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ISS : une gestion de crise complexe entre la NASA et Roscosmos après la fuite d’air

La fuite a été colmatée et les astronautes sont sains et saufs, mais cela ne change rien au fond du problème : les deux agences qui se partagent l’ISS n’ont jamais réussi à s’accorder sur son origine.

Il y a un peu plus de dix jours désormais, une fuite d’air a contraint la NASA à ordonner aux quatre membres de Crew-12, dont fait partie Sophie Adenot, d’évacuer la Station spatiale internationale (ISS). Ils ont trouvé refuge dans la capsule Dragon Freedom de SpaceX, au cas où la situation empirerait. Heureusement, tout est rentré dans l’ordre, mais de peu : Roscosmos préparait une intervention d’urgence sur le module russe problématique, le Zvezda, qui a finalement été suspendue avant même de commencer suite au refus de la NASA.

Même si la fuite a été réparée, cet épilogue ne doit pas faire oublier les tensions entre Houston et Moscou concernant l’état structurel du module. Du point de vue de la NASA, celui-ci est trop fragilisé pour garantir la sécurité de l’équipage, mais Roscosmos assure qu’elle maîtrise la situation, alors que le problème est connu depuis 2019.

Roscosmos : la méthode forte pour sauver l’ISS

Le segment russe de l’ISS comporte six modules au total, dont le Zvezda, qui est le seul à abriter les moteurs principaux et les systèmes centraux de survie de leur côté. À son extrême arrière se situe une toute petite pièce cylindrique, le PrK (Perekhodnaya Kamera), le sas de transition qui sert de pont entre la station spatiale et les vaisseaux de ravitaillement russes (Progress ou Soyouz) qui viennent s’y amarrer. De nombreux ravitaillements y transitent, ce qui l’expose à des cycles de pressurisation-dépressurisation répétés.

Par conséquent, il souffre aujourd’hui de l’usure de sa structure métallique, une faiblesse repérée il y a déjà sept ans. Depuis, les astronautes russes colmatent ses fissures grâce à des mastics spéciaux, sans réussir à stopper l’apparition de nouvelles. En début d’année, le PrK donnait enfin des signes d’amélioration, mais des fuites sont réapparues au mois de mai, avant d’empirer gravement au mois de juin. Quotidiennement, il perdait plus d’un kilo d’air et seize fissures ont été recensées.

Le 4 juin, les ingénieurs russes ont proposé un remède de cheval pour stabiliser son état : le « drill stop », qui consiste à percer un trou parfaitement rond avec une perceuse pile à l’extrémité des fissures. Cela peut paraître contre-intuitif, mais la forme du trou permet, en théorie, de répartir la pression interne uniformément et stoppe net la progression des brèches. Ensuite, il suffit de reboucher le trou avec un bouchon et du mastic, ce qui est beaucoup plus facile que de colmater une déchirure mouvante.

De quoi donner des sueurs froides à la NASA : à aucun moment Roscosmos ne lui a apporté la preuve que la procédure fonctionnerait, et pire encore, rien ne garantissait que le PrK la supporterait. Une opacité rédhibitoire pour l’agence américaine qui ne pouvait pas savoir si le PrK encaisserait l’intervention et a préféré ne pas en faire l’expérience avec cinq personnes à bord.

Un lourd fardeau de moins à gérer

Roscosmos a finalement suspendu l’opération le matin même, avant de proposer une alternative encore plus radicale : scier un des supports structurels qui garantissent la rigidité du PrK pour que ses astronautes accèdent plus facilement aux fuites.

Sur un module sain, l’opération serait déjà risquée, mais dans le cas présent, retirer entièrement cet élément porteur a été jugé bien trop risqué par la NASA. Elle a alors immédiatement dirigé ses astronautes vers le Dragon Freedom. « Nous estimions qu’il y avait une très haute probabilité d’un incident grave », a confié un responsable à Ars Technica.

Dans les heures qui ont suivi, un accord a été trouvé : le PrK sera mis hors service définitivement. Les vaisseaux de ravitaillement russes pourront toujours s’amarrer au port arrière pour des transferts de fluides, mais le fret transitera désormais par d’autres accès de la station. Un soulagement pour la NASA, qui vivait avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête depuis 2019. L’ISS doit tenir encore jusqu’en 2030, voire 2032 si le Sénat américain parvient à arracher un accord budgétaire bipartite pour prolonger la subvention du complexe orbital. D’ici là, il serait judicieux que NASA et Roscosmos puissent mieux communiquer pour éviter une autre mauvaise surprise à l’avenir, et harmoniser enfin leurs critères de tolérance au risque. Sept ans pour admettre qu’un tunnel de quelques mètres carrés était ingérable : ce n’est pas très rassurant pour ce qui viendra ensuite.

L’analyse de Presse-citron

Il est impossible d’analyser aujourd’hui cet incident hors du contexte des relations russo-américaines depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine. Depuis que Vladimir Poutine a envoyé ses troupes pour conquérir le pays, la coopération spatiale entre les deux pays a été vidée de sa substance diplomatique. L’ISS a beau orbiter à 400 km au-dessus de la Terre, elle n’est pas à l’abri des remous géopolitiques qui secouent la planète en dessous. Même si la mise hors service du module a été présentée comme un « accord », il s’agit avant tout d’un artifice sémantique pour tenter de sauver les apparences d’une alliance spatiale qui ne tient plus qu’à un fil.

  • Une fuite d’air sur l’ISS a nécessité l’évacuation temporaire des astronautes, mais a été réparée.
  • Des tensions persistent entre la NASA et Roscosmos concernant l’état du module Zvezda, jugé trop fragile par la NASA.
  • Le module PrK sera définitivement hors service, soulageant la NASA d’un risque majeur depuis 2019.

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