Depuis que les ordinateurs portables sont nés, depuis plus de 45 ans, les ingénieurs qui les conçoivent doivent accepter un axiome : réduire l’espace disponible dans un châssis demande nécessairement de réduire celui nécessaire pour le refroidissement. S’il y a moins de place pour les ventilateurs et les dissipateurs, le processeur bridera ses performances pour ne pas se changer en plancha.
C’est pour cette raison que les ultraportables fanless (sans ventilateurs) ont toujours impliqué des sacrifices, dont deux, plutôt embêtants : un bridage sévère de la puissance du processeur sous la barre des dix watts et des performances qui flanchent si la charge de calcul est trop intense.
Un problème de physique auquel Lenovo s’est courageusement attaqué avec le Project Aeroblade, un Thinkbook de 14 pouces mesurant moins d’un centimètre d’épaisseur et dont le poids ne dépasse pas 830 g. Nous avons pu le voir et le manipuler à l’occasion de l’IFA 2026, et échanger quelques mots avec Vico Song, directeur général de l‘Innovation Accelerator, connu notamment pour son travail sur les écrans déroulables. Même si le constructeur chinois est connu pour ses concepts sortant de l’ordinaire, nous devons avouer que nous avons été particulièrement bluffés par la bête.

Des ultrasons à la place des pales
Pour rester à bonne température, le Project Aeroblade s’appuie sur un système de refroidissement thermique baptisé Lenovo Active Flow. Une technologie nommée AirJet, développée par Frore Systems, une entreprise californienne qui travaille depuis plusieurs années sur le refroidissement à semi-conducteurs.
À l’intérieur d’une puce de 27 × 41,5 mm (soit la taille d’un timbre-poste) pour seulement 2,65 mm d’épaisseur, des membranes ultrasoniques vibrent au-delà du seuil d’audition humaine, aspirant l’air à travers le châssis.
Cet air est projeté en micro-jets sur la base en cuivre en contact avec le processeur, évacuant ainsi la chaleur. Comme nous l’a expliqué Vico Song, l’air est ensuite expulsé au niveau de la charnière et à travers les touches du clavier.
Comme il n’y a aucune pièce mécanique en mouvement, l’ordinateur ne produit aucun son… ou presque. Lenovo annonce 31 dBA en charge maximale, l’équivalent d’un chuchotement dans une pièce calme, situé autour de 30 dBA.
Lorsqu’on le prend en main, l’effet est saisissant : jamais nous n’avons soulevé un ordinateur aussi léger (il pèse près de 400 g de moins qu’un MacBook Air de 13 pouces) et aussi fin. Son châssis en magnésium-aluminium est d’une rigidité extrême et respire la qualité.
Son écran OLED de 14 pouces s’étend quasiment d’un bout à l’autre et les bordures sont presques inexistantes, lui conférant une esthétique minimaliste très réussie. Allumée lors de la présentation, le laptop était parfaitement fonctionnel et très réactif.
On retrouve de la connectique Thunderbolt 4, du Wi-Fi 7, et un clavier ThinkBook complet avec un trackpad de bonne taille. Quand on retourne la machine, l’absence totale de grilles d’aération saute aux yeux : le dessous est une surface lisse, sans ouverture visible. Il faut vraiment concentrer son regard à l’intérieur de la charnière pour apercevoir deux minuscules évacuations.

Taillé comme une guêpe sous stéroïdes
La question qui nous vient immédiatement, c’est celle de sa performance dans la durée. Un laptop fanless tourne, en toute logique, avec un processeur bridé à très basse consommation (autour de 10 W), ce qui suffit pour écrire des mails et du traitement de texte mais pas grand-chose de plus.
Dès que l’on pousse un peu trop la machine, le processeur chauffe, et sans ventilateur pour évacuer, il n’a d’autre choix que de ralentir pour se protéger.
Selon Frore Systems, la puce intégrée au Project Aeroblade permet d’éviter ce phénomène, puisqu’elle génère dix fois plus de pression d’air qu’un ventilateur de laptop traditionnel : elle brasse beaucoup plus d’air dans beaucoup moins d’espace. En théorie, c’est suffisant pour refroidir un processeur bien plus puissant que les puces basse consommation habituelles des machines fanless.
En théorie seulement : Lenovo n’a pas communiqué le processeur exact embarqué dans le concept, mais selon Vico Song, il n’y a aucun impact sur ses performances. Une affirmation que seuls des tests indépendants pourraient confirmer.
Pour l’instant, le Project Aeroblade est un concept, et non un produit commercial ; un très beau démonstrateur pensé pour en mettre plein à la vue. Il n’a aucune date de sortie, mais Lenovo a au moins prouvé qu’elle était en mesure d’intégrer ce système de refroidissement dans un ultraportable. Même si le chemin avant une potentielle commercialisation reste encore très long (ou même irréalisable, tout est possible) il y a un signe qui ne trompe pas. Intel et Qualcomm intègrent déjà l’AirJet dans leurs designs de référence (les modèles que les constructeurs utilisent comme base pour concevoir leurs propres machines), ce qui rend l’hypothèse d’une production en série moins lointaine qu’il y a deux ou trois ans. Si le procédé tient ses promesses en conditions réelles, dans quelques années, un laptop équipé de ventilateurs paraîtra aussi anachronique qu’un téléphone à clavier physique. Bien que nous ne puissions pas prédire l’avenir, nous connaissons le passé : Lenovo est parvenue à plusieurs reprises à transformer ses concepts de salon en produits ; le X1 Fold et le ThinkBook Plus Gen 6 Rollable sont passés par le même chemin. Peut-être que le Project Aeroblade (ou une déclinaison s’en inspirant) leur emboîtera le pas, qui sait ?
- Le Project Aeroblade de Lenovo est un laptop fanless de 14 pouces, mesurant seulement 10 mm d’épaisseur et pesant 830 g.
- Il utilise une technologie de refroidissement par ultrasons, permettant de maintenir des performances sans ventilateur traditionnel.
- Actuellement un concept, ce laptop pourrait révolutionner le marché si ses promesses de performance se confirment à l’avenir.
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