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« C’est long 2 minutes ! » : pourquoi les jeunes consultent tout en accéléré (et pourquoi c’est inquiétant)

C’est devenu un réflexe presque invisible : avant même de lancer une vidéo ou un message vocal, de nombreux jeunes tapotent sur l’icône « x1,5 » ou « x2 ». À première vue anodin, ce geste révèle pourtant un rapport au temps, à l’attention et au vide qui interroge, et inquiète de plus en plus psychologues et professionnels de l’audiovisuel.

Connaissez-vous le speed watching ? Cette pratique, qui consiste à regarder ou écouter des contenus en vitesse accélérée, s’est banalisée avec TikTok, YouTube, Spotify ou les plateformes de streaming. « Comme c’est long 2 minutes, on met x1,5 ou x2, comme ça, ça va plus vite », confie un lycéen à nos confrères TF1. Une affirmation qui traduit un sentiment d’urgence préoccupant.

Car l’objectif des plus jeunes n’est plus seulement de se divertir, mais d’optimiser chaque instant, comme si laisser une vidéo dérouler à vitesse normale relevait presque du gaspillage.

Pour certains, l’accélération est devenue la norme au point d’avoir d’abord provoqué des maux de tête, avant que le cerveau ne s’habitue à ce flux plus dense. « Quand on s’y habitue, ça va », explique Tristan, 21 ans, au micro de TF1. Lui consomme en accéléré sur TikTok, Spotify ou YouTube. Ce qui était au départ un réglage ponctuel se transforme en paramètre par défaut, appliqué à tout : vidéos, podcasts, cours en ligne et même messages vocaux.

Culte de la performance

Derrière ce geste se cache une logique de performance qui déborde largement du monde du travail. Tristan l’assume : il met ses contenus en x2 pour en voir « le plus possible » et se considérer comme « performant ». À quoi sert le temps gagné ? À consommer encore plus de contenus, eux aussi accélérés.

Cette logique touche même les échanges privés : les messages vocaux des proches sont écoutés en vitesse accélérée, surtout lorsqu’ils semblent redondants ou jugés trop bavards. « Quand on m’a raconté la même histoire, être obligé de me “retaper” cette introduction, c’est un peu agaçant », confie le jeune homme, qui justifie ainsi l’usage systématique de cette fonction. Là encore, la priorité n’est plus la disponibilité à l’autre, mais l’efficacité du temps passé à l’écouter.

Ce rapport au temps ne se limite plus aux réseaux sociaux ou aux podcasts : il touche désormais les séries et le cinéma, alors même que Netflix, Disney+ ou Amazon intègrent nativement ces options de vitesse. Or, cette évolution influence déjà la manière d’écrire et de produire les fictions. « Aujourd’hui, on demande à certaines chaînes et à certains scénaristes de simplifier les dialogues pour qu’on puisse les mettre en x2 », confirme la comédienne et co-scénariste Thaïs Alessandrin, à l’affiche de LOL 2.

FOMO et boulimie de contenus

Serions-nous devenus incapables de supporter le vide, le silence, l’attente ? Face à l’infinité de films, séries, tutos et podcasts disponibles en quelques secondes, choisir un seul contenu, et l’écouter à vitesse normale, apparaît presque comme une renonciation. Pour le psychanalyste Michaël Stora, cette accélération cache une forme de boulimie : il s’agit précisément « d’éviter le choix ».

Choisir, c’est s’engager dans une voie et renoncer à toutes les autres, ce que beaucoup vivent sous le spectre du FOMO, le « fear of missing out », la peur de rater quelque chose. Ne rien louper, c’est multiplier les contenus, les compresser, les superposer, quitte à ce qu’ils se mélangent dans la mémoire. Ce réflexe d’accélération fonctionne alors comme une réponse anxieuse à l’abondance, plus qu’à un réel besoin de comprendre plus vite.

Problème : à force d’augmenter la cadence, on ne laisse plus au cerveau le temps de « digérer » les informations, préviennent les spécialistes. On risque donc de consommer énormément de contenus… mais ne presque rien en garder.

Cette saturation s’ajoute à une attention déjà fragmentée par les notifications, le zapping permanent et la tentation de passer à la vidéo suivante en un balayage d’écran. En accélérant en plus la vitesse de lecture, on impose au cerveau une pression continue, une forme d’urgence cognitive qui rend plus difficile tout retour à des formats longs, posés, lus ou vus à leur rythme naturel.

À long terme, c’est la capacité même à se concentrer, à s’ennuyer, à laisser vagabonder sa pensée qui pourrait se trouver altérée. “Que de temps perdu à gagner du temps”, écrivait Paul Morand. Il ne croyait pas si bien dire…

  • Le speed watching se banalise chez les jeunes, qui accélèrent vidéos et messages vocaux pour « gagner du temps » et consommer plus de contenus.
  • Cette pratique diffuse une logique de performance et d’impatience, qui influence même l’écriture des séries et des films, pensés pour être compréhensibles en x2.
  • Les psychanalystes alertent sur une boulimie de contenus liée au FOMO et sur un cerveau saturé, qui n’a plus le temps d’intégrer les informations ni de supporter le vide.

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Par : Gouvernement français
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