L’adaptation de l’Europe face à la menace russe prend une nouvelle forme. Après l’augmentation des budgets pour la Défense et l’augmentation des exercices, des infrastructures naissent désormais des plans futurs de Moscou sur l’Europe. En Allemagne, au sud de Berlin, un ancien aéroport soviétique a été choisi pour y installer un centre de recherche qui se spécialisera dans l’un des moyens les plus populaires de l’actuelle guerre hybride menée par la Russie : l’intrusion de drones hostiles, venant paralyser les aéroports.
L’inauguration a eu lieu le mardi 18 août, quelques jours après un incident d’ampleur à l’aéroport de Leipzig : un drone disposant d’une charge explosive s’est posé dans la nuit du 4 au 5 août, à proximité d’un avion-cargo ukrainien. Après des heures de paralysie, sur un terrain central dans le transport de marchandises notamment, l’Allemagne a pu sécuriser l’espace en faisant appel à des démineurs. L’incident est assez inédit, mais il fait suite à une vague de plus de 1 000 drones suspects enregistrés en 2025, selon la police judiciaire fédérale allemande.
« Leipzig s’inscrit dans un contexte plus large », a déclaré le ministre de l’Intérieur allemand, Alexander Dobrindt. « La menace s’est aggravée », ajoutait-il.
Présent lors de l’inauguration du nouveau centre, Alexander Dobrindt indiquait qu’il « constituera un élément central de l’architecture de sécurité face à la menace hybride que représentent les drones ». À ses côtés, la ministre de la Recherche et de l’Espace, Dorothee Bär, déclarait que sur place « seront testées de nouvelles applications et technologies, pour les entreprises, pour les administrations et de façon renforcée pour notre sécurité ». Dans des termes plus clairs, le site sera au cœur des tests des systèmes de défense anti-drones allemand.
L’Allemagne renforce aussi ses services de renseignements
En parallèle à ce nouveau centre, le ministre de la Défense Alexander Dobrindt a aussi fait plusieurs autres annonces ces premières heures, à commencer par un renforcement de son Renseignement. Dans une réforme à part entière, les services secrets allemands ne se cantonneront plus à de l’analyse. Que ce soit le renseignement intérieur (BfV) et extérieur (BND), les missions sur le terrain se focaliseront à la fois sur l’anti-terrorisme et sur l’espionnage. À la Commission européenne, Alexander Dobrindt aimerait aussi prolonger de 6 mois le contrôle aux frontières.
En Pologne, le système antidrone « le plus moderne d’Europe »
Située à la limite orientale de l’Europe, la Pologne est aussi en ligne de mire de la Russie, même si l’Allemagne est particulièrement visée pour être le premier allié de Kiev. À la fin du mois de janvier, Varsovie signait plusieurs contrats pour doter son armée d’un système anti-drones présenté comme « le plus moderne en Europe » par son Premier ministre Donald Tusk. Les fonds européens « SAFE » ont en grande partie financé le programme, dont le coût sera proche de 3,6 milliards de dollars, selon le ministre de la Défense Wladyslaw Kosiniak-Kamysz.
En Pologne toujours, le système présenté en début d’année complètera des installations multicouches qui comprennent également des systèmes existants, achetés à des alliés comme les États-Unis (système Patriot, à moyenne portée) ou encore le programme Narew basé sur des missiles antiaériens britanniques. Le ministre de la Défense avait alors déclaré, fin janvier 2026, que l’ensemble des dispositifs couterait 59 milliards d’euros. En France, la commission de la défense du Sénat avait alerté sur le dispositif jugé trop léger de Paris pour protéger ses armées.
Fin 2024, la France ne disposait que de 31 systèmes de lutte anti-drones, pointaient les rapporteurs.
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