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Le programme spatial français en grève : “je n’ai jamais vu ça”

Environ 600 salariés du Centre national d’études spatiales (CNES) sont en grève.

Toulouse, Paris, mais aussi Kourou, en Guyane, dans ces villes où les meilleurs ingénieurs français dans la recherche spatiale travaillent, les bureaux se sont vidés. Le weekend de Pâques n’en est pas la cause. Depuis le 14 avril, ils sont environ 600 salariés, selon les syndicats, à avoir décidé d’une grève exceptionnelle dans l’établissement public, pour dénoncer une tendance de plus en plus alarmante selon eux et leur travail.

L’inflation et l’absence de réévaluation de leurs salaires font partie des causes de la grève, mais les employés souhaitent surtout dénoncer la politique du gouvernement à délaisser la recherche publique au profit de la recherche privée – des industries. Le CNES ne serait plus au coeur de la recherche, mais un simple agent dans lequel l’argent public est transféré aux entreprises privées, “à des gens dont on sait qu’ils n’ont pas actuellement les compétences techniques”, disait Damien Desroches, un ingénieur délégué CGT, à Franceinfo.

“La ligne globale dont on entend parler beaucoup, c’est la subsidiarité. Ça veut dire qu’en gros, le CNES ne doit plus faire, ne doit plus réaliser, et doit déléguer au maximum à l’industrie. Nous faire devenir une simple agence de financement, c’est-à-dire que notre rôle serait de donner de l’argent aux industriels sans aucun contrôle”, ajoutait-il. Les conséquences iraient jusqu’à l’arrêt de certains projets, faute de moyens.

Les différents syndicats ont dit qu’ils ne comptaient pas s’arrêter là et que leur mouvement de grève serait reconductible et qu’ils pourraient “durcir le mouvement”. Parfois, des projets visant directement des usages sur terre ont été fermés. Ce fut le cas pour Smos-Next, racontait le délégué syndical, un projet “pour mesurer la salinité des océans”.

L’investissement aérospatial décolle

Côté privé et investissement en capital-risque, les solutions sont de plus en plus nombreuses. La startup Gama Space, qui levait 2 millions d’euros le mois dernier, nous le confirmait à l’occasion d’une interview avec son cofondateur Louis de Gouyon Matignon. “La France est un eldorado. Et je pèse mes mots. Un eldorado pour les entreprises en recherche et développement dans le spatial. La France a énormément d’opportunités pour les entreprises et il y a beaucoup d’argent disponible”, disait-il.

Une accélération est constatée depuis fin 2021. Le CNES ouvrait le fonds CosmiCapital, avec une enveloppe de 38 millions d’euros qui pourrait atteindre 70 millions dès cette année. Il est destiné aux nouvelles pépites de la French Tech dans le spatial comme Gama Space, qui mise sur les voiles solaires pour développer l’exploration spatiale sans kérosène.

D’autres startups profitent des programmes français et aussi européens, notamment dans leurs solutions commerciales autour de l’orbite basse terrestre, rendue accessible grâce à des constructeurs de lanceurs comme SpaceX. Il y a deux ans, le Ministère de l’Intérieur injectait même 100 millions d’euros dans l’entreprise Kinéis. Fin janvier, une initiative de la Commission européenne du nom de Cassini s’officialisait avec un fonds doté d’une enveloppe d’un milliard d’euros à la clé.

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4 commentaires
4 commentaires
  1. Bien que tous les gens ont leur mot à dire, il ne faudrait pas laisser penser que ce sont les fonctionnaires qui choisissent leur politique stratégique. Il faudrait redescendre un peu sur terre. L’espace c’est aussi l’industrie européenne, faudrait que les chercheurs ne confondent pas tout non plus.

  2. L’éternel nombrilisme des chercheurs français à toujours dénigrer les compétences de l’industrie: voici ce que la communauté internationale reproche aux Français. Cet état d’esprit laisse une large porte ouverte aux greants américains.

  3. Ils peuvent aussi arrêter leur grève à deux balles et monter leur startup, ces braves gens.

    Ah non, c’est vrai. En tant que fonctionnaires syndicalistes, la grève est avant tout une religion.

    1. consternant de nullité vos commentaires. taper sur la fonction publique est le sport national en france, tout le monde est d’accord, puis tout le monde vient pleurer lorsqu on en a besoin mais que cela a été méthodiquement démantelé par les gouvernements successifs.

      Les gens du CNES sont en grève car une fois de plus, on va donner de l’argent public( donc le votre) a des industriels dont le but est de faire fructifier cet argent, sans garantie de résultat, et dans les conditions opaques habituelles…

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