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Crypto-monnaies

Pascal Gauthier (Ledger) : “nous faisons le pont entre le monde physique et le monde digital”

Pascal Gauthier revient sur les actualités récentes de Ledger et fait le point sur l’évolution du marché des crypto-monnaies.

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Pascal Gauthier, PDG Ledger
Pascal Gauthier © Ledger

En seulement quelques années, Ledger s’est imposé comme une référence mondiale dans le stockage de crypto-monnaies. La jeune pousse française qui appartient au nouvel indice Next40 voit encore plus loin, et se présente comme un spécialiste de la cyber-sécurité. Interview avec Pascal Gauthier, le (nouveau) dirigeant de la société.

Presse-citron : Pour commencer cet interview, pouvez-vous nous rappeler très brièvement les produits commercialisés par Ledger ?

Pascal Gauthier : À l’origine, Ledger est connu pour ses coffres-forts numériques à destination du grand public, qui prennent la forme d’une petite clé USB. Ils permettent de sécuriser ses avoirs en crypto-monnaies grâce à une technologie inspirée de la carte à puce. De cette façon, les clés privées ne sont jamais stockées sur un ordinateur ou sur un téléphone – deux appareils vulnérables aux piratages. Le premier Nano S s’est écoulé à plus de 1,5 million d’exemplaires à travers 165 pays et son successeur, le Nano X, a été officialisé au CES en janvier dernier.

Ledger Nano X

Ledger Nano X © Ledger

Nous avons ensuite adapté ce modèle au monde de l’entreprise avec le Ledger Vault. Il s’agit d’un coffre-fort numérique dans lequel on a inclut le principe de gouvernance. Cette deuxième solution que commercialise Ledger aujourd’hui est un coffre-fort avec des accès multiples et des règles qui ont été pré-établies pour garantir la sécurité des fonds et des transactions.

Notre métier, c’est la sécurité

Le Bitcoin fait partie d’une nouvelle classe d’actifs numériques « critique » : contrairement à un fichier MP3 que l’on détient, les crypto-monnaies sont des actifs digitaux que l’on peut perdre à tout moment et qui ont donc besoin d’un niveau de sécurité supplémentaire. Ce type d’actifs n’existait pas avant, et ils vont se développer de manière exponentielle dans les années à venir. Dans le futur, Ledger ce sera cette société qui permettra aux consommateurs, aux entreprises et aux industries de sécuriser cette classe d’actifs nouvelle.

Presse-citron : Ledger ira donc au delà des crypto-monnaies ?

P.G. : Oui, Ledger a vocation à aller au delà des crypto-monnaies pour offrir ses services à quiconque aura besoin de sécuriser des actifs numériques critiques. Nous avons déjà commencé ce travail lors d’une collaboration avec Engie sur la digitalisation de l’énergie. Nous nous positionnons comme un acteur qui permet de certifier le comptage, et les données de production relevées par Engie et certifiées par nous-même sont ensuite envoyées dans une blockchain.

On fait le pont entre le monde physique et le monde digital

Nous avons fait de même avec Veolia pour un système de certification et de sécurisation des données de mesure de l’eau potable.

Presse-citron : Pour en revenir au marché des crypto-monnaies, où en est-on actuellement ? Y a-t-il des signes de maturité ?

P.G. : Le marché devient de plus en plus mature, mais le chemin est encore long. Pour se rendre compte à quel point on est au début de cette histoire, il suffit de regarder les protocoles : les protocoles publiques comme Bitcoin ou Ethereum sont des protocoles qui souffrent encore de leur scalabilité – mais les développeurs sont en train de travailler dur dessus. On le voir aussi bien avec le protocole Lightning – sans parler des protocoles naissants comme Tezos – qu’on est encore au début de cette vague de nouvelles technologies.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas certains signes de maturité comme par exemple Bakkt qui vient de lancer ses futures sur Bitcoin. C’est une grande institution financière (ndlr : Intercontinental Exchange) qui se lance le trading de crypto-monnaies – c’est une étape importante pour le développement du marché. On voit aussi de plus en plus d’acteurs du monde financier s’intéresser aux crypto-monnaies et / ou utiliser la technologie sous-jacente pour digitaliser leur actifs. Société Générale a annoncé pas mal de choses dessus – et les banques font globalement beaucoup d’efforts pour aller dans ce sens-là.

Ledger

Les bureaux de Ledger © Ledger

Presse-citron : La crypto-monnaie de Facebook, Libra, verra-t-elle le jour ?

P.G. : Je pense que cela va dans le même sens que cette vague technologique autour de ces protocoles qui est, selon moi, inarrêtable. Est-ce que Libra va réussir son pari ? Bien malin est celui qui saura le prédire, on est encore au début du projet. Dans le cas de Libra, il y a une barrière réglementaire à passer qui est très difficile, et qui a peut-être été un peu sous-estimée au départ.

Ils se rendent compte que cette barrière n’est pas neutre, notamment parce que Libra est adossée à Facebook. Il y a ce spectre de la grande « corporation » mondiale qui voudrait battre sa monnaie et qui inquiète les régulateurs. C’est aussi pour cette raison que le Ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est montré assez critique envers le projet, en rappelant que c’est un droit régalien que de battre sa propre monnaie.

Ce qui est sûr, c’est que Libra se passera main dans la main avec le régulateur, ou alors assez difficilement…

Facebook essaie vraiment de différencier l’association Libra du groupe Facebook, mais ce n’est pas si facile que ça. Ce qui est sûr, c’est que ça se passera main dans la main avec le régulateur, ou alors assez difficilement. Malgré le fait de vouloir créer une crypto-monnaie, le projet reste assez centralisé autour de Facebook et il se distingue de fait d’une crypto-monnaie décentralisée comme le Bitcoin. Ça reste une belle initiative de la part de Facebook, et ce sera intéressant de voir jusqu’où ça ira.

Presse-citron : Ledger est une société française qui connait un grand succès, et qui vient d’intégrer l’indice Next40 des startups à fort potentiel. Comment jugez-vous les efforts du gouvernement pour soutenir ces jeunes pousses ?

P.G. : Les efforts du gouvernement vont de manière générale dans le bon sens. Les annonces qui ont été faites il y a quelques jours alignent plutôt bien les objectifs de l’exécutif avec les ambitions des entrepreneurs. On est évidemment toujours motivé à faire la plus belle entreprise possible – et en particulier dans la technologie où on aime rêver à faire une entreprise globale.

Il est extrêmement important de réussir à monter des entreprises globales et leaders sur leur secteur, parce qu’à vouloir faire des entreprises trop françaises dans un monde digitalisé, on a tendance à construire trop petit. En justement, en construisant trop petit, on est à la merci de se faire racheter et / ou d’avoir une concurrence trop forte avec des acteurs mondiaux en face. Je crois que les annonces du gouvernement vont dans ce sens là, mais je crois que les entrepreneurs doivent eux-mêmes aussi réfléchir à construire les plus grandes entreprises possibles leaders sur leur secteur.

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