C’est un virage politique historique outre-Manche. Lors du congrès du Parti travailliste à Liverpool, le Premier ministre Andy Burnham a pris la parole pour son tout premier grand discours de chef de gouvernement. Et il n’y a pas été de main morte en dressant un bilan sans concession de la sortie de l’Union européenne.
Selon lui, le Brexit a « fait plus de mal que de bien », et il existe un immense décalage entre les promesses initiales et la réalité économique du Royaume-Uni. « Le Brexit ne nous a pas donné le contrôle. Nous avons perdu une partie du contrôle que nous avions sur notre économie, et nous avons perdu une partie de notre contrôle sur l’immigration », a-t-il déploré.
Dans ce contexte, il a annoncé vouloir trancher clairement sur « la direction que doit prendre la Grande-Bretagne au cours de la prochaine décennie ». D’après lui, il faut examiner « ce qui est faisable, avec les avantages et les inconvénients de chaque piste ».

Toutes les options sur la table, jusqu’au retour complet
« Nous pourrions en rester là. C’est une option si les gens pensent que c’est la bonne place », a-t-il concédé, mais il envisage aussi plusieurs scénarios. Cela va d’un rapprochement via une union douanière, à une adhésion au marché unique, voire même une réintégration complète au bloc européen. Interrogé sur un possible retour dans l’UE, il a ainsi affirmé sa volonté d’aller « jusqu’au bout » de la démarche si un consensus se dégageait.
Et l’échéance est déjà fixée. Car le Premier ministre entend profiter du sommet entre le Royaume-Uni et l’UE, prévu d’ici à la fin de l’année, pour éclaircir la situation. Ainsi, ce rendez-vous diplomatique majeur doit servir de tremplin pour rebâtir une relation durable entre Londres et ses partenaires européens, afin de soumettre ces différentes pistes aux citoyens et dégager un consensus politique.
Un contexte qui n’est pas anodin
Ces déclarations fortes interviennent dans un climat particulièrement tendu outre-Manche. Il y a quelques jours, une réunion sans précédent à Cardiff rassemblait les premiers ministres écossais, gallois et nord-irlandais. Ensemble, les trois dirigeants indépendantistes ont officiellement réclamé à Londres la tenue de référendums d’indépendance pour acter la sécession de leurs nations respectives et leur réintégration dans l’Union européenne.
La situation géopolitique sur le Vieux Continent est également à prendre en compte, alors que la menace russe pèse plus que jamais. Se rapprocher de Bruxelles dans ce contexte serait un signe fort. Mais la prise de parole du Premier ministre a fait frémir l’opposition, qui dénonce une « trahison » électorale et une tentative de faire revenir le pays dans l’UE « par la porte de derrière ». Andy Burnham s’engage sur une voie étroite, au risque d’exposer son gouvernement à une nouvelle crise majeure.
Le Brexit, de 2016 à aujourd’hui
En juin 2016, 51,9 % des Britanniques votent pour sortir de l’Union européenne, après 43 ans d’appartenance à la communauté européenne. Après près de quatre années de négociations complexes sous plusieurs gouvernements conservateurs, le Royaume-Uni quitte l’UE le 31 janvier 2020, puis la période de transition s’achève le 1er janvier 2021 avec l’entrée en application de l’accord de commerce et de coopération.
Mais la sortie du marché unique et la fin de la libre circulation des personnes ont provoqué une pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs clés (santé, transports, restauration), des soucis douaniers accrus pour les entreprises, et ont contribué à une faible croissance économique pénalisant le pouvoir d’achat. Plus d’une décennie après le référendum, les sondages montrent qu’une nette majorité de Britanniques juge aujourd’hui le Brexit comme une erreur.
- Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, remet en question le Brexit, jugé néfaste pour l’économie.
- De la simple union douanière au retour complet dans l’UE, le Premier ministre ne s’interdit rien.
- Une feuille de route doit être présentée lors d’un sommet diplomatique clé avec Bruxelles avant la fin de l’année.
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