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Ce médicament développé grâce à l’IA permet d’inverser le vieillissement : la folle découverte de ce labo pharmaceutique

Destiné, en premier lieu, à soigner une pathologie des poumons, ce médicament conçu par IA a fait perdre plusieurs années biologiques aux patients testés.

Développé par l’entreprise biotech américaine Insilico Medicine, le rentosertib est une nouvelle molécule conçue de bout en bout grâce à l’IA générative. Elle a été développée pour cibler une grave maladie pulmonaire : la fibrose pulmonaire idiopathique FPI. Comme l’explique cette fiche d’information médicale éditée par l’European Lung Foundation (ELF), la FPI « fait partie d’un large groupe de maladies qui provoquent la formation de tissus cicatriciels dans les poumons (appelée fibrose) ». Elle s’aggrave avec le temps, rendant la respiration de plus en plus difficile, et les personnes diagnostiquées voient leur qualité de vie se dégrader progressivement.

Lors d’un essai clinique destiné à valider le rentosertib en tant que thérapie contre la FPI, des chercheurs ont découvert que les patients traités paraissent biologiquement plus jeunes que ceux sous placebo. Leur vieillissement naturel a été, en quelque sorte, « inversé ». Leur étude a été publiée le 7 septembre dans la revue Nature Biotechnology

Des horloges biologiques unanimes

Afin de mesurer l’âge biologique des participants, les chercheurs ont analysé le sang de 42 patients à l’aide de six « horloges protéomiques » indépendantes. Des algorithmes statistiques qui estiment l’âge réel du corps en comparant le dosage de milliers de protéines sanguines aux profils de référence de dizaines de milliers de personnes en bonne santé, non porteuses de la FPI dans le cas présent.

Toutes ont convergé vers le même constat : à la quatrième semaine de traitement, les patients sous rentosertib affichaient un âge biologique inférieur de 2,7 à 3,5 ans par rapport au groupe placebo (un résultat qui devrait certainement intéresser Bryan Johnson).

Michael Levitt, professeur à l’université Stanford et détenteur du prix Nobel de chimie en 2013, a recadré l’interprétation des données : « Ce qui me convainc, ce n’est pas l’amplitude de l’effet, mais la concordance entre les modèles, car ils ne partagent ni leurs caractéristiques ni leurs données d’entraînement. » Levitt raisonne ici en statisticien, rompu aux difficultés de la biologie computationnelle : si une seule des six horloges avait détecté un rajeunissement, on pourrait soupçonner que le rentosertib agit simplement sur les protéines qu’elle utilise pour calculer son score, sans que le corps ait réellement rajeuni.

Ici, chacune des horloges surveillait ses propres marqueurs biologiques sur sa cohorte, et repose sur un algorithme qu’elle ne partage pas avec les autres. De fait, la force de cette étude et des résultats qu’elle a apportés réside dans la triangulation : si des instruments sans lien méthodologique entre eux pointent dans la même direction, la probabilité qu’ils se trompent tous baisse drastiquement.

La molécule a une autre particularité : comparée aux deux traitements actuellement disponibles contre la FPI (le nintédanib et la pirfénidone), elle ne se contente pas de ralentir la perte de souffle provoquée par la maladie. Même si ces deux médicaments sont efficaces pour maintenir les patients atteints, ils perdent tout de même en capacité respiratoire et ne la regagnent jamais.

Lors de l’essai du rentosertib, le groupe traité à 60 mg a montré un gain de 98,4 ml de capacité vitale forcée, ou CVF (le volume d’air maximal qu’une personne peut chasser de ses poumons en une expiration), tandis que le groupe placebo en perdait 20,3 ml. Un écart de près de 120 ml, inédit dans le traitement de la FPI.

Un biais biologique difficile à écarter

L’équipe à l’origine des travaux invite à garder la tête froide, car un biais majeur guette ce type de résultat. La FPI étant une maladie inflammatoire, elle bouleverse, par nature, le profil protéique du sang. Comme ce sont ces même protéines qui sont analysées par les horloges pour estimer l’âge du corps, un traitement comme le rentosertib qui apaise l’inflammation pulmonaire normalise du même coup des marqueurs que les horloges interprètent comme un signe de rajeunissement.

À ce stade, impossible de savoir si l’organisme des 42 patients traités a réellement vieilli moins rapidement ou si leurs poumons, en se régénérant, redonnent au profil sanguin les caractéristiques d’un organisme plus jeune sans modifier son âge réel.

Seul un essai sur des sujets sains permettra donc de trancher, qui n’est pour le moment pas d’actualité dans celui de phase III lancé en juillet. Organisé par les chercheurs pour répondre à la question de l’efficacité du rentosertib sur la FPI, il laissera néanmoins de côté celle du vieillissement. En attendant, Insilico a déposé ses données protéomiques auprès du Centre national chinois de bioinformatique et publié l’ensemble de ses outils d’analyse en accès libre. Une démarche visant à la transparence qui permettra à n’importe quelle équipe scientifique de reproduire ses calculs et d’en éprouver la solidité. À défaut d’avoir dégoté l’élixir de jouvence, les chercheurs tiennent peut-être là le futur étalon contre la FPI, ce qui serait, en soi, déjà une belle victoire clinique contre une pathologie au sombre pronostic.

  • Le rentosertib, développé par Insilico Medicine, est un médicament conçu par IA pour traiter la fibrose pulmonaire idiopathique, montrant des effets de rajeunissement biologique chez les patients.
  • Les essais cliniques ont révélé que les patients sous rentosertib affichent un âge biologique inférieur de 2,7 à 3,5 ans par rapport à ceux sous placebo, tout en améliorant leur capacité respiratoire.
  • Malgré des résultats prometteurs, des biais biologiques doivent être pris en compte, et des essais supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces effets sur le vieillissement.

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Par : Gouvernement français
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