Les géants de la Big Tech paraissent inébranlables au point que l’on puisse être amenés à penser qu’ils ne peuvent plier genou devant personne. Mais dans les faits, même les plateformes les plus puissantes savent lâcher du lest quand la perspective d’un procès menace leur image publique.
Selon le Wall Street Journal, YouTube vient d’accepter de verser 24,5 millions de dollars à Donald Trump pour solder une plainte déposée en 2021. Rajoutons à cela les indemnisations de Meta et de X (ex-Twitter), ce sont près de 60 millions qui ont ainsi changé de mains en quelques mois : une facture bien salée pour enterrer un dossier trop embarrassant.
Big Tech : trop grosse pour tomber, trop lâche pour assumer
Remontons un peu le temps jusqu’en janvier 2021, jusqu’au tristement célèbre assaut du Capitole ordonné par Trump à ses militants. À l’époque, ses comptes furent exclus de Facebook, Twitter et YouTube, accusés de lui avoir offert une caisse de résonance à ses discours.
YouTube avait alors justifié sa suspension en invoquant des « préoccupations quant au risque de nouvelles violences », une formule qui visait surtout à se protéger juridiquement. En cas de nouveaux débordements, la plateforme pouvait affirmer avoir pris ses précautions. Quelques mois plus tard, Trump riposta en déposant, en 2021, des plaintes groupées contre YouTube, Meta et Twitter.
Plutôt que de s’enliser dans une procédure juridique qui aurait été forcément longue et médiatisée, chaque entreprise a préféré sortir le carnet de chèques. Meta a payé 25 millions de dollars au mois de janvier 2025, suivie de X, qui a déboursé 10 millions en février et maintenant YouTube, qui a sorti de son trésor 24,5 millions de dollars. Presque 90 % de cette somme (22 millions) sera destinée à une fondation publique chargée de financer… la salle de bal d’État de la Maison Blanche. Les 2,5 millions restants seront versés aux autres plaignants qui avaient accompagné Trump dans sa croisade judiciaire.
Toujours selon le Wall Street Journal, Google (propriétaire de YouTube) tenait surtout à ce que son accord « reste inférieur à celui payé par Meta ». Preuve qu’ici, l’enjeu n’était ni la loi ou encore moins la morale, mais (en partie au moins) la communication interne et la petite guerre d’ego entre plateformes.
Si la somme totale est très importante, elle est dérisoire par rapport aux montants brassés par ces entreprises, générant chacun des dizaines de milliards de dollars par trimestre. Ces millions n’auront donc pas servi à éviter un procès trop coûteux, mais auront permis d’éviter le pire cauchemar de ces trois géants de la Big Tech : voir un juge forcer l’ouverture de leurs boîtes noires des algorithmes de modération. Des coffres-forts jalousement gardés où se nichent certainement d’embarrassantes vérités à propos de leur emprise sur la parole politique.
Trump, lui, sort ragaillardi de cette affaire, puisqu’il pourra clamer haut et fort avoir contraint la Big Tech à « payer » pour ses excès passés. Une corruption légale et protégée par le système juridique américain ; des règlements à l’amiable qui permettent aux plus puissants d’acheter leur tranquillité, avec la bénédiction de la loi. Tout le monde a obtenu ce qu’il voulait : les plateformes ont esquivé le marteau de la justice et Trump pourra crier victoire sans avoir eu à répondre d’aucune de ses responsabilités.
- YouTube, Meta et X ont versé près de 60 millions de dollars pour clore leurs litiges avec Trump.
- Ces paiements ont évité des procès qui auraient exposé leurs méthodes de contrôle des contenus politiques.
- Trump sort renforcé en se présentant comme celui qui a fait céder la Big Tech.
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