- Sous la pression de l’Allemagne et d’autres Etats membres, l’Europe s’est dit prêt à revoir son texte sur l’interdiction des véhicules thermiques dès 2035
- La Commission européenne s’engage à étudier la question des carburants synthétiques
- La France, elle, soutient le projet initial à 100%
L’Union européenne est-elle en train de reculer sur son ambition climatique ? C’est ce que craignent les défenseurs de l’environnement, alors que le projet de loi qui prévoit la fin des ventes de voitures neuves à moteur thermique à partir de 2035 est remis en question par l’Allemagne et plusieurs autres pays.
Ce texte, adopté en octobre dernier par le Parlement européen, s’inscrit dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il impose aux constructeurs automobiles de proposer des alternatives non polluantes au moteur à combustion, comme l’électrique ou l’hydrogène.
Mais l’Allemagne, premier producteur et exportateur de voitures en Europe, a fait volte-face le 7 mars 2023, en bloquant la validation finale du texte par les États membres. Berlin réclame que la Commission européenne présente une proposition reconnaissant les carburants synthétiques comme une option viable pour réduire les émissions des véhicules.
Les carburants synthétiques, qu’est-ce que c’est ?
Les carburants synthétiques, aussi appelés e-carburants ou e-fuels, sont fabriqués à partir d’électricité renouvelable et de CO2 capté dans l’air. Selon leurs promoteurs, notamment les constructeurs haut de gamme allemands comme Porsche ou Audi, ils permettent de rendre neutres en carbone les moteurs thermiques existants, sans avoir besoin de changer d’infrastructure ni de modifier le comportement des consommateurs.
Mais cette technologie est encore loin d’être mature et compétitive. Elle nécessite beaucoup plus d’électricité que les véhicules électriques pour parcourir la même distance. Elle pose aussi des questions sur son impact environnemental global, notamment sur la consommation d’eau et la biodiversité.
La France, seule contre tous ?
L’Allemagne n’est pas seule à défendre cette position. Elle est rejointe par l’Italie, pays de Fiat et Ferrari, mais aussi par plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, comme la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie. Ces pays accueillent sur leur territoire de nombreux sous-traitants pour les marques allemandes et craignent pour leur avenir industriel.
Face à ce front du refus, la France se retrouve isolée. Paris soutient fermement le projet de loi sur la fin des voitures thermiques en 2035, qu’elle considère comme un levier pour accélérer la transition écologique et favoriser le développement des filières électriques et hydrogènes françaises. La France a d’ailleurs déjà adopté une loi similaire au niveau national en 2019.
La Commission européenne a donc tenté de débloquer la situation en s’engageant à étudier le potentiel des carburants synthétiques dans sa stratégie sur les carburants durables prévue pour juin 2023.
Pas question pour autant de revoir complètement le texte. Elle étudiera les carburants synthétiques au même titre qu’elle veillera à ce que les conditions nécessaires pour accompagner la transition vers le tout électrique soient mises en place, notamment en termes d’infrastructures de recharge et de soutien aux filières industrielles concernées.
Cette concession n’a pas convaincu l’Allemagne et ses alliés, qui continuent à faire pression pour obtenir un assouplissement du texte sur la fin des voitures thermiques. Le bras de fer se poursuit donc entre les États membres, alors que le temps presse pour respecter les engagements climatiques européens.
Selon une étude récente du think tank Transport & Environment (T&E), si tous les véhicules vendus après 2035 atteignent l’objectif zéro émission (électrique ou hydrogène), cela permettrait d’éviter l’émission de plus d’un milliard de tonnes de CO2 entre 2030 et 2050.
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Du coup, qu’est-ce qui est le plus “vert” :
– un véhicule thermique à hydrocarbure de synthèse fabriqué à partir d’électricité
– un véhicule électrique rechargé avec de l’électricité produite avec des carburants fossiles ?
Peut-être faudrait-il se poser la question d’un point de vue plus global en intégrant l’intégralité du système de transport, des sources d’énergie au mode de mise à disposition en passant par la production et le cycle de vie des véhicules ?
Quelque soit la solution retenue, l’enjeu à l’échelle du véhicule reste de récupérer au freinage l’énergie cinétique excédentaire, avec un rendement acceptable…