur Omer Ahmad, de la University College London, « cela devrait tempérer l’enthousiasme actuel pour l’adoption rapide des technologies basées sur l’IA ».

Médecin IA robot
© Shutterstock / Stock-asso

Une tendance globale ?

À noter, tout de même, que l’étude présente des limites. Elle reste de nature observationnelle et concerne uniquement des médecins chevronnés ; les résultats pourraient différer chez des professionnels moins expérimentés. De même, l’outil d’IA utilisé n’est pas nommé, et rien ne dit si des versions plus récentes donneraient les mêmes effets.

Mais il ne faut pas fermer les yeux sur cette dynamique, qui semble sortir des confins de la médecine. Cette année, le MIT a publié une étude révélant que l’usage prolongé de ChatGPT pour écrire affaiblit clairement l’engagement cérébral. Les participants ayant recours au chatbot montraient une sous-activation des zones liées à la concentration et à l’effort cognitif, comparés à ceux qui écrivaient sans aucune aide.

Ce phénomène de désengagement cognitif, s’il est avéré chez des médecins expérimentés, pose une question vertigineuse : à force de vouloir faire mieux grâce à l’IA, ne risquons-nous pas de faire moins bien sans elle ? Et selon le professeur Yuichi Mori, coauteur de l’étude, cela pourrait empirer avec le temps : « Les effets du “désaprentissage” seront probablement encore plus marqués à mesure que la technologie progresse ».

  • Une étude menée en Pologne montre que l’usage prolongé d’une IA en coloscopie a entraîné une baisse des performances des médecins.
  • Le taux de détection de polypes précancéreux a chuté de 20 % lors des examens sans IA, après seulement quelques mois d’exposition.
  • Ce phénomène soulève des questions plus larges sur notre dépendance croissante aux intelligences artificielles.

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Par : Gouvernement français
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