Le géant de la métallurgie ArcelorMittal passera-t-il sous pavillon français ? L’Assemblée nationale semble le vouloir puisqu’elle a voté ce jeudi 27 novembre une proposition de loi de La France Insoumise visant à nationaliser ArcelorMittal France. Bras armé du géant mondial de l’acier en Hexagone, ArcelorMittal pèse lourd dans l’économie nationale. Le groupe emploie 15 400 salariés, soit plus de 60% des 25 300 emplois directs du secteur sidérurgique français, et produit 6,3 millions de tonnes d’acier par an, soit 63% de la production nationale. Pourtant, la filière traverse une période difficile due aux sous-investissements passés, à la concurrence chinoise féroce ainsi qu’aux enjeux liés à la transition écologique.
Pour LFI, la solution réside donc dans la nationalisation de l’entreprise. Un avis qui n’est pas partagé par tous les politiques bien que la proposition de loi ait été approuvée par 127 voix contre 41. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a qualifié l’initiative de « réponse populiste ». Et d’alerter :
Ce n’est pas parce que l’État va faire un chèque de 3 milliards que l’on va changer la compétitivité.
Le ministre de l’Economie plaide plutôt pour une protection contre le “dumping chinois”, avec une enquête européenne en cours et des hausses de droits de douane. Le ministre de l’Economie s’inscrit donc dans une certaine continuité par rapport à son prédécesseur Éric Lombard. « La nationalisation est un outil mais ne remplace pas une politique industrielle » expliquait-il en mai dernier.
À droite et au centre, on dénonce « un instrument coûteux et inefficace » . Le rapporteur sénatorial souligne que la crise est « conjonturelle », liée à la compétitivité européenne, et non à la propriété privée. De son côté, le Rassemblement national s’est abstenu, tandis que la CGT célèbre une « victoire pour les salariés en lutte ».
Nationaliser ArcelorMittal : une drôle d’idée ?
Nationaliser ArcelorMittal représenterait une opération chiffrée à 3 milliards d’euros. Elle reposerait sur l’expropriation contre indemnisation, ce qui devrait engendrer des recours judiciaires marathon. Car ArcelorMittal, dont les pratiques fiscales via le Luxembourg sont vivement critiquées, conteste les conclusions sur ses investissements. Par ailleurs, la Commission européenne veille : toute aide d’État ou distorsion de concurrence pourrait bloquer le processus. On part donc déjà très mal.
Par ailleurs, le secteur de la sidérurgie française, dépendante des hauts-fourneaux, fait face à « une dégradation des performances industriellesmultifactorielle ». Nationaliser sans plan de relance risque d’aggraver les déficits, dans un secteur où les suppressions de postes ne génèrent que 37 millions d’euros d’économies annuelles. Les syndicats exigent en plus des garanties sur l’emploi, mission quasi impossible pour les 15 000 salariés travaillant dans les régions comme le Nord et les Bouches-du-Rhône.
En avril 2025, ArcelorMittal annonçait un plan de suppression de 636 postes (270 déjà confirmés sur sept usines et le siège), justifié par une crise de la demande et des importations massives à bas prix. Le cabinet Secafi pointe du doigt « des coupes trop importantes dans les budgets de maintenance » ainsi qu’un « sous-investissement jusqu’en 2021 », rendant l’avenir incertain malgré 1,7 milliard d’euros investis en France entre 2020 et 2024. La décarbonation des hauts-fourneaux de Dunkerque et Fos-sur-Mer, évaluée à 1,2 milliard d’euros pour Dunkerque seul, tarde, et fait peser des risques de non-rentabilité post-2030.
Faire peser les incertitudes sur ces seuls facteurs n’est pas du goût de la députée LFI Aurélie Trouvé. « La famille Mittal a mis la main sur les deux tiers de la production de l’acier français et ArcelorMittal est en train de délocaliser la production en Inde, aux Etats-Unis, au Brésil » a-t-elle dénoncé. À ses côtés, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a fustigé les aides publiques :
Dix ans d’aides publiques, c’est la nationalisation d’Arcelor. Donc nous, nous sommes aussi là pour dire que cette politique du carnet de chèques en blanc, il faut arrêter.
Le texte, soutenu par la gauche, doit désormais passer au Sénat, dominé par la droite. Ses chances d’aboutir à une nationalisation d’amenuisent donc.
- LFI fait voter la nationalisation d’ArcelorMittal France (15 400 emplois, 6,3 Mt d’acier/an).
- La nationalisation a de fortes chances de ne pas aboutir face aux défis juridiques et politiques.
- Le secteur de la sidérurgie fait face à des enjeux qu’une nationalisation ne pourrait pas relever estiment certains observateurs.
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