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Citroën veut faire revivre la 2CV : une voiture électrique à moins de 15 000 euros pour conquérir le marché européen

Si des millions d’Européens n’arrivent plus à acheter de voitures neuves, c’est bien qu’il y a un gros problème dans l’industrie automobile. Citroën pense avoir compris pourquoi, et le fabricant compte bien en faire une opportunité : une future citadine du segment A pour moins de 15 000 euros ressuscitant la philosophie utilitaire et populaire de la mythique 2CV.

En 1935, lorsque Pierre-Jules Boulanger, alors directeur général adjoint de Citroën, fixa le cahier des charges pour la 2CV, il ne ressemblait à aucun autre : elle devait pouvoir transporter quatre paysans et cinquante kilos de pommes de terre, ne pas dépasser les 60 km/h, consommer 3l/100 km et surtout, être suffisamment abordable pour motoriser les habitants de la France rurale qui se déplaçait encore majoritairement à vélo. Un coup de génie : la 2CV fut, entre 1948 et 1990, le synonyme de la mobilité pour tous. Pour des millions de personnes qui n’avaient pas les moyens de se payer une Peugeot 203 ou 403, ou, summum du luxe, une Citroën DS.

Aujourd’hui, le marché automobile européen est dans un état économique qui n’est pas sans rappeler l’après-guerre. Il est sinistré : les ventes peinent toujours à retrouver leur niveau d’avant la crise sanitaire de la COVID-19 et l’âge moyen du parc européen dépasse désormais 12 ans, soit deux ans de plus qu’il y a cinq ans seulement. Les conducteurs gardent leurs vieilles voitures parce qu’ils n’ont plus les moyens d’en acheter de nouvelles ; et les constructeurs, eux, ont inexorablement remonté leurs gammes pour leur assurer des marges parfois indécentes.

L’année dernière Citroën avait tout de même réussi à dégainer son arme anti-inflation ultime : la Citroën C3 électrique, vendue à sa sortie à un tarif d’entrée de 23 300 euros. La marque aux chevrons, désormais dirigée par Xavier Chardon, veut faire mieux, et ce dernier a confirmé travailler sur une citadine électrique qui pourrait être vendue sous la barre des 15 000 euros. Une voiture qui, dans son esprit, « aurait exactement le même rôle que la 2CV à la fin des années 1940 », sans pour autant lui reprendre son esthétique, comme l’a fait Renault avec sa Renault 5 e-Tech Five.

Ressusciter la philosophie de la 2CV : une mission de santé publique pour le marché européen

Que les nostalgiques ne s’emballent pas trop vite : il n’est pas question de reproduire le galbe bombé et frêle de la 2CV, son allure haut sur pattes, ses phares ronds et sa capote en tissu. Chardon est formel là-dessus : « La nostalgie pour la nostalgie n’est pas une solution miracle. [Il existe] de très bons exemples comme la Mini ou la Fiat 500, et il est fort probable que la Renault 5 rejoigne aussi le club, mais, dans le même temps, nous avons tous en tête de nombreux revivals qui n’ont pas connu le même succès ».

L’esthétique seule ne peut pas servir de socle au projet, et Citroën refuse de tomber dans ce piège. Xavier Chardon rappelle en quoi la 2CV a tout changé après la guerre : « Ce qui est plus important que la 2CV, c’est de comprendre sa raison d’être à l’époque ». Alors, oui leur future citadine ne pourra plus servir aux paysans, bien moins nombreux et aujourd’hui concernés par de plus graves problèmes que leur mobilité. « Je ne suis pas sûr que le cahier des charges original puisse se traduire à 100 % aujourd’hui surtout parce qu’on a de moins en moins de paysans en Europe », explique le dirigeant.

Il faut donc garder la fonction de la 2CV, et non sa forme : une voiture pour celles et ceux que le marché automobile assassine par ses prix toujours plus rédhibitoires. Une catégorie entière de la population active n’a plus les moyens d’acheter une voiture neuve, et c’est dans ce vide que Citroën veut se glisser. « Les États-Unis sont de retour, la Chine est de retour, même l’Amérique du Sud est de retour — et il nous manque toujours trois millions de personnes par an sur le marché de l’automobile neuve en Europe. Et je dirais que 60 % de ce déficit s’explique par le simple fait qu’il n’existe plus aucune voiture en dessous de 15 000 € ou 15 000 £ », analyse Chardon.

Le véhicule, sans nom pour le moment, devrait normalement être présenté sous forme de concept au Salon Automobile de Paris, qui se tiendra au mois d’octobre prochain. On espère sincèrement que Citroën transformera l’essai et parviendra réellement à tirer son prix vers le bas, tout en remplissant une mission que de plus en plus de conducteurs demandent. Ceux qui n’en ont rien à faire de claquer à 0 à 100 km/h en 5 secondes ou de pouvoir faire joujou avec une tablette tactile de 18 pouces dans leur voiture. Ceux qui veulent simplement un objet qui puisse les déplacer d’un point A à un point B, sans s’embourber dans de sombres offres de leasing ou craquer leurs économies pour une voiture inutilement complexe. Vous avez fait un miracle avec la 2CV il y a presque 80 ans et honnêtement, on manque cruellement d’un deuxième.

  • Citroën prévoit de relancer une citadine électrique à moins de 15 000 euros, inspirée par la philosophie utilitaire de la 2CV.
  • Le marché automobile européen, sinistré, nécessite des solutions accessibles pour les conducteurs confrontés à la hausse des prix.
  • Le concept de ce nouveau véhicule sera présenté au Salon Automobile de Paris en octobre prochain, visant à répondre à un besoin croissant de mobilité abordable.

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