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Les insectes pollinisateurs disparaissent à une vitesse inquiétante. Un effondrement écologique qui menace votre nutrition et votre santé

Homo sapiens ne se nourrit pas d’insectes pollinisateurs, mais sans eux, il finira par crever de faim. En 50 ans, près de trois quarts d’entre eux ont disparu : une hécatombe qui menace la santé nutritionnelle de deux milliards de personnes.

On estime qu’un quart de la population mondiale souffre de ce que les épidémiologistes appellent la « faim invisible » (ou « faim cachée ») : des carences sévères en micronutriments qui compromettent le développement cognitif et aggravent la mortalité infantile. Il ne s’agit pas d’un manque de calories, mais d’un profond déséquilibre entre les apports énergétiques et la densité nutritionnelle (ratio entre la quantité de micronutriments essentiels et le nombre de calories d’un aliment).

Un déficit que l’on peut, en premier lieu, attribuer aux conditions de vie dans les pays à plus faibles revenus, dont les habitants souffrent d’inégalités d’accès à une alimentation saine. Mais cette épidémie d’un nouveau genre gagne du terrain un peu partout dans le monde et touche également certaines zones géographiques plus aisées comme l’Europe et l’Amérique du Nord. L’humanité s’enfonce dans une crise nutritionnelle, qui, selon cette étude publiée le 6 mai dans la revue Nature, serait, en partie aggravée par la disparition des insectes pollinisateurs sauvages : un lien que la recherche en santé publique n’avait jamais encore démontré aussi clairement.

Un équilibre suspendu à un battement d’ailes

Menée par des équipes réunissant des institutions britanniques, américaines, finlandaises et népalaises, cette étude a été conduite durant un an, dans dix villages agricoles du Népal. Les chercheurs ont observé quelles espèces d’insectes visitaient quelles cultures, quelle densité nutritionnelle ces cultures atteignaient selon le niveau de pollinisation, et comptabilisé les revenus générés par les récoltes. Un suivi complet, qui leur a permis d’établir un lien causal entre le déclin des pollinisateurs et l’appauvrissement nutritionnel des familles qui vivent de leur production.

Selon les conclusions des auteurs, les pollinisateurs sauvages leur assurent 44 % des revenus agricoles et plus de 20 % de leurs apports en vitamines A, E et en B9. Une relation qui s’explique assez simplement : le déclin des insectes entrave la pollinisation, ce qui réduit les rendements ; cette raréfaction des récoltes appauvrit le régime alimentaire des familles et fragilise leurs revenus.

Thomas Timberlake, auteur principal de l’étude, explique : « Notre étude démontre que la biodiversité n’est pas un luxe : elle est fondamentale pour notre santé, notre nutrition et nos moyens de subsistance. En révélant comment des espèces telles que les pollinisateurs soutiennent notre alimentation, nous mettons en lumière à la fois les risques que la perte de biodiversité fait peser sur la santé humaine, mais aussi les formidables opportunités d’améliorer nos vies en travaillant de concert avec la nature ».

Une double perte qui rend la situation inextricable : ces familles vivant dans des conditions de vie assez rudes et n’ont aucun filet de sécurité. Lorsque leurs revenus agricoles chutent, elles mangent moins bien et sont plus vulnérables aux maladies. Si elles tombent malades, elles ne peuvent plus travailler leurs terres correctement, leurs revenus s’amenuisent encore et leurs carences nutritionnelles s’aggravent.

Un cercle vicieux qui ne pourra être brisé, selon les auteurs, qu’en restaurant les conditions favorables aux pollinisateurs sauvages dans et autour des terres cultivées. Replanter des fleurs sauvages, réduire l’usage de pesticides, préserver les habitats des abeilles endémiques : des actions locales peu coûteuses à mettre en place.

L’agonie planétaire

Il pourrait être tentant de minimiser la situation, en se laissant aller à conclure trop rapidement qu’elle ne concerne uniquement le Népal, mais ce serait se tromper lourdement. Une étude publiée en juillet 2024 dans la revue Nature Ecology & Evolution, menée sur plus de 1 500 champs cultivés dans 27 pays sur 30 ans, a démontré que le déclin des pollinisateurs fait baisser les rendements agricoles à travers la planète entière.

Dans certaines zones d’Europe, le déclin atteint des taux hallucinants, entre 70 et 90 %, sur des terres dont 70 à 75 % des plantes cultivées dépendent de la pollinisation entomophile (papillons, abeilles, bourdons, coléoptères, etc.).

Tous les indicateurs sont dans le rouge, et l’exemple de ces dix villages népalais est parfaitement représentatif de l’avenir des productions agricoles du monde entier si rien ne change. Encore un combat perdu d’avance au vu de notre talent inné pour feindre de ne pas voir la fumée des incendies tant qu’elle ne nous pique pas les yeux et les narines.

  • La disparition rapide des insectes pollinisateurs menace la nutrition de deux milliards de personnes dans le monde.
  • Les carences en micronutriments, exacerbées par la baisse des rendements agricoles, aggravent la santé publique.
  • La restauration des habitats des pollinisateurs et la réduction de l’usage des pesticides sont cruciales pour inverser cette crise.

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Par : Gouvernement français
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