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Un océan caché sous Mars : et si la vie s’y cachait encore ?

Une partie de l’eau martienne semble avoir migré dans les profondeurs, où elle est restée à l’état liquide.

Entre 2021 et 2022, la mission InSight a capté plusieurs tremblements de terre sur Mars : deux impacts de météorites et un tremblement de terre localisé. En analysant ces trois événements, les chercheurs ont détecté un ralentissement marqué des ondes de cisaillement dans une couche située entre 5,4 et 8 km sous la surface. Des ondes sismiques dont le comportement – ici, le ralentissement – est utilisé pour sonder la nature du sous-sol et en déduire la présence d’eau sous forme liquide.

Sur Terre, ce signal est typique d’un sous-sol saturé d’eau. Ce que les géophysiciens décrivent ici, c’est l’existence possible d’un aquifère profond : un réservoir d’eau liquide, préservé dans la croûte martienne. L’hypothèse selon laquelle une partie de l’eau martienne aurait infiltré la croûte existe depuis longtemps, nous avions déjà traité le sujet l’été dernier et au mois de mars de cette année.

Néanmoins, C’est la première fois qu’un indice géophysique direct et aussi robuste permet de relier cette hypothèse à une structure identifiable. Elle est peut-être le signe que de l’eau pourrait encore exister à l’état liquide, enfermée dans les profondeurs de la planète, au sein d’un réservoir potentiellement actif. L’étude concernant cette découverte a été publiée le 25 avril dans la revue National Science Revue.

Une eau profondément enfouie… mais toujours liquide

La zone identifiée pourrait renfermer suffisamment d’eau pour recouvrir toute la planète sous 520 à 780 mètres d’eau, si elle était répartie en surface. C’est tout simplement énorme : à elle seule, cette poche pourrait représenter une part très importante de l’eau « disparue » de Mars, son volume étant compatible avec les estimations de cette eau manquante.

L’un des éléments qui rend ce scénario encore plus crédible, c’est la profondeur de la zone identifiée. Sur Mars comme sur Terre, les températures augmentent avec la profondeur : à plusieurs kilomètres sous la surface, il fait suffisamment chaud pour empêcher l’eau de geler.

Par ailleurs, la croûte martienne a été profondément fracturée, lors d’une période de bombardement météoritique intense (le Noachien, première des trois époques géologiques de la planète, il y a 4,1 à 3 milliards d’années environ). Ces fractures auraient pu servir de conduits, permettant de ce fait à l’eau de s’infiltrer en profondeur, puis de s’y maintenir à l’état liquide jusqu’à aujourd’hui.

Mars ne serait donc pas qu’un désert rougeâtre, sec et gelé ; elle pourrait abriter, comme c’est le cas sur Terre, une circulation souterraine d’eau liquide. Lorsqu’on parle d’eau liquide, la question de la vie ne tarde jamais vraiment à ressurgir. Des formes microbiennes ont survécu dans des milieux comparables sur notre planète, à l’abri de la lumière, sous des pressions énormes, tapies au fond des roches. Pourquoi Mars ferait-elle exception ?

histoire Mars
L’histoire de l’eau à la surface de Mars, illustrée sur plusieurs milliards d’années. © NASA

Une signature sismique à fort potentiel biologique

Comme expliqué plus haut, certains microorganismes terriens prospèrent dans des conditions semblables : bactéries, archées, ceux qu’on appelle les extrêmophiles. Rien ne nous interdit donc d’imaginer que notre voisine rouge ait pu héberger, puis conserver, des formes de vie enfouies, en marge du moment où elle est devenue inhospitalière, il y a environ entre 3,7 et 3 milliards d’années.

Si la vie a un jour existé, c’est probablement dans ce type d’environnement qu’elle aurait le plus de chances d’avoir laissé une trace. Des formes microbiennes pourraient y avoir survécu longtemps après la disparition de l’eau en surface, voire subsister encore aujourd’hui dans des niches protégées.

Toutefois, ces zones profondes restent complètement hors de portée des deux rovers que nous avons envoyés là-bas : Curiosity et Perseverance. Aucune mission ne s’est encore aventurée au-delà de quelques centimètres sous la surface de la planète, nous sommes donc très loin d’être en capacité d’explorer physiquement les sous-sols de Mars. Même un forage de plusieurs kilomètres n’est pas encore envisageable, aucun engin humain ne serait capable d’une telle tâche.

Dans tous les cas, il serait risqué et absolument irresponsable de forer directement dans ces réservoirs sans en connaître leur véritable nature. S’ils existent, ces milieux pourraient abriter des formes de vie endémiques, fossiles ou actives. Toute contamination par des microbes terrestres rendrait leur étude impossible.

C’est pourquoi ces zones, si on confirme un jour leur existence, devront être considérées comme des environnements sensibles, au même titre que les sites potentiellement habitables d’Europe (satellite naturel de Jupiter) ou d’Encelade (satellite naturel de Saturne).

Désormais, il s’agit de distinguer explicitement ce que nous a apporté la mission Insight : elle n’a pas prouvé l’existence d’un aquifère martien, mais lui a donné un ancrage géophysique. Il faudra bien sûr encore d’autres mesures, d’autres missions pour confirmer cette découverte. Jusqu’à présent, c’est certainement le signal le plus solide qu’on ait jamais obtenu concernant la présence d’eau liquide dans les souterrains de Mars. C’est davantage un point de départ qu’une véritable réponse, mais il est aujourd’hui scientifiquement exploitable.

  • Des données sismiques de la mission InSight ont révélé une zone anormale entre 5,4 et 8 km sous la surface de Mars, compatible avec la présence d’eau liquide.
  • Ce signal suggère l’existence possible d’un aquifère profond, susceptible d’expliquer une partie de l’eau disparue de la planète rouge.
  • Cette découverte ne constitue pas une preuve directe, mais représente à ce jour l’indice géophysique le plus solide en faveur d’une hydrosphère souterraine martienne.

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