Depuis une bonne dizaine d’années, les incendies extrêmes sont de plus en plus fréquents, notamment les feux boréaux ; qui ne concernent malheureusement plus uniquement les régions chaudes et sèches, ou les zones isolées du Grand Nord américain. Ce phénomène est l’un des nombreux symptômes du réchauffement climatique et n’a absolument rien de naturel. Les températures estivales sont plus élevées dans les zones continentales, la couverture neigeuse est réduite comme peau de chagrin au printemps et la banquise arctique recule d’année en année. Cet ensemble de facteurs créé donc un terreau très fertile à l’embrasement de ces forêts, qui autrefois étaient plus épargnées.
Mais il y a un problème ; les modèles climatiques les plus utilisés, comme le CMIP6 (Coupled Model Intercomparison Project), ne tiennent pas compte de cette tendance. Dans leurs projections, les feux restent artificiellement constants, que le modèle se concentre sur l’année 2015 ou 2100, comme si rien n’avait changé en 85 ans. C’est cette incohérence que veut corriger cette étude publiée en avril dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.
Un effet refroidissant par la fumée
En modifiant le modèle climatique CMIP6, pour y intégrer l’augmentation réelle des feux boréaux observée depuis 2015, les chercheurs sont parvenus à une conclusion plutôt déconcertante. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces feux pourraient contribuer à ralentir temporairement le réchauffement du climat, en particulier dans les régions proches de l’Arctique.
Comment est-ce possible ? En raison des panaches de fumée qu’ils libèrent dans l’atmosphère. Ceux-ci contiennent une grande quantité de particules fines en suspension, appelées aérosols. Celles-ci interagissent avec les nuages, qu’elles rendent plus denses et plus brillants. Des nuages qui deviennent finalement plus réfléchissants et renvoient une quantité plus importante de lumière solaire vers l’espace, ce qui tend à réduire le réchauffement au sol.
D’après les projections issues de ce nouveau modèle, l’effet refroidissant lié aux aérosols pourrait atténuer d’environ 12 % le réchauffement climatique mondial d’ici 2060, et jusqu’à 38 % dans les régions arctiques. Ce phénomène l’emporte, pour l’instant, sur d’autres effets inversement réchauffants, notamment la suie déposée sur la glace, qui assombrit sa surface et accélère sa fonte en absorbant davantage de rayonnement solaire.
Un effet superficiel, voué à s’épuiser ?
Attention cependant aux conclusions hâtives, n’y voyez pas là une « bonne nouvelle » ! Premièrement, car ces feux de forêts, restent extrêmement destructeurs pour les milieux qu’ils touchent. Ils pèsent lourdement sur l’équilibre des écosystèmes (biodiversité, chaîne alimentaire, etc.) et expose chaque année des millions de personnes à des polluants atmosphériques nocifs. La fumée dégagée contient des particules fines très dangereuses pour la santé humaine, transportées sur des milliers de kilomètres, très loin des zones incendiées.
Deuxièmement, parce que cet effet refroidissant n’est pas durable, et encore moins garanti. Si les incendies continuent de se multiplier et de gagner en intensité, ils pourraient finir par consumer une part toujours plus des forêts boréales elles-mêmes. Or ce sont celles-ci qui alimentent le refroidissement via les aérosols issus de la fumée. À terme, leur disparition réduirait par conséquent la quantité de particules émises et mettrait un terme à cet effet tampon.
Le pire scénario que l’on pourrait imaginer ? Que la perte de ces écosystèmes forestiers transforme, à terme, ces zones en régions émettrices de gaz à effet de serre. Tant que les forêts subsistent encore, elles assurent encore leur rôle de puits de carbone en captant et stockant une partie du CO2 atmosphérique. Si les incendies les ravagent régulièrement, leur capacité d’absorption chutera, et les sols, eux, relâcheront tout le carbone piégé depuis des siècles.
Dans ce cas, non seulement l’effet refroidissant lié aux aérosols s’estompera, faute de combustible à brûler, mais le bilan carbone global s’inversera : ces zones contribueront encore plus activement au réchauffement. Le « répit » constaté aujourd’hui ne serait donc que temporaire. Compter sur ces incendies pour refroidir la planète est de ce fait complètement suicidaire ; il faut, en revanche, que nos modèles de projections climatiques intègrent cette variable.
- Les incendies de forêts boréales, de plus en plus fréquents à cause du changement climatique, ne sont plus des événements marginaux : ils affectent désormais le climat à grande échelle.
- Une nouvelle étude montre que la fumée de ces feux pourrait, paradoxalement, freiner temporairement le réchauffement en modifiant la manière dont les nuages renvoient la lumière solaire.
- Mais cet effet est instable : à long terme, la destruction des forêts risque de transformer ces régions en sources nettes de carbone, aggravant encore la crise climatique.
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