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Le langage humain est plus ancien qu’on ne le pensait : une découverte bouleversante !

La parole, ce don que nous croyions récent dans notre évolution, aurait en réalité accompagné l’humanité dès ses premiers pas sur Terre.

Nous parlons, nous écrivons, nous communiquons. Chaque jour, plus de 7 000 langues différentes s’entremêlent sur notre planète, et toutes proviendraient d’une même source, bien plus ancienne que nous ne l’imaginions jusqu’alors. D’après une nouvelle étude menée par des chercheurs du MIT, notre capacité linguistique serait apparue avant même la séparation de notre espèce en populations distinctes, il y a environ 135 000 ans.

Publiée le 11 mars dans la revue Frontiers of Psychology, cette recherche replace le langage au cœur de notre identité, non comme une acquisition tardive, mais comme un élément constitutif du développement de l’espèce humaine. une découverte qui intervient quatre mois seulement après la nouvelle datation de l’écriture alphabétique.

Quand l’ADN parle, personne ne peut le contredire

C’est dans les strates génétiques de notre espèce que reposent les premiers indices de l’émergence du langage parlé. L’équipe dirigée par Shigeru Miyagawa, linguiste au MIT, a exhumé ces traces en analysant 15 études scientifiques aux approches variées. Ils ont ainsi travaillé comme de véritables archéologues du code génétique en passant au crible le génome complet (ensemble du matériel génétique d’un organisme), le chromosome Y (chromosome sexuel présent uniquement chez les hommes) et l’ADN mitochondrial (petit fragment d’ADN situé dans les centrales énergétiques des cellules).

Trois chemins différents menant tous à une même révélation : notre arbre généalogique s’est ramifié il y a 135 000 ans, quand Homo sapiens s’est dispersé en populations diversifiées à travers les continents. « Toutes les populations qui se sont dispersées à travers le monde ont développé un langage humain, et toutes les langues sont liées », explique Miyagawa. « Nous pouvons dire avec une assez grande certitude que la première séparation s’est produite il y a environ 135 000 ans, donc la capacité langagière humaine devait être présente à ce moment-là, ou avant ».

Le raisonnement qui en découle est logique : si le langage avait émergé après cette grande migration, nous observerions aujourd’hui d’importantes divergences dans les modes de communication entre populations humaines. Certains groupes auraient développé le langage tandis que d’autres auraient élaboré des systèmes alternatifs pour échanger des informations. Or, aucune société humaine moderne ne fonctionne sans langage ; nos ancêtres savaient donc communiquer bien avant qu’ils se soient dispersés.

Le langage, catalyseur de l’Humanité

Il y a pourtant, selon les données archéologiques, un décalage notable entre l’apparition présumée du langage (135 000 ans) et les premières manifestations matérielles de comportements symboliques complexes (100 000 ans). Un intervalle long de 35 000 ans durant lequel langage aurait progressivement influencé les dispositions cognitives de notre espèce.

Aux alentours de 100 000 ans avant notre ère, plusieurs pratiques symboliques apparaissent simultanément dans différentes régions habitées par Homo sapiens : gravures géométriques régulières, rituels funéraires, ornements corporels. Ces comportements, absents ou sporadiques auparavant, devinrent alors plus systématiques à cette période.

Voilà la théorie de Miyagawa : « Le langage a stimulé la pensée humaine et contribué à créer ces types de comportements. Si nous avons raison, les personnes apprenaient les uns des autres [grâce au langage] et encourageaient les innovations que nous avons observées il y a 100 000 ans ».

Cette nouvelle interprétation rencontre cependant des oppositions dans la communauté scientifique. Certains paléoanthropologues proposent, à l’inverse, un autre modèle théorique où ces changements comportementaux résulteraient d’une accumulation progressive d’innovations, facilitée par le langage, mais également par l’expérimentation de nouveaux matériaux et la complexification des réseaux sociaux au fil du temps.

Mais Miyagawa attribue justement cet essor des comportements symboliques à une impulsion soudaine due au langage et affirme que son avènement « a été le déclencheur du comportement humain moderne ».

Si, comme le postule notre linguiste, le langage existait avant même la dispersion de nos ancêtres, cela implique que nous n’avons pas développé le langage pour répondre à nos besoins. Il était déjà présent, structurant nos interactions bien avant que les premières traces archéologiques ne l’attestent ; le paradigme habituel se voit donc inversé. Cette hypothèse nous place par ailleurs face à une autre évidence : une partie essentielle de notre histoire restera à jamais invisible. Si les premiers mots ont été prononcés il y a 135 000 ans, combien de récits, d’idées et de savoirs se sont perdus avant que l’humanité ne trouve un moyen de les figer dans le temps ? Une question vertigineuse, qui restera, ad vitam æternam, sans réponse et rejoindra la (très) longue liste des autres qui n’en trouveront pas non plus.

  • Le langage aurait émergé bien avant la dispersion des premiers Homo sapiens, suggérant qu’il ne s’agit pas d’une invention culturelle tardive, mais d’une capacité intrinsèque à notre espèce.
  • L’absence de populations humaines modernes sans langage renforce l’idée que cette aptitude était déjà pleinement développée il y a 135 000 ans, bien avant les premières traces matérielles de pensée symbolique.
  • Si cette hypothèse est exacte, une grande partie de l’histoire des premiers échanges humains restera irrévocablement hors de portée, ayant disparu sans laisser de traces visibles.

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