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N26 face à de nouvelles révélations : 40% de turn-over dans la banque

Des salariés et anciens salariés ont décidé de parler de leurs conditions de travail. N26 s’est défendue tant bien que mal alors que la néobanque espère entrer en Bourse.

Il y a quelque chose qui cloche chez N26, et nombreux sont les journalistes et experts sur le paysage fintech à vouloir savoir ce qui ne tourne pas rond. Chiffres annuels surprenants, départs précipités de l’Angleterre et des États-Unis, passage à vide avec le départ du CEO américain Nicolas Kopp (sans remplacement), fermeture de comptes sans explication menant à des actions collectives des clients… pas de quoi rassurer en vue d’une prochaine entrée en Bourse.

Pour creuser le dossier, la journaliste et correspondante à Berlin pour Sifted Miriam Partington a publié toute une enquête sur les conditions de travail et les retours d’expérience des employés de N26. Beaucoup sont des anciens salariés qui ont choisi de quitter l’entreprise, alors que le turn-over dans celle-ci aurait atteint les 40% entre 2020 et 2021. Un taux de renouvellement du personnel anormal, bien trop supérieur à la moyenne d’une startup équivalente.

Relations patronales et contrôle

De l’ensemble des témoignages recensés lors de l’enquête, les charges envers N26 se résumaient autour de l’ambiance au travail (bien différente des débuts de la boîte), des salaires trop bas jusqu’en 2021, des promotions inégales, des relations patronales et d’un rythme soutenu orienté sur les chiffres. En Allemagne comme ailleurs en Europe, il est déjà difficile de recruter : le nombre de fintech ne fait que grossir. De N26, beaucoup préféraient partir chez Trade Republic, Revolut, Starling Bank, Vivid Money ou encore Klarna.

Ces difficultés n’ont jamais vraiment été évoquées dans la presse jusqu’à maintenant. Mais des dossiers brûlants chez N26 avaient déjà mis la puce à l’oreille, comme ce fut le cas pour le refus de la direction à ce que les salariés puissent constituer un comité d’entreprise en août 2020. Après moult revendications, finalement, deux organes ont vu le jour en fin d’année 2020 avec leur lot de frustrations des salariés… et de départs de l’entreprise.

C’est principalement dans le département produit que les départs se sont fait ressentir. Dans son enquête, la journaliste de Sifted parlait d’un groupe de travail de 20 personnes, chargées du produit, qui s’est évaporé en l’espace d’un an et demi. Ils regrettaient le manque d’autonomie, le manque de discussion et d’écoute des supérieurs. “Ils prennent toujours des décisions comme s’ils étaient une entreprise de 30 personnes”, regrettait une ancienne cadre de N26.

L’autre point délicat, qui serait peut-être à l’origine du premier, concerne le cofondateur et PDG Valentin Stalf. Il serait la raison de plusieurs départs. “Il est assez téméraire dans son processus de pensée – quand il y a un processus de pensée”, disait l’ancienne cadre interrogée par Sifted. Ce dernier ne se reposerait pas suffisamment sur ses équipes, et la venue précipitée aux États-Unis serait l’un des exemples de ses projets insuffisamment réfléchis.

“On ne fait pas confiance aux équipes produit pour construire quoi que ce soit, ou proposer leurs propres idées, probablement plus innovantes. Ce sont eux qui parlent aux utilisateurs, entendent les commentaires et sont ceux qui ont l’expertise” indiquait un ancien employé de cette équipe, qui regrettait “un manque d’orientation sur la destination du produit et un manque d’autonomie suffisante accordée aux chefs de produit”.

La question des salaires et des promotions

Durant un certain temps, les salaires et les promotions ont posé problème d’inégalité. Certains employés étaient payés différemment pour un même travail, et les promotions étaient davantage basées sur la popularité d’un travailleur que sur ses compétences. “J’ai vu des gens réussir très bien dans leur travail et ne pas être promus. Et d’autres personnes ne faisant rien et obtenant une promotion parce qu’elles connaissent quelqu’un ou sont des amis des fondateurs. Au bout du compte, c’est de la politique” raconte un ancien cadre ingénieur.

N26 a procédé à deux réévaluations des salaires en 2021 (mars et septembre), et les salariés disent maintenant que la néobanque a rééquilibré ses rémunérations avec les moyennes du marché. Mais la frustration ne disparaît pas pour autant, après des mois à être payés en deçà de la moyenne. Toutefois, l’entreprise a nié les témoignages de favoritisme.

“Il y a certainement un sentiment de ‘qu’est-ce qui a pris si longtemps?’. D’après ce que j’entends, certains employés se demandent si les salaires moyens du marché compensent vraiment les années de salaires inférieurs à la moyenne jusqu’à présent”, expliquait un membre du comité d’entreprise. “Quand je suis arrivé, N26 était au coude à coude avec Revolut. Maintenant, N26 vaut 9 milliards d’euros et Revolut vaut 33 milliards d’euros et se porte très bien”, ajoutait un ancien employé.

N26 a réussi à lever plus de 900 millions de dollars en octobre 2020, faisant passer la néobanque comme une startup prospère en pleine phase d’hypercroissance et de popularité auprès des investisseurs. Mais en parallèle, les autorités allemandes ont réalisé plusieurs enquêtes et on notamment pénalisé N26 et sa croissance en limitant ses acquisitions de clients à 70 000 par mois. Jusqu’alors, N26 revendiquait un rythme de 170 000 ouvertures de comptes mensuelles.

Ironie du sort dans le milieu bancaire et du paysage fintech, les anciens salariés N26 retrouvent facilement un emploi. Dans leur CV, avoir travaillé chez N26 est un plus : être débauché après avoir travaillé au sein de la néobanque est très facile, car les employeurs “savent que [ces anciens salariés] seront des travailleurs acharnés qui sauront faire face à la pression”, expliquait un ancien salarié en citant son nouveau directeur des ressources humaines.

Selon un responsable syndicaliste, la néobanque N26 a du mal à embaucher et cette difficulté se poursuivra autant que sa réputation traînera encore ces histoires de salaires, d’ambiance et de contrôle des salariés. Pas sûr que les ennuis soient réglés en concordance avec une entrée en Bourse dès l’année prochaine.

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2 commentaires
2 commentaires
  1. j’ai du mal à croire ces allégations. J’ai utilisé Revolut, Lydia, Bunq, Icards, fire, anytime et bien d’autres néobanques. N26 est une des meilleures avec Wise.
    Ils ne bloquent pas les transfert. Ils ne posent pas des questions intimes. J’ai déjà tranféré beaucoup d’argent sur mon compte n26. Je n’ai jamais eu de problemes.

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