C’est une expérimentation que l’on a tous essayé au moins une fois, avant de comprendre que cela ne fonctionnera jamais. Si un(e) pote ou votre chéri(e) vous saute dessus pour vous chatouiller, la réaction est assez immédiate, mais si vous tentez de vous faire la même chose seul, aucune chance que votre système nerveux ne se réveille et que vous partiez en fou rire. La sensation est même désespérement banale et ne vous procurera qu’un signal nerveux aussi excitant qu’une notice de montage de meuble suédois.
Pour comprendre pourquoi nous ne sommes biologiquement pas programmés pour réagir à ce stimulus lorsque nous nous l’infligeons à nous-mêmes, c’est toujours vers le même coupable qu’il faut se tourner : notre cerveau.
Le cervelet, ce trouble-fête
Située à l’arrière du cerveau, cette zone est le grand maître de la coordination motrice. Son job est, entre autres, de prédire les conséquences de vos mouvements pour que vous ne soyez pas surpris par vos propres gestes. Si vous tentez de vous chatouiller vous-même, et que vous amorcez le mouvement, votre cerveau produira ce qu’on appelle une décharge corollaire.
Voyez-la comme un double de la commande motrice que vous venez d’envoyer, qui est transmise au cervelet, qui l’utilisera pour calculer à l’avance le retour sensoriel attendu. Grâce à cette prédiction, la sensation sera atténuée et votre cerveau inhibera l’activité des mécanorécepteurs, des neurones sensoriels qui surveillent en permanence tout ce qui entre en contact avec votre peau. Par conséquent, votre cerveau sait déjà que c’est vous qui allez vous toucher, et il rejette la stimulation comme étant une information déjà connue.
Pour qu’une séance de chatouilles soit efficace et se solde par le rire, elle doit être absolument accompagnée d’un effet de surprise ou d’imprévu. Sans quoi, la réponse sensorielle sera quasi-nulle et votre cerveau traitera l’action comme étant sans danger et ne daignera pas y répondre.
Un mécanisme qui est également lié à notre héritage évolutif : si le moindre contact avec le sol ou avec vos vêtements provoquait la même sensation qu’une chatouille, ce serait tout simplement infernal. Notre cerveau, en évoluant, a appris à détecter et hiérarchiser les informations pour nous éviter la surcharge sensorielle. Si un insecte ou une araignée rampe sur votre flanc, votre cerveau doit le savoir instantanément ; si c’est votre propre coude qui frôle vos côtes, l’information est classée sans suite.
D’après le neuroscientifique Shimpei Ishiyama, les chatouilles sont une forme de « jeu social ambivalent ». Selon lui, « le jeu inclut généralement une certaine incertitude ou une légère peur dans un contexte sûr ». Cette tension sous-jacente provoque justement le rire, mais en l’éliminant en essayant de vous chatouiller vous-même, cette incertitude n’existe plus. Pour rire, il faut donc accepter de perdre un peu le contrôle de soi et votre cerveau n’acceptera jamais de le faire seul. On ne peut pas être à la fois le chatouilleur et le chatouillé : c’est la dure loi de l’évolution.
- Nous ne pouvons pas nous chatouiller nous-mêmes car notre cerveau anticipe et atténue la sensation.
- Le cervelet prédit les conséquences de nos mouvements, rendant la stimulation moins intense.
- Pour ressentir des chatouilles, un élément de surprise est nécessaire, ce qui est absent lors de l’auto-stimulation.
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