Fin 2021 l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) émettait une première alerte contre les comprimés anti-rhume. En effet ils seraient susceptibles de provoquer de rares effets indésirables graves comme des infarctus ou des AVC. Dans une interview donnée au Parisien (disponible en source), la présidente de l’agence, Christelle Ratignier-Carbonneil, se montre très claire : « ne les utilisez plus », demande-t-elle.
Si pour l’heure aucune interdiction n’a été prononcée contre ces médicaments vasoconstricteurs, elle assure que les risques sont bien là. Des effets secondaires graves « peuvent se produire quelques que soit la dose et la durée du traitement », explique-t-elle.
De son côté, Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine a réagi à cette annonce. « On ne va pas prioriser ce médicament-là », explique-t-il. « Il faut faire attention et ne pas trop mettre cette molécule en avant ».
Une enquête européenne en cours
De l’autre côté de la table, les laboratoires à l’origine de ces médicaments essayent de défendre leur produit. Ils assurent en effet que les cas d’effets secondaires indésirables ne sont « pas en augmentation » et que les conclusions de l’ANSM sont « prématurées ».
En effet l’agence européenne du médicament avait annoncé au début de l’année l’ouverture d’une enquête scientifique concernant les possibles risques liés à ces médicaments. La Commission devrait rendre son avis avant la fin de l’année. Elle est la seule à pouvoir prononcer une interdiction de la vente sur le continent.
Comme le rappelle Christelle Ratignier-Carbonneil, le rhume est une maladie bénigne, qui dure de 7 à 10 jours, quels que soient les médicaments pris pour soulager le patient. Les comprimés vasoconstricteurs utilisés ne servent en effet pas à guérir plus vite, mais simplement à réduire les symptômes. La maladie, elle est toujours là.
La pseudoéphédrine, la grande méchante
Au travers de ces médicaments, c’est en réalité la pseudoéphédrine qui est visée. Cette molécule est très utilisée comme décongestionnant. Elle est capable de réduire le calibre des vaisseaux sanguins, permettant ainsi la libération du nez en quelques heures.
Ses effets secondaires sont connus depuis des années. Les premières études sur le sujet remontent aux années 90, avant même la commercialisation des premiers comprimés anti-rhume. Dès 2008 un rapport de la Commission nationale de pharmacovigilance remettait en question la présence de ce principe actif dans plusieurs médicaments, pointant du doigt les risques liés à des effets secondes « graves et connus ».
Un usage controversé
La star des médicaments contre les maladies de l’hiver traîne pourtant plusieurs casseroles. En effet la pseudoéphédrine se trouve sur la liste noire des produits interdits par l’agence mondiale antidopage depuis le 1er janvier 2010. Des scientifiques en ont également retrouvé dans des formes dérivées et impures de méthamphétamine.
Entre 2012 et 2018, la base nationale de pharmacologie a recensé 307 cas graves et complications liées à la prise de pseudoéphédrine. Pour le docteur Gilles Munier, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins, « le rapport bénéfice-risque est défavorable » au vu de la maladie bénigne que « soigne » ces médicaments.
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