Cupra qui fait un SUV, ce n’est pas nouveau. Cupra qui pond une électrique, ce n’est pas nouveau non plus. Cupra qui accouche d’un SUV électrique, en revanche, c’est inédit. Et ce genre de fricotage est, à priori, complètement contraire aux promesses de sportivité portées par la marque espagnole. Pour se différencier de ses petits cousins, le Cupra Tavascan va donc devoir ruser sur tous les plans. Et cela débute sur la planche à dessin.
Ne poussez pas plus loin, les coups de crayon sont formels : visage carnassier, capot plongeant et calandre flanquée d’un immense masque noir confèrent une sacrée présence. Pour corser les choses, la signature lumineuse curieusement inspirée de la Triforce Zelda est on ne peut plus expressive. Sur ses 4,64 m, ce sont surtout les jantes de 21 pouces aux pointes cuivrées qui feront débat. Impossible de retrouver ce coup de folie chez Volkswagen, Skoda ou Audi.
Un intérieur spectaculaire à l’ergonomie sacrifiée
L’intérieur poursuit l’audace avec une planche de bord portée par une grande sculpture écaillée façon alien. Les hauts de contreportes évasés soulignés de segments cuivrés ne manquent pas non plus d’inspiration, au même titre que les loupiotes transformant le Tavascan en Macumba mobile sur demande. Même les sièges en velours joliment dessinés sont assez singuliers. Hélas, ils pêchent sur un maintien lombaire insuffisant.
Si la qualité de finition est sauve, il y a aussi des choses à redire sur l’ergonomie. Le volant chauffant ? Paf, dans l’écran ! La ventilation ? Paf, sur une réglette sensitive ! Le régulateur de vitesse ? Paf, sur une touche tactile ! Ça en fait des paf, et pas pour les bonnes raisons… Commander les vitres arrière réclame également une double manipulation inutile de complexité. Pourquoi ne pas avoir fait comme le Skoda Enyaq avec quatre interrupteurs ?
Planificateur d’itinéraire : pourquoi il risque de vous perdre en route
La confrontation avec le tchèque est aussi inévitable concernant l’écran tactile. Malgré une belle taille de 15 pouces et un logiciel identique, la dalle n’est pas un exemple de facilité d’usage. Je le concède, les menus sont logiquement agencés, mais les raccourcis menant aux fonctions essentielles ne sont pas assez nombreux. Désactiver l’aide au maintien dans la voie ou l’insupportable alerte de survitesse nécessitera par exemple un passage dans les sous-menus. Pour couronner le tout, la caméra 360° est de piètre qualité.
Comme sur le reste du groupe Volkswagen, le planificateur d’itinéraire est dans les choux. Les suggestions sont généralement farfelues et jamais vraiment optimales. Le système loupe souvent des bornes sur autoroute et invite plutôt à recharger dans un village… La quantité de batterie estimée à l’arrivée n’est guère plus rassurante puisqu’elle est très fréquemment surévaluée. Dans ce tohu-bohu, seul le préchauffage automatique de la batterie est pertinent.
Batterie et recharge : la douche froide face à la concurrence ?
Chose réconfortante, mais il ne faudra hélas pas s’attendre à des arrêts recharge éclairs. La batterie de 77 kWh du Cupra Tavascan ne peut encaisser qu’une puissance de charge maximale de 135 kW en courant continu DC. C’était très bien il y a dix ans, mais plutôt faiblard aujourd’hui. La chose est d’autant plus regrettable que le Skoda Enyaq RS a droit, lui, de prolonger le plaisir jusqu’à 185 kW avec son accumulateur plus récent. Vivement une mise à niveau !
Dans les faits, la puissance de charge réelle flottera autour des 110 kW jusqu’à environ 60 % de charge, traduisant un 10 à 80 % expédié en environ 30 minutes. Un peu long. En parallèle, le Tavascan est aussi plus gourmand que l’Enyaq, avec une consommation de 24 kWh/100 km à 130 km/h. Malgré la présence d’une pompe à chaleur économe en cette période hivernale, l’autonomie autoroutière chatouille tout juste les 300 km.
L’effet de surprise : un confort inattendu
Un style aussi tranchant laissait transparaître un caractère assez rude. Contre toute attente, le Cupra Tavascan est docile en mode Comfort par ses suspensions pilotées bluffantes d’efficacité. L’amortissement gomme bien les bosses, même si le moelleux n’est pas aussi poussé que sur le Skoda Enyaq. La direction est également légère, le rayon de braquage court. L’insonorisation est correcte et l’absence de vitrage feuilleté ne se fait pas sentir.
