Lorsque l’été disparaît et que le Soleil baigne un peu moins nos journées pour laisser place à la morne saison automnale, nous sommes nombreux à vouloir qu’il dure un peu plus longtemps. Il est vrai que l’été indien peut être agréable, une fois les atroces vagues de chaleur et les épisodes caniculaires laissées derrière nous, mais ce qui se profile à l’horizon n’est enviable pour personne.
Selon une nouvelle étude parue le 19 novembre dans la revue Nature Communications, les étés européens pourraient s’allonger de 42 jours d’ici 2100, une conséquence directe du réchauffement climatique. Que peut-on y faire ? Absolument rien, les saisons du continents sont déjà en plein déséquilibre, et les mécanismes géophysiques qui en sont à l’origine sont innarêtables.
Le système climatique européen en plein craquage
Afin de mieux comprendre le phénomène prédit dans cette étude, il est nécessaire de revenir sur un concept fondamental en science climatique : le gradient latitudinal de température. Il s’agit tout simplement de la différence de température entre l’équateur (toujours plus chaud) et l’Arctique (toujours plus froid).
Ce gradient provoque une tension thermique en dirigeant les grands vents traversant l’océan Atlantique qui sont à l’origine de l’arrivée et du retrait des masses d’air, et rythment l’alternance des saisons en Europe.
Lorsque l’écart de température entre l’équateur et l’Arctique est important, ces vents sont puissants et les saisons bien marquées. Inversement, si la différence de chaleur se resserre, les vents ralentissent et ne peuvent plus drainer dans leur sillage les masses d’air froides qui sont synonymes de la fin de l’été pour le Vieux Continent.
Le problème, c’est que ce gradient, stable depuis plusieurs milliers d’années, se réduit aujourd’hui à un rythme fulgurant, ce qui boulerversera nos régimes saisonniers qui n’ont quasiment pas changé depuis l’Holocène (période en cours, qui a commencé il y a environ 11 700 ans).
L’Arctique se réchauffe jusqu’à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, ce qui aplanit la différence de température entre les pôles et l’équateur. Par conséquent, les vents ne peuvent plus transporter efficacement les fronts froids depuis les hautes latitudes, ce qui retarde l’arrivée de l’automne et laisse l’été se rallonger. Même si Dr. Laura Boyalt, co-autrice de l’étude, rappelle qu’il s’agit d’un phénomène naturel et cyclique, elle alerte sur « la vitesse, la cause et l’intensité du changement ».
Un phénomène irréversible
Pour établir ces projections, les scientifiques sont allés fouiller les archives climatiques au fond des lacs européens, dans les couches de sédiments déposées année après année. Ces strates leur permettent de lire clairement la dynamique climatique locale, comme on peut lire un calendrier ou un registre d’archives.
En l’occurence, ce calendrier est vieux de 10 000 ans : les strates renseignent les chercheurs (selon leur composition et leur épaisseur) sur l’alternance naturelle des saisons depuis les débuts de l’Holocène. Il y ont découvert qu’il a environ 6 000 ans, l’Europe a pu connaître des étés qui s’étiraient sur huit mois. Des périodes estivales très longues donc, mais elles l’étaient uniquement en raison des variations naturelles du gradient thermique décrit plus haut.
Aujourd’hui, le système climatique obéit toujours aux mêmes règles physiques, mais il est profondément perturbé par les activités humaines, notamment par l’augmentation constante des gaz à effet de serre depuis la Révolution industrielle.
C’est en recoupant ces données avec les projections climatiques actuelles que ces chercheurs sont parvenus au calcul des 42 jours d’ici la fin du siècle (si nous n’agissons pas pour inverser la tendance). Mais abandonnons immédiatement toute naïveté : même nous arrêtions d’émettre dès ce soir, rien ne changera. L’inertie climatique est telle que les dés sont déjà jetés : la chaleur qui s’est accumulée dans l’atmosphère et dans les océans suffira dans, tous les cas, à dégrader l’équilibre saisonnier même si un quelconque plan drastique de réduction des émissions devait être voté dans le monde. Eau tiède au robinet trois mois par an, odeur du bitume surchauffé de bon matin avant d’aller au travail, infrastructures publiques inutilisables, inflation du prix des denrées agricoles… Liste non exhaustive de ce que connaîtront nos descendants, une génération qui regardera certainement notre époque avec grande incompréhension.
- Une nouvelle analyse montre que la dynamique climatique européenne se déforme rapidement, prolongeant nettement la saison chaude.
- Ce changement est désormais inévitable, car la planète réagit avec plusieurs décennies de retard aux émissions déjà accumulées.
- Les générations futures vivront dans un environnement où la chaleur prolongée deviendra la norme et où l’équilibre saisonnier actuel aura disparu.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.