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La privatisation des autoroutes, une erreur à 76 milliards d’euros

La rumeur concernant les privatisations d’autoroutes pour faire plaisir aux copains risque de ne pas disparaître de sitôt.

Vendu en 2006 pour environ 15 milliards d’euros sous le gouvernement Villepin, ce patrimoine public qu’est le réseau autoroutier génère aujourd’hui des profits colossaux pour ses nouveaux propriétaires privés.

Les chiffres donnent le vertige : 76 milliards d’euros de dividendes attendus d’ici 2036, date de fin des contrats de concession. Une aubaine pour les actionnaires, un désastre pour les finances publiques dont la gestion budgétaire est un exemple d’incompétence en Europe.

Les prévisions du Sénat désormais confirmées

« Le Sénat avait vu juste », affirme Vincent Delahaye, rapporteur d’une commission d’enquête qui alertait déjà il y a cinq ans. Les résultats 2024 confirment « à l’euro près » les projections établies. Le seuil de rentabilité interne, fixé à 8 % lors de la privatisation, est désormais atteint : depuis 2023 pour Vinci et fin 2024 pour Eiffage.

Concrètement, cela signifie que les actionnaires engrangent maintenant des « surprofits » estimés à 32 milliards d’euros au total (20 pour Vinci, 12 pour Eiffage) jusqu’à la fin des contrats. Des sommes impressionnantes qui suscitent l’indignation alors que l’État peine à financer ses services publics essentiels.

David Lisnard, président de l’Association des maires de France, ne mâche pas ses mots : « Après investissement, les sociétés d’autoroutes conservent une marge énorme, alors que des centaines de milliers de kilomètres de route sont en ruine. »

Les finances publiques au plus bas

L’ironie de cette privatisation saute aux yeux. Présentée en 2006 comme une solution pour réduire la dette publique, alors à 63 % du PIB, elle prive aujourd’hui l’État de revenus considérables alors que cette même dette s’élève désormais à 113 % du PIB.

Le sénateur Delahaye souligne l’incohérence de la situation : « Ce sont ces sommes colossales qui sont en jeu et dont il convient de discuter la répartition et l’affectation rapidement. D’autant plus dans la période actuelle, où l’on prend enfin conscience de l’état catastrophique de nos finances publiques. »

Le gouvernement cherche désespérément 40 milliards d’euros pour rééquilibrer les comptes, tandis que les profits des concessionnaires s’envolent sans que l’État puisse y prétendre.

Le rapporteur insiste sur deux recommandations déjà formulées lors de la commission d’enquête : ne plus prolonger des contrats « qui ne sont pas adaptés à des concessions de services publics » et « préparer dès maintenant la fin des contrats qui s’étalera de 2031 à 2036. »

Chaque année qui passe voit s’envoler des milliards qui auraient pu financer des infrastructures essentielles. Les usagers, eux, continuent de payer des péages toujours plus élevés pour emprunter des routes dont ils étaient collectivement propriétaires il y a moins de vingt ans.

  • Les sociétés d’autoroutes verseront 76 milliards d’euros de dividendes d’ici 2036, cinq fois le prix de vente de 2006
  • Vinci et Eiffage engrangent désormais des « surprofits » estimés à 32 milliards d’euros jusqu’à la fin des concessions
  • La privatisation censée réduire la dette publique prive aujourd’hui l’État de revenus considérables alors que cette dette a presque doublé

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