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Un champignon pas comme les autres : présent dans votre intestin, il vous protège des radiations

Une moisissure intestinale capable d’armer notre organisme contre la radiothérapie ou l’espace : c’est la surprenante découverte d’une équipe de chercheurs chinois.

Nos intestins abritent des dizaines de milliers de milliards de bactéries : un écosystème appelé microbiote intestinal (ou flore intestinale), indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Aussi surprenant (et dégoûtant selon le point de vue) que cela puisse paraître, elles partagent également ce milieu avec des champignons. Même s’il est beaucoup moins abondant que le microbiote bactérien, le mycobiome intestinal joue, lui aussi, un rôle précieux ; en symbiose avec les bactéries, ces levures et champignons filamenteux participent au maintien de la barrière intestinale et à l’« éducation » du système immunitaire.

On estime que plusieurs centaines d’espèces potentielles de champignons tapissent nos intestins, mais elles restent pour le moment assez peu étudiées. L’un d’entre eux, appelé Mucor racemosus, une moisissure symbiotique commune, vient d’être mis en lumière par une équipe de chercheurs de l’Institut de médecine des radiations de l’Académie chinoise des sciences médicales (Tianjin).

Selon leur étude, publiée le 25 août 2026 dans la revue PNAS, il protège naturellement nos intestins contre les rayonnements ionisants. Ceux qui émanent, par exemple, de séances de radiothérapie, d’un accident nucléaire, ou lors d’expositions prolongées dans l’espace, comme à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Brisant les brins de notre ADN, ces rayonnements altèrent le renouvellement cellulaire de l’intestin, que Mucor racemosus parvient à maintenir via son activité métabolique.

Mucor Racemosus
Photo d’une culture de Mucor racemosus sur de la gélose pomme de terre dextrose, après 10 jours d’incubation à 25 °C. © Medmyco / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

Lors de son activité métabolique, Mucor racemosus produit trois acides aminés (L-glutamate, L-aspartate et DL-lysine) qu’il transfère aux cellules de la paroi intestinale. Une fois absorbés, ceux-ci stimulent la réparation de l’ADN et ressoudent les brins endommagés par les rayonnements ionisants, permettant aux cellules irradiées de restaurer l’intégrité de leur matériel génétique.

Parallèlement à cette action directe sur notre organe, il produit également une molécule appelée méthylthioadénosine, un nucléoside (molécule organique constituée d’une base azotée et d’un sucre à 5 carbones comme le ribose ou le désoxyribose). L’une des bactéries de notre microbiote, Limosilactobacillus reuteri, est stimulée par celle-ci, ce qui l’incite à sécréter davantage de méthionine, un autre acide aminé soufré aux vertus radioprotectrices. Mucor racemosus, par son seul métabolisme, contribue ainsi à modifier le comportement d’une autre espèce voisine de notre flore intestinale : un phénomène appelé synergie métabolique inter-espèces (ou syntrophie).

Afin de valider ces deux mécanismes biologiques, les chercheurs ont inoculé le champignon dans le tube digestif de souris avant de les exposer à des radiations. Celles ayant reçu cette dose de Mucor racemosus présentaient une inflammation intestinale, un stress oxydatif et une perte de masse corporelle bien inférieurs à ceux des groupes témoins irradiés sans inoculation préalable.

Pour écarter tout biais, l’expérience a été reproduite sur des souris axéniques (élevées dans un environnement stérile et dépourvues de tout microbiote préexistant) : les résultats étaient comparables, confirmant que l’effet radioprotecteur du champignon ne dépend pas des autres micro-organismes présents dans l’intestin.

Dans le but de mesurer le potentiel thérapeutique de leur découverte, les chercheurs ont même nourri des souris avec un fromage affiné à l’aide de Mucor racemosus et ont obtenu des résultats similaires à ceux des expériences précédentes. D’ailleurs, si vous êtes amateurs de fromage, il est fort possible que vous en ayez déjà avalé sans le savoir, puisqu’il est utilisé très couramment comme moisissure d’affinage. On la retrouve naturellement dans la fabrication de nombreux produits fermentés, notamment certaines stars du terroir français, comme la croûte de la tome de Savoie ou du Saint-Nectaire, où elle forme le fameux « poil de chat ». De là à imaginer qu’un plateau de fromages puisse un jour compléter un protocole de radiothérapie (car c’est bien ce que cherchait à déterminer l’équipe), il y a un fossé : chez les patients immunodéprimés, précisément celles qui, sous chimiothérapie ou radiothérapie lourde, auraient besoin d’une meilleure radioprotection, il peut provoquer une mucormycose. Une infection fongique potentiellement grave, ce qui obligera certainement à l’extraction de ses molécules actives si l’on souhaite l’utiliser un jour en oncologie.

  • Une équipe de chercheurs chinois a découvert que le champignon Mucor racemosus protège les intestins des radiations ionisantes.
  • Cette moisissure stimule la réparation de l’ADN endommagé par les radiations et modifie le comportement d’autres micro-organismes intestinaux.
  • Des tests sur des souris montrent que ce champignon pourrait avoir des applications potentielles en radiothérapie, malgré des risques d’infections fongiques chez certains patients.

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Par : Gouvernement français
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