Depuis 2001 (notamment grâce au décret n° 2001-1220), la quasi-totalité des Français ont pu profiter d’une eau distribuée à domicile considérée comme sans danger pour la santé. Utiliser l’eau du robinet pour étancher notre soif ou à des fins alimentaires est devenu un geste quotidien auquel nous ne prêtons même plus attention.
Elle est surveillée de près et les normes sont très strictes à son égard, mais elle a déjà été pointée du doigt à plusieurs reprises, comme ce fut le cas lors de l’étude de l’Institut Karolinska, publiée en début d’année, qui s’est penchée sur ses taux de trihalométhanes (THM). Elle n’est donc pas parfaite, mais de l’autre côté, certaines eaux en bouteille le sont encore moins, notamment en raison de la présence de PFAS (polluants éternels), qui migrent des emballages plastiques et se retrouvent à l’intérieur. Si nous ne pouvons faire pleinement confiance à aucune des deux, laquelle privilégier dans ce cas ? Heureusement, l’UFC-Que Choisir veille au grain et peut nous aiguiller.
L’eau du robinet : une eau sûre, mais pas pure
Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir, a été interrogé à ce propos par nos confrères de Kombini, qui ont partagé ses propos sur Instagram (voir vidéo ci-dessous). Ancien ingénieur et directeur scientifique au CLCV (Consommation Logement Cadre de Vie), il a rejoint l’association de défense des consommateurs en 2005.
Impossible, donc, de douter de son expertise dans ce domaine. Selon lui : « Pour la très grande majorité des Français, l’eau du robinet est conforme à tous les critères de la réglementation européenne ». Les Agences Régionales de Santé (ARS) vérifiant en permanence l’innocuité des réseaux de distribution en analysant des dizaines de paramètres (nitrates, pesticides, solvants, métaux lourds, bactéries, etc.), ce maillage de surveillance constitue, en lui-même, une garantie de sécurité pour les consommateurs.
Il existe toutefois encore des exceptions : « Pour une partie des réseaux du nord de la France, on a une très forte augmentation des dépassements des normes en pesticides », reconnaît-il. Ces cas restent, à l’échelle du territoire, extrêmement rares et selon lui, ils concernent au maximum 1 200 personnes. Dans tous les cas, si des restrictions périodiques doivent être établies, les habitants sont avertis et les données sont consultables sur le site de l’ARS.
Exemple ci-dessous, en nous fiant à la Carte interactive de la conformité de l’eau de l’UFC-Que Choisir. Intéressons à une ville du Nord de la France, Amiens. Il se trouve que le centre-ville affiche une eau classée « bonne », tandis que plusieurs réseaux périphériques présentent des niveaux de conformité plus faibles.

Pour Andrault, il faut renoncer à affirmer que l’eau du robinet soit vierge, même si elle reste parfaitement potable. Il est strictement impossible de s’empoisonner (au sens aigu du terme) en la buvant, mais selon lui : « Il faut peut-être faire le deuil d’une eau totalement pure, totalement indemne. Ça n’existe pas ». L’UFC-Que Choisir a d’ailleurs détecté la présence de PFAS, de résidus de molécules de pesticides ou d’autres polluants, y compris dans des grandes villes, mais en quantités très faibles. Tous étaient inférieurs aux seuils imposés par l’Union européenne ; la France étant connue pour disposer d’un des meilleurs réseaux de distribution du continent.
L’eau en bouteille : pas forcément plus propre et écologique
Comme expliqué précédemment, la réputation de l’eau en bouteille s’est dégradée ces dernières années en raison des PFAS, et de certains composés plastiques, « sans qu’on connaisse très précisément l’impact sur la santé », précise Andrault.
Outre la dimension toxicologique qu’il faudra un jour investiguer plus en profondeur, le spécialiste insiste sur deux autres aspects : le plan économique et environnemental. Andrault rappelle que l’eau en bouteille est bien plus onéreuse, celle en provenance de nos robinet étant en moyenne « 60 fois moins chère ». Toujours selon l’UFC-Que Choisir, elle coûte « 0,003 € le litre en moyenne » contre « 0,20 € le litre pour l’eau de source, 0,40 € le litre pour l’eau minérale ».
L’empreinte carbone de l’eau en bouteille est également assez disproportionné puisqu’une bouteille parcourt en moyenne 300 km avant d’arriver chez vous. Transportée majoritairement par camion, elle génère des émissions de CO₂ qui pourraient être facilement évitées tout en contribuant très largement à la pollution plastique mondiale. Un luxe parfaitement inutile dans le contexte inflationniste et climatique actuel.
Sauf si vous devez suivre des conseils médicaux vous incitant à consommer des eaux spéciales (riches en magnésium, par exemple), dans l’écrasante majorité des cas, le choix le plus rationnel reste de consommer l’eau de votre robinet. Même si elle peut contenir certains résidus, leur concentration reste dans les normes sanitaires en vigueur et vous ne risquez absolument rien. Pour avoir l’esprit un peu plus tranquille vous pouvez même la filtrer à domicile (carafe filtrante, filtres sous évier, etc.), ce qui retiendra une partie des métaux lourds et des résidus toxiques. En cas de doute sur la qualité de votre réseau local, n’hésitez pas à consulter la carte interactive de l’UFC-Que Choisir, consultable sur cette page. En entrant le nom de votre commune, vous repérerez immédiatement si votre eau est classée en bonne conformité.
- L’eau distribuée chez la plupart des Français reste sûre et conforme, même si elle peut contenir des traces de polluants à faibles doses.
- L’eau en bouteille n’apporte pas plus de garanties sanitaires et présente un coût financier et environnemental nettement supérieur.
- Sauf cas médicaux particuliers ou situations locales spécifiques, le choix le plus raisonnable et le plus fiable au quotidien reste l’eau distribuée au robinet.
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