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On sait enfin ce qui a réellement fait échouer les Google Glass

L’ex-ingénieur Google Warren Craddock qui a participé au développement des Google Glass et de Google Clips revient sur l’échec de ces deux projets.

Ingénieur logiciel émérite, Warren Craddock a participé à de nombreux projets tech qui ont fait la Une de la presse spécialisée ces dernières années, en particulier les Google Glass, le Google Clip et Lytro, la “caméra à profondeur de champ 3D” du futur… qui n’est jamais arrivée dans le commerce.

Bien sûr, le plus croustillant est à chercher dans les raisons pour lesquelles les Google Glass, en particulier, se sont transformées en échec. Mais, vous allez le comprendre, un leitmotiv bien particulier unit ces trois projets : aucun n’a réellement d’utilité auprès du public censé en être la cible.

Les Google Glass manquaient d’une vraie “killer app”, entre autres…

Ainsi, en coulisses, les ingénieurs du projet Google Glass cherchaient désespérément une “killer app” qui aurait permis à l’accessoire de s’imposer. Warren Craddock a travaillé de son côté sur la partie photo / vidéo des lunettes connectées pendant 16 mois. Il raconte : “personne n’a jamais trouvé chez Google l’application en question, mais la culture d’entreprise a poussé les équipes à refuser la conclusion qui s’imposait”, explique l’ingénieur.

Ses caractéristiques techniques étaient loin d’arranger la situation, puisque les développeurs devaient se contenter d’un minuscule écran 640 × 360 pixels qui était “tout simplement trop petit, et placé de façon maladroite dans le coin de l’oeil”. Entre son prix et une utilité qui semblait se résumer à demander à l’occasion “Ok Google, quelle taille fait la Tour Eiffel”, on comprend aisément pourquoi le produit n’a jamais été commercialisé auprès du grand public.

La firme n’a néanmoins jamais tout à fait abandonné le projet, et a même trouvé, avec sa seconde génération de Google Glass Explorer Edition une certaine utilité en entreprise – en particulier pour simplifier la maintenance dans les environnements industriels ou gérer les stocks en entrepôt.

Il raconte par ailleurs qu’en interne, les équipes trouvaient le design des lunettes “ridicule” : “je n’ai jamais vu personne porter les Google Glass au bureau. Les unités restaient sur nos bureaux, branchées sur USB, et se rechargaient sans fin” . Malgré tout cela, explique l’ingénieur, Google a continué de pousser le projet, sans jamais reconnaître directement la présence de ces problèmes majeurs.

Reconnaître les défauts d’une idée en cours de développement n’est pas toujours facile

Plus confidentiel, Google Clip a emprunté une voie semblable. Il s’agissait d’un appareil censé enregistrer des moments de vie automatiquement grâce à de l’intelligence artificielle. L’appareil pouvait être porté, autour du cou, ou sur des vêtements et le produit a bien été commercialisé. Mais l’échec ne s’est pas fait attendre.

Comme l’explique Warren Craddock : “le fin mot de l’histoire c’est que les humains n’aiment que les photos qui sont prises en prenant la perspective d’autres yeux humains. C’est une caractéristique à la base de notre psychologie, et cela n’a rien de surprenant. On a tendance à ne pas aimer ce qui se dégage de photos prises depuis des tables, sacs, étiquettes ou colliers de chien”.

Enfin, l’ingénieur parle de Lytro – une startup qui semblait à l’époque très prometteuse. Lytro développait une technologie de photographie permettant de capturer la profondeur de champ. Grâce à un système ingénieux de lentilles et d’algorithmes il devenait possible de créer des images d’un nouveau genre dans lesquelles il est possible de refaire la mise au point en cliquant n’importe où ou obtenir un léger effet 3D en faisant glisser la souris dessus.

Or, ici le problème était là encore lié à la technologie et à un problème de cible : “on ne pouvait prendre des photos que de petits sujets, par exemple des sushis. Pour prendre des photos de sujets plus grands, notamment les personnes, les avantages étaient inexistants… or justement la plupart tentaient de prendre des photos de personnes”.

Pour améliorer ce point, la technologie aurait en effet nécessité, selon l’ingénieur, une lentille d’une taille pouvant atteindre 1 mètre ce qui n’aurait pas été réalisable. Quelle leçon tirer de ces expériences selon lui ? Visiblement, il faut se méfier de la culture d’entreprise, reconnaître la présence de problèmes avant qu’ils ne conduisent un projet potentiellement très intéressant au bord du précipice, et ne pas hésiter à en parler…

https://twitter.com/warren_craddock/status/1579532951624175616

 

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