C’était l’une des énigmes les plus mystérieuses de la Seconde Guerre Mondiale : où était Le Tonnant, sous-marin français disparu au large de Cadix, en Espagne ? Le 17 novembre 2025, les images du sondeur multifaisceaux embarqué à bord du bâtiment océanographique de l’Université de Cadix ont enfin résolu ce mystère. À plusieurs centaines de mètres de profondeur, dans les eaux troubles de l’estuaire du Guadalquivir, gît le squelette d’acier de ce géant des profondeurs.
Le professeur Erwan L’Her, médecin réanimateur au CHU de Brest et chef de l’expédition, ne cache pas son émotion. Les mesures correspondent parfaitement aux caractéristiques du Tonnant : 92 mètres de long, 8 mètres de diamètre, la silhouette caractéristique d’un sous-marin de grande patrouille de la classe Redoutable.
Lancé en décembre 1934 par les Forges et chantiers de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer, ce mastodonte de 1 500 tonnes représentait alors le fleuron de la marine française, qui possédait à l’époque la plus grande flotte sous-marine au monde avec près de 110 submersibles. Après des essais mouvementés (une tentative de mutinerie avait bien failli le livrer aux républicains espagnols en 1937) et une croisière d’endurance jusqu’en Indochine, le Tonnant avait rejoint Casablanca à l’automne 1942.
C’est là que le destin le rattrape. Le matin du 8 novembre 1942, alors que le sous-marin sort tout juste d’un petit carénage et n’a pas encore été complètement réarmé, les forces américaines déclenchent l’Opération Torch, le débarquement allié en Afrique du Nord. À 7h10, les bombardiers TBF Avenger de l’US Navy fondent sur le port de Casablanca. L’une des premières bombes tue le lieutenant de vaisseau Maurice Paumier, commandant du Tonnant.
Épopée sous-marine
La suite de l’histoire ressemble aux grandes épopées. Le second, le lieutenant de vaisseau Corre, prend aussitôt le commandement. Sous les mitraillages américains, il parvient à faire appareiller le sous-marin à 7h30, après avoir débarqué deux morts et dix-neuf blessés. À bord, ils ne sont plus que trente marins sur les soixante-douze membres d’équipage habituels. Sept d’entre eux sont blessés. Et surtout, sept ballasts sont crevés, le navire gîte dangereusement de dix degrés sur bâbord.
Le Tonnant plonge pour échapper aux obus qui pleuvent. Après des essais de plongée qui confirment l’étendue des avaries, l’équipage reçoit le renfort de dix volontaires provenant d’autres submersibles. Le soir du 8 novembre, le Tonnant reprend la mer avec quatre torpilles pour seul armement, bien décidé à regagner Toulon ou, à défaut, à se saborder pour éviter la capture.
Le 10 novembre, au mépris de toute prudence, le lieutenant de vaisseau Corre lance ses quatre dernières torpilles contre le porte-avions USS Ranger. Il manque sa cible, subit un grenadage en règle, mais s’en sort miraculeusement indemne. Le 11 novembre, un cessez-le-feu est signé entre les forces françaises et américaines. Mais les messages ordonnant au Tonnant de regagner Casablanca restent lettre morte. Corre, observant l’activité intense des navires américains dans le secteur, refuse d’obtempérer.
Le 12 novembre, alors qu’il navigue en surface, un hydravion PBY Catalina américain le repère et l’attaque. Les grenades l’endommagent sérieusement. Incapable de rallier Toulon, le sous-marin met le cap sur Cadix, port neutre de l’Espagne franquiste. Il y arrive le 14 novembre. Le lendemain, comprenant que son bâtiment ne peut plus naviguer, Corre fait débarquer les quarante-cinq membres d’équipage survivants, conserve cinq hommes à bord, et saborde le Tonnant au large du port. L’équipage sera interné en Espagne. Plusieurs marins s’évaderont par la suite pour rejoindre les Forces françaises libres, certains à la rame, traversant le détroit jusqu’au Maroc.
Pendant plus de huit décennies, la position exacte de l’épave est restée inconnue. C’est en compilant méticuleusement les archives, notamment les carnets de bord du commandant confiés par sa famille, que l’équipe du professeur L’Her a pu circonscrire la zone de recherche. Une première expédition en décembre 2024 s’était révélée infructueuse en raison de la turbidité des eaux. Mais la persévérance a payé.
Cette découverte n’est qu’une première étape. Les chercheurs brestois préparent déjà leur prochaine mission : retrouver les épaves du Sidi-Ferruch et du Conquérant, deux autres sous-marins de 1 500 tonnes qui ont connu un sort encore plus tragique. Attaqués par erreur par l’aviation américaine le 13 novembre 1942, deux jours après le cessez-le-feu, ils ont sombré en emportant plus de cent dix marins. Leurs familles attendent, elles aussi, depuis quatre-vingt-trois ans.
- Des chercheurs de l’Université de Bretagne Occidentale ont localisé le 17 novembre 2025 l’épave du sous-marin français Le Tonnant, disparu depuis 1942 au large de Cadix en Espagne.
- Attaqué lors de l’Opération Torch à Casablanca, le sous-marin avait réussi à s’échapper avec seulement 30 marins et 4 torpilles avant de se saborder devant Cadix, incapable de regagner Toulon.
- L’équipe prépare maintenant la recherche des épaves du Sidi-Ferruch et du Conquérant, deux sous-marins coulés par erreur après le cessez-le-feu avec plus de 110 victimes.
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