Contrairement à certains modèles précédemment essayés, le système de conduite semi-autonome n’a rien d’insupportable. Le suivi de voie est précis et les corrections sont douces quand il y en a. Les interventions sur l’accélérateur et le frein ne méritent également aucune critique. C’est progressif et sans heurts. Le Tavascan peut aussi adapter sa vitesse au tracé et à la signalisation. Une option bienvenue, mais pas toujours fiable.
340 ch sous le capot, mais une sportivité qui se cherche encore
C’est finalement en conduite dynamique que le Cupra Tavascan glisse sous nos espérances. Ne vous méprenez pas, les 340 ch de la double machine électrique sont bien là et les reprises n’ont rien d’apathique. Mais on aurait volontiers goûté à davantage de grip car l’ibérique élargit assez grossièrement sa trajectoire en virages. C’est dommage, car la caisse est très bien tenue en mode Cupra, mieux que sur le Skoda Enyaq RS. Cela reste plus agréable que la moyenne.
Là où le Tavascan fait jeu égal avec l’Enyaq, c’est sur le freinage, au ressenti tantôt aléatoire, tantôt catastrophique. Les premiers centimètres de la course de la pédale sont muets et inspirent zéro confiance en conduite sportive. Les plaquettes ne tardent heureusement pas à arracher les disques, mais provoquent alors une forte décélération difficile à doser. Rien d’alarmant toutefois, juste une habitude à prendre qui pourra néanmoins contraindre les pilotes.
Vie à bord : le Tavascan sauve les meubles grâce à son habitabilité
S’ils ont des enfants, ils pourront plutôt se consoler sur l’espace habitable permettant de loger facilement une famille. La cellule de vie est vaste, le dégagement au niveau de la tête, des épaules et des jambes plus que convenable. La banquette arrière n’est pas coulissante mais a le mérite d’être confortable. Le passager central dispose d’un plancher plat libérant de la place pour les gambettes. Les surfaces vitrées sont réduites mais le toit panoramique livré de série compense en égayant l’atmosphère.
Bonus appréciable, ce dernier dispose d’un vélum électrique. Tout l’inverse de l’Enyaq Coupé qui ne présente aucune protection. Aussi, le coffre de 540 l conviendra à la majorité des usages. Dommage seulement que Cupra n’ait pas aménagé de contenant avant comme sur certains concurrents. Dommage aussi que le Tavascan limite la contenance de ses rangements contrairement à l’Enyaq qui brille à ce chapitre.
64 480 € : le prix de l’originalité est-il trop élevé ?
Cupra Tavascan VZ, Skoda Enyaq Coupé RS et Volkswagen ID.5 GTX sont de parfaits cousins techniques. On pourrait supposer entre eux des prix voisins. Ce n’est pas vraiment le cas. Le Skoda est le plus accessible à 57 640 €. Le Volkswagen atterrit derrière à 59 500 €. Et le Cupra dans l’histoire ? Eh bien il ferme la marche à 64 480 €. Avouons que le gap n’est pas innocent, d’autant plus que l’équipement de série est relativement proche. C’est d’autant plus dérangeant que la version de base V en propulsion (46 990 €) a déguerpi du catalogue.
Et comme dit précédemment, l’espagnol opère quelques reculades en autonomie et en puissance de charge. Projet complexe, surtout qu’en dehors du groupe, l’environnement est encore plus hostile. Un Tesla Model Y Performance bloque par exemple son tarif à 61 900 € avec des prestations bien meilleures. L’Empire du Milieu représenté par les Xpeng G6 Performance (50 990 €) et BYD Sealion 7 Excellence (56 490 €) cogne aussi sévèrement. À moins d’avoir de profondes pulsions pour la marque espagnole, difficile de lutter.
Notre avis sur le nouveau Cupra Tavascan
Le Cupra Tavascan s’invite à la table des invités sur le petit tabouret. Original, spacieux, bien équipé et assez confortable, il tient sans mal la discussion sur les fondamentaux. Il ne peut en revanche soutenir des sujets plus complexes comme le multimédia, l’ergonomie, l’autonomie ou la recharge. À ce niveau de prix, les concurrents continuent à débattre férocement là où l’ibérique s’arrête. Le festin ne sera donc pas pour aujourd’hui…

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