Bennou, un astéroïde s’approchant de la Terre tous les six ans environ, fait l’objet d’une surveillance intensive depuis sa découverte en 1999. Fragment d’un corps céleste plus imposant dont il s’est détaché il y a 700 millions à 2 milliards d’années, il est l’un des objets les plus dangereux de notre système solaire, malgré sa taille relativement modeste (500 m de diamètre). Pourquoi ? Car c’est un astéroïde géocroiseur de type Apollon, ce qui signifie que son orbite autour du Soleil croise celle aussi de la Terre : il y a donc un risque de collision réel, bien que faible.
La mission OSIRIS-REx de la NASA, menée pour prélever des échantillons de sa surface en 2020, a déjà permis de mieux comprendre sa composition et son comportement. Pour approfondir ces analyses, des chercheurs du Centre de Physique du Climat IBS de l’Université Nationale de Pusan en Corée du Sud ont modélisé les répercussions qu’un tel impact aurait sur notre planète. Les résultats de leurs travaux ont été publiés le 5 février dans la revue Science Advances.
Un hiver cosmique à l’horizon 2182 ?
Le 24 septembre 2182, Bennou présente une probabilité de 0,037 % d’entrer en collision avec la Terre. Si cela devait se produire, l’impact serait tellement colossal que celui-ci soulèverait entre 100 à 400 millions de tonnes de poussière dans la haute atmosphère, ce qui entraînerait un refroidissement global de notre planète de 4 ° C. Les précipitations, à l’échelle mondiale, diminueraient de 15 %, et la couche d’ozone subirait une réduction de 32 %. Des perturbations qui pourraient persister pendant trois à quatre ans.
Le professeur Axel Timmermann, directeur de l’ICCP, nous rappelle que les astéroïdes de taille moyenne percutent la Terre en moyenne tous les 100 000 à 200 000 ans. Le plus connu d’entre eux est certainement Chicxulub (10 à 15-km de diamètre), qui a provoqué l’extinction des dinosaures. Même si Bennou est bien plus petit, il est assez costaud pour provoquer un véritable chaos et potentiellement mener l’espèce humaine à l’extinction.

Le plancton, dernier espoir de l’humanité face à un impact d’astéroïde ?
Selon Lan Dai, auteur principal de l’étude, si Bennou rencontrait la terre sur son orbite, l’énorme quantité de poussière soulevée suffirait à bloquer partiellement l’entrée des rayons solaires dans l’atmosphère. Ce nuage compact provoquerait une chute initiale de 20 à 30 % de la photosynthèse, tant dans les écosystèmes terrestres que marins. Les conséquences seraient très graves : pénuries alimentaires, changements climatiques rapides et imprévisibles et perturbations écologiques.
Paradoxalement, les océans pourraient jouer un rôle important dans la résilience de la biosphère après l’impact. Le fer provenant de l’astéroïde, propulsé dans la stratosphère lors de ce dernier, se déposerait dans certaines zones océaniques, déclenchant une prolifération exceptionnelle d’algues riches en silicates.
Ce phénomène pourrait aider à compenser la réduction de la photosynthèse causée par la poussière grâce à cette fertilisation naturelle, et les océans pourraient ainsi jouer un rôle de tampon, aidant la biosphère à se rétablir plus rapidement après l’impact.
Selon les simulations, la végétation terrestre nécessiterait deux à trois ans pour se rétablir, et le plancton océanique retrouverait sa vitalité en seulement six mois, atteignant même des taux de croissance supérieurs aux niveaux pré-impact.
Bien heureusement, la mission DART (Double Asteroid Redirection Test) a démontré en septembre 2022 que l’humanité possède désormais la capacité technique de modifier la trajectoire d’un astéroïde. Pour cela, la NASA a fait percuter intentionnellement un astéroïde avec un vaisseau spatial afin de modifier sa vitesse et sa trajectoire. Ce fut un succès, l’astéroïde Dimorphos, choisi pour la mission, a subi un gros changement de trajectoire après sa collision avec le vaisseau Dart, une fois que celui-ci l’ai frappé à une vitesse d’environ 22 500 km/h.
Même si les chances que Bennou ne rencontre la terre soient très minces, un autre candidat est aussi sous surveillance. L’astéroïde 2024 YR4, découvert en décembre 2024 ; avec un diamètre estimé entre 40 et 90 mètres ; présente une probabilité d’impact de 1,9 %, estimé pour l’année 2032. C’est donc 51 fois plus élevé que ce que l’on prévoit pour Bennou ; la vigilance reste par conséquent de mise chez la communauté scientifique.
- Bennou a une faible chance de percuter la Terre en 2182, mais un impact déclencherait un refroidissement climatique, une baisse des précipitations et une perte d’ozone pendant plusieurs années.
- L’obscurcissement du ciel réduirait la photosynthèse et menacerait la sécurité alimentaire, mais l’océan pourrait accélérer la récupération grâce à une explosion de plancton.
- Une mission récente de la NASA a démontré que l’humanité sait désormais dévier un astéroïde, mais un autre, 2024 YR4, a un risque d’impact bien plus élevé que Bennou en 2032.
